Politique

Un « grand moment de démocratie » ?

Incertitudes autour de la primaire de la droite ce week-end

Publié le 18 novembre 2016

Les médias l’ont répété à volonté : le résultat du scrutin est plus que jamais incertain. La remontée spectaculaire (si l’on veut s’émerveiller d’un rien) de François Fillon dans les sondages a redistribué les cartes, alors qu’il y a encore quelques semaines, Sarkozy et Juppé s’acheminaient tranquillement vers un duel qu’ils pensaient connu d’avance. Cependant, celui qui partage l’expérience de Matignon avec Juppé et l’expérience du sarkozysme avec l’ex-président est venu remplir le palais des Congrès au son de « on va gagner » plus nombreux qu’au début de la campagne. Si la grande inconnue est donc quel sera le perdant du trio de tête, la première primaire ouverte de la droite pose aussi de nombreuses autres questions, notamment après les expériences désastreuses pour le parti des triches de 2014, mais aussi sur l’épineuse question du ralliement des perdants.

George Waters

Un scrutin plus ouvert que jamais

Après la dernière semaine, François Fillon était plus requinqué que jamais. Les sondages, bien que donnant des résultats différents, s’accordent tous à dire une chose : il y a trois personnes éligibles pour le deuxième tour. Entre un Juppé que les militants du parti ont tendance à trouver « trop mou », pas assez ferme sur le plan identitaire et sécuritaire, et un Sarkozy dont les affaires (et très récemment, l’affaire libyenne) entament quelque peu la confiance, Fillon est apparu dernièrement comme le choix le plus « raisonnable » pour une droite libérale qui s’intéresse plus au nombre de fonctionnaires et à la durée légale du temps de travail qu’à la montée du « danger islamique ». Si les programmes des sept candidats, et particulièrement du triumvirat de tête, sont tous plus terribles les uns que les autres pour notre classe sociale, les sympathisants de droite, ont déjà du faire leur choix, et ce n’est visiblement plus sur des questions de programmes mais sur des questions de participation que se jouera le scrutin.

Une première expérience de la primaire pour les Républicains : quelle participation pour quel résultat ?

Quelque soit le candidat qui sortira de la primaire de la droite, celle-ci aura eu quelque chose d’inédit : la droite française « obligée » d’avoir recours à un suffrage ouvert pour désigner son candidat. Il s’agit en quelque sorte d’une faiblesse, pour un parti qui a largement perdu sa stabilité au cours de dernières années, et dont le vote interne est loin d’être une tradition philosophique. De surcroit, les expériences de vote sont loin d’être de bons souvenirs pour certains : on se souvient, lors de l’élection du président du parti en 2012, les tricheries et fraudes qui avaient abouties à un résultat en faveur de Copé contesté par Fillon, qui avait même créé, pour un temps, un groupe dissident de l’UMP à l’Assemblée.

La participation semble cependant rester une des clés du scrutin, avec Fillon et Sarkozy plutôt avantagés par un vote de militants, et Juppé par un vote de sympathisants. Il n’a pas manqué de le rappeler à Lille ce vendredi, le soir du dernier jour de la campagne, en exhortant ses militants à passer le week-end à convaincre les indécis d’aller voter. Si les pronostics annoncent autour de 2,5 à 3 millions de votes, les bourrages d’urnes et autres tricheries pourraient cependant ternir l’exercice de la primaire.

Quels ralliements pour les perdants ?

Qui dit deux places pour trois, dit un perdant avec un fort potentiel électoral. Parmi les sept candidats à la primaire, ainsi que parmi les poids lourds du parti qui ne se sont pas présentés, la question hante tous les esprits : quels paris pour quels jockeys ? Car au-delà des votes « apportés » par les perdants au gagnant, se jouent aussi en partie les futurs premiers ministres et ministres d’envergure du candidat qui aura gagné la primaire. Si certains ont soutenu tardivement un candidat, comme Valérie Pécresse, qui a annoncé soutenir Alain Juppé, d’autres se sont particulièrement faits attendre, quitte à ne pas s’engager, comme Xavier Bertrand, qui, contre l’attente du maire de Bordeaux, n’a finalement rien officialisé. D’autres ont reçu le soutien de courants entiers, comme Fillon, soutenu par Le Sens Commun, l’émanation politique de la Manif pour tous.

Dans les candidats qui échoueront dimanche soir, certains semblent tout de même avoir quelques affinités avec de potentiels gagnant, ce qui pourrait potentiellement battre les cartes du second tour de manière inattendue : Jean-Claude Poisson paraît ainsi proche de Fillon, tant sur le plan de la famille que de la politique internationale vis-à-vis de la Russie, mais pourrait se rapprocher de Sarkozy sur les questions migratoires. Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-François Copé semblent, eux, être nettement plus proches d’Alain Juppé, la première plus sur un plan idéologique, le second plus par opposition à celui qui l’a menacé à la tête des Républicains en 2012 (Fillon) ainsi qu’à celui qui l’en a écarté (Sarkozy et le scandale Bygmalion). Bruno Le Maire reste sur ses gardes, annonçant qu’il ne donnerait pas de « consigne de vote ».