Jeunesse

La parole aux étudiants

#EchosDuMirail. De Trump à Fillon : Inquiétudes, rejets et dégoûts chez les étudiants du Mirail

Publié le 23 novembre 2016

Nouvelle rubrique sur Révolution permanente ! Chaque semaine, nos correspondants iront à la rencontre des étudiants du Mirail, à Toulouse, pour recueillir leurs avis sur les points chauds de l’actualité, tant au niveau international, national ou local, et ouvrir le débat. Pour ce premier #EchosDuMirail, les thèmes abordés se focalisent sur l’élection de Donald Trump aux États-Unis, le premier tour de la primaire de la droite et les élections 2017. Entre inquiétudes, rejets et dégoûts, morceaux choisis.

Julian Vadis et Matthias d’armagnac

Trump à la Maison-Blanche. « C’est un vote par dépit et de colère »


Le déroulement des élections aux États-Unis donne une image à la jeunesse d’une « démocratie » contestable et à bout de souffle. Quelques étudiants, dont notamment Benjamin, pensent que dans le cadre de cette élection, le choix était pour le moins limité entre un Trump incarnant « un recul dramatique en matière de progrès et de respect des droits de l’Homme » tant dis que Clinton représente « l’élite politicienne financée par les grands lobbys et donc une représentante du système aujourd’hui rejeté par une grande partie de la population ». Une vision assez juste en somme, puisque d’un côté Clinton incarne le choix des classes possédantes nord-américaines et de l’autre, le milliardaire xénophobe et sexiste Trump, malgré un masque anti-système, n’en est qu’un représentant plus conservateur, qui ne remettra en aucun cas les fondamentaux du système en question, puisqu’il en est le fruit et l’expression extrême. L’élection de Trump est donc avant tout l’expression d’une polarisation politique à échelle mondiale, qui à la fois révèle les failles du système américain et un contre-feu réactionnaire, fruit du manque d’alternative crédible. « Hillary Clinton a été salie par l’affaire des mails. Mais le vote Trump, pour moi, c’est un vote par dépit et de colère. C’est plus un vote de colère qu’une adhésion aux idées de Trump », estime ainsi Camille.

Toutefois, le succès de Trump a globalement surpris les étudiants. Pour Pauline, « L’élection de Trump est une régression avec l’élection d’un président raciste », tandis que pour Lucie l’enjeu est ailleurs « Ce n’est pas tant Trump qui me fait peur, mais les gens qui ont voté pour lui. Car ce que je vois, c’est du racisme ouvert ». En effet, la nomination de Stephen Bannon comme conseiller stratégique à la Maison-Blanche, qui a provoqué les hourras de l’extrême droite la plus réactionnaire et la multiplication des agressions xénophobes suite à l’élection de Trump, donne d’autant plus de crédit à ce constat alarmant.

Les étudiants soulignent l’impact et l’inscription de l’élection de Trump dans un processus plus global. Ainsi, Amine et Morgan voient dans la réussite de Trump une nouvelle montée de l’extrême droite : « L’extrême droite monte partout, même ici en Europe. Comme par exemple en Hongrie ou même en Grèce. C’est sûr que c’est inquiétant. » Achoura va même plus loin, affirmant que « c’est comme si l’humanité n’apprenait rien de ses erreurs ».

Percée de Fillon à la primaire. Le « Thatcher » à la française, synonyme de « retour en arrière »


Alors que l’extrême droite, via Marine Le Pen, caracole en tête des sondages au premier tour de la présidentielle, la percée de François Fillon, véritable Thatcher à la française qui propose un programme à la fois réactionnaire (refus de l’adoption pour les couples homosexuels) et ultra-libéral (39 heures, la suppression de 500000 postes de fonctionnaires), amène elle aussi son lot d’interrogations. Morgan explique ce succès par « une mobilisation pour contrer Sarkozy » qui a permis à Fillon de sortir son épingle du jeu alors que les sondages le prédisaient comme 3e candidat. Ce qui n’empêche pas les étudiants, dans leur globalité, d’y voir une source d’inquiétudes.

Pour Léa et Amory, une éventuelle candidature Fillon serait un « retour en arrière » engendré par les tendances réactionnaires qui prennent de plus en plus de place au niveau médiatique. Une impression partagée par Lucie : « J’ai été un peu choquée » par le score de Fillon, nous explique-t-elle avant de poursuivre. « Je n’ai pas trop suivi la primaire, mais j’ai vu après coup ses opinions sur le mariage gay … ». Les positions très à droite de Fillon étant, pour Pauline, là aussi une « régression ». Loin de considérer les autres candidats de la primaire comme des alternatives crédibles, les étudiants voient bien dans ces larbins de la bourgeoisie la promesse d’un avenir sombre, frappé du sceau de l’austérité, synonyme de dégradations des conditions d’études et, plus généralement, d’attaque massive sur le monde du travail. Le programme de Fillon en matière d’éducation et envers la jeunesse ne laissant, par ailleurs, que peu de doute à ce sujet.

« Franchement, je pense que j’irai pas voter ». Un dégoût légitime auquel les révolutionnaires doivent apporter une réponse !


Cette radicalisation sur la droite des partis politiques traditionnels laissent peu d’espoir pour la jeunesse qui ne s’y reconnaît pas. « Franchement, je pense que j’irai pas voter. C’est dur à dire, mais la plupart des candidats ne pensent qu’à leur carrière », explique ainsi Camille. Mais ce pessimisme amène aussi à espérer une alternative dans le marasme politique actuel. Mettant l’accent sur le fait que la politique ne se résume pas à glisser un bulletin dans une urne, beaucoup de questions restent en suspens pour offrir une alternative. Et c’est bel et bien là que réside la tâche principale des révolutionnaires.

En effet, les lendemains de la loi travail ont fait émerger de forts courants de politisation qui, loin d’avoir été étouffés par la vague de reflux à la rentrée sociale, cherchent des perspectives crédibles. Face au dégoût profond envers la politique institutionnelle, une candidature comme celle de Philippe Poutou doit être en mesure d’apporter des réponses à ces questionnements, et ce bien au-delà de la vitrine médiatique qu’offre la présidentielle aux candidats anticapitalistes et révolutionnaires. C’est bel et bien d’espaces de débat et d’organisation dont il est question, pour que la jeunesse en rupture avec la politique institutionnelle puisse trouver et élaborer elle-même des réponses face à la situation dramatique et prometteuse qui découle de la situation politique à l’échelle nationale. Sur la question des élections américaines et de ses échos en France, la tenue d’une conférence-débat organisée par Révolution Permanente le 2 décembre prochain à Toulouse et dans de nombreuses villes de France, se veut ainsi être l’un de ces espaces de débat.