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Interdiction du glyphosate. La Commission Européenne et Monsanto obtiennent un report de la décision

Ce mercredi, la Commission européenne devait se prononcer sur la prolongation de la vente du RoundUp, un des produits phares de la multinationale Monsanto, herbicide élaboré à partir du glyphosate, substance classée cancérigène probable sur les humains depuis 2015 par le CIRC (Centre international de recherche sur la cancer). Sans succès. Alors que le Parlement européen a voté mardi l'interdiction progressive du produit sur 5 ans, la pression des lobbys lui a fait remettre à plus tard sa décision, qui porte avant tout sur la durée accordée à la nouvelle licence d'exploitation.

Une commission européenne réticente à l’interdiction, en faveur d’une prolongation de la licence

Devant les 28 membres de la commission européenne, un véritable bras de fer s’est mené entre les ONG revendiquant l’interdiction du glysophate et Monsanto, géant de l’agro-business, principal fabriquant et fournisseur mondial d’OGM, de pesticides et autres produits toxiques. Le Parlement européen, dont l’avis n’est que consultatif, a fait savoir son souhait de voir le produit canérigène interdit progressivement sur 5 ans, ce mardi. C’est déjà trop pour la Commission Européenne qui proposait de son côté la prolongation de la licence d’exploitation du produit pour une durée de 5 à 7 ans, sans mettre sur la table la question de son interdiction. Une proposition qui continue à faire débat au sein des 28 pays de l’UE.

L’ONG environnementale Greenpeace a fait entendre lundi à Bruxelles la voix des 1,3 million de signataires d’un pétition demandant l’interdiction d’un herbicide largement répandu accusé d’être cancérogène, en rencontrant deux commissaires européens. Les ONG ont fait valoir les résultats de recherches scientifiques indépendantes montrant la toxicité des produits de la multinationale qui empoisonne la population mondiale mais aussi la nature qui nous permet de manger, boire et respirer.

Elles mettent également en avant les centaines de plaintes déposées aux États-Unis contre l’entreprise, propriétaire du pesticide RoundUp. Selon les plaignants, l’exposition à l’herbicide a provoqué des cancers, en particulier chez les cultivateurs. À l’issue de l’entretien, le directeur pour l’Europe de Greenpeace, Jorgo Riss, a accusé la Commission européenne de "privilégier les intérêts à court terme des entreprises chimiques à la santé des gens et à l’environnement".

Scientifiques, instituts et députés à la solde de la multinationale

Appuyé par les gouvernements des pays impérialistes, Monsanto exerce depuis des décennies un puissant lobbying visant à faire taire toute remise en cause de son quasi monopole sur les intrants agricoles, au détriment du système écologique et de la vie humaine.

Monsanto n’a pas hésité à utiliser un gros budget pour son lobbying à Bruxelles pour influencer les députés et les études scientifiques à la solde de l’UE. L’entreprise a engagé plusieurs cabinets en communication pour un montant déclaré d’un peu plus d’un million d’euros par an pour continuer la commercialisation de la molécule la plus vendue au monde lui rapportant environ 13 milliards de dollars par an. Monsanto agit discrètement à travers des sociétés de lobbyistes. La bataille pour conserver le glyphosate sur le marché de l’Union Européenne a été coordonnée par la Glysophate Task Force (GTF), une coalition de lobbyistes menée par Monsanto. En se basant sur les études présentées par le GTF, donc financées par Monsanto, l’EFSA (sécurité des aliments) a conclu que le glysophate n’était « probablement pas cancérigène ». Les grandes agences réglementaires ( EFSA et ECHA ( produits chimiques) en Europe), chargées d’évaluer la dangerosité d’un produit avant et après sa mise sur le marché, se sont donc basées sur les données fournies par Monsanto, allant jusqu’à reproduire des pans entiers de ces études dans leur rapport final.

Lors des débats mardi, l’eurodéputé belge Marc Tarabella s’en est pris à un chercheur mis en cause, le 11 octobre : "Rappelons qu’en 2012, Monsieur Kirkland, vous avez co-rédigé une étude sur le glyphosate. Ses conclusions étaient largement favorables à son utilisation. Là où ça devient interpellant, c’est que Monsanto vous a commandité l’étude et vous a payé 18.000 euros en échange. En quoi êtes-vous dès lors indépendant ? N’est-ce pas contraire à l’éthique ? Êtes-vous toujours crédible en tant que scientifique ?" C’est un des exemples de manipulations des données scientifiques réalisées par les agences réglementaires dont on sait qu’elles sont régulièrement soudoyées par la grande multinationale depuis la révélation du scandale des « Monsanto papers ».

Les membres de la commission européenne, les représentants des gouvernements de l’UE, au service des multinationales, ont donc décidé de reporter le vote concernant la durée de prolongation de la licence. Certainement une manière de contourner la pression médiatique qui pèse sur son interdiction. En attendant, beaucoup d’agriculteurs par le monde tombent malades – cancers, infertilité, maladie congénitale, etc. – quelques années après avoir utilisé et été au contact des pesticides. Monsanto tue et il serait temps de le reconnaître. En effet, cela fait des décennies que de nombreux experts condamnent les pratiques destructrices et criminelles de la multinationale. Mais Monsanto dispose de tout l’arsenal scientifique, juridique économique et idéologique pour faire fleurir son business mortifère, avec la complaisance des instances internationales. On voit bien que les membres de l’Union européenne et représentants des Etats ne sont là que pour servir la logique productiviste basée sur l’oppression et l’exploitation de l’homme et de la nature, au service de la course au profit.

Crédits : EPA / Stéphanie Lecocq - Maxppp




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