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Politique

Les pourris sur le ring

Fillon juge que Macron l’« insulte » en le rebaptisant « François Balkany »

À deux semaines de la fin du match effréné, les coups droits s’accélèrent. Après que Fillon ait qualifié d’« Emmanuel Hollande » Macron, celui-ci contre-attaque en surnommant Fillon « François Balkany ». Fillon s’est senti insulté.

François Fillon avait appelé Macron « Emmanuel Hollande » pour souligner sa proximité avec la ligne politique défendue par Hollande, dont Macron avait été ministre de l’Économie, posant ainsi Macron comme le digne héritier de Hollande. « Lorsque l’on parle du redressement de notre pays, on a d’un côté des extrémistes qui proposent des solutions folles et ensuite on a Emmanuel Hollande qui est un banquier d’affaires », a-t-il déclaré le 30 mars sur RTL.

« Comme sur tous les sujets, monsieur Macron se tâte. Il aimerait réduire les déficits mais il n’ose pas y aller. Il aimerait des négociations sur les 35heures mais il n’ose pas y toucher. Il aimerait rétablir le service militaire mais juste pour un mois. Il aimerait réformer l’ISF mais seulement un peu », a-t-il lancé le 31mars lors d’un meeting à Toulon. Et de trancher : « En fait, Emmanuel Hollande, c’est le prince de l’ambiguïté. ». En difficulté dans les sondages, Fillon se déchaîne contre le « banquier d’affaires ».

Le camp Macron lance une première riposte en invoquant le général de Gaulle. Le dimanche 2 avril, son porte-parole Benjamin Griveaux a posté sur Twitter un extrait d’une interviewdu père de la Ve République réalisée dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 1965. On peut y entendre le général de Gaulle dire qu’il est accusé par la droite d’être de gauche et par la gauche d’être de droite. « Que les partisans de gauche et les partisans de droite disent que je suis de l’autre côté prouve que je ne suis pas d’un côté ou de l’autre mais que je suis pour la France », lance-t-il. François Bayrou est venu à la rescousse de son joueur : « Je trouve vital et urgent que l’on sorte des stupidités des guerres de tranchées et que l’on retrouve les inspirations du général de Gaulle ».

Mais la contre-attaque de Macron ne s’est pas arrêtée là. Voilà que Macron répond sur le plateau de Dimanche en politique sur France 3, qu’il ne se sentait pas « l’héritier de ce quinquennat ou d’un système ». « C’est amusant d’entendre de la part de François Fillon qui a été cinq ans le Premier ministre de Nicolas Sarkozy, qui a conduit la politique du gouvernement, et qui maintenant voudrait s’en laver les mains », a-t-il déclaré.

« Je ne l’appellerai pas François Balkany mais il ressemble plus à ça qu’à autre chose aujourd’hui », a affirmé l’ancien ministre. Voilà, le second coup est porté. Macron tape fort quand on sait que cette allusion à Patrick Balkany, député-maire LR de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) renvoie directement aux affaires de corruption et d’enrichissement personnel qui touchent les Fillon. La famille Balkany est cernée par des affaires de corruption : blanchiment

Patrick Balkany s’invite ainsi dans la partie après avoir été éjecté par LR au renouvellement de sa candidature aux prochaines législatives par la pression de Fillon à l’automne dernier. Début février, en pleine tempête chez Les Républicains après les révélations du Canard enchaîné, le député-maire de Levallois, sarkozyste historique, avait appelé François Fillon à se retirer et son camp « à choisir un autre candidat », citant notamment François Baroin et Laurent Wauquiez.

Relancé sur sa relation avec François Fillon, Patrick Balkany n’a pas pu résister à une petite attaque : « Il a dit qu’il ne demandait pas aux gens de l’aimer : et bah il est servi ! ».

François Fillon s’est « senti insulté » et rétorque que Macron « ne supporte pas les critiques, dès qu’on le critique, il s’énerve et il insulte ses adversaires […] moi je l’ai appelé Emmanuel Hollande, c’est assez différent. Je me place sur le plan de la politique et de son projet. Mais cela montre une chose, c’est qu’il n’a pas la carrure pour être président de la République ».

Une insulte ? Pourtant Fillon et Balkany, LR, jouent dans la même équipe : « politiciens professionnels, tous pourris ». C’est aussi Marine Le Pen sur les affaires qui refuse de se rendre à une convocation policière invoquant son immunité parlementaire.

L’insulte, au contraire, ce sont ces candidats mouillés jusqu’au cou dans des affaires de corruption qui se pavanent en liberté, alors qu’étudiants et travailleurs, mobilisés par exemple contre la loi Travail, ne jouissant pas d’immunité ouvrière, font face à la justice de classe et croulent derrière les barreaux des prisons




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