Notre classe

Pas question de se laisser intimider

[Interview-Vidéo] Reynald, ex-Goodyear condamné à 9 mois de prison ferme. « Si c’était à refaire, on le referait »

Publié le 9 février 2016

Flora Carpentier

Reynald Jurek, délégué CGT de Goodyear Amiens Nord, fait partie des 8 anciens salariés de Goodyear condamnés à de la prison ferme pour s’être battus contre la fermeture de leur usine d’Amiens. Ces 8 salariés que l’on cherche à faire passer pour des voyous ne sont que les victimes d’un système criminel, qui met des familles entières au banc de la précarité, avec son lot de conséquences dramatiques. Reynald et ses deux frères font partie de ces 1450 salariés qui ont perdu leur emploi après la délocalisation de l’usine de Goodyear Amiens Nord : « Il y a beaucoup de familles qui ne vivaient qu’avec un salaire Goodyear. Aujourd’hui il y en a qui ne vont bientôt plus toucher d’allocations chômage, ça va être dramatique (…). Il y a déjà eu 12 décès depuis la fermeture de l’usine. On a prévenu les dirigeants que potentiellement il allait encore y avoir du monde qui allait passer à l’acte. On côtoie beaucoup d’ex-salariés Goodyear et il y en a qui sont dans des détresses… Pas plus tard qu’il y a quinze jours, il y a un gars qui a voulu se foutre en l’air  ». La voilà la véritable violence. Que sont 30 heures de « séquestration » de deux patrons face à tant de misère sociale et de détresse humaine ?

Parce qu’il est bien conscient que la lutte est le seul moyen de faire bouger les lignes, Reynald reste déterminé : « On est traités comme des criminels alors qu’on n’a tué personne, on n’a rien fait de mal. (…) J’ai simplement essayé de garder mon job. On se demande si ça valait vraiment le coup, parce que mettre nos proches dans des situations comme ça, c’est quand même compliqué. Et puis l’instant passé, on se dit que oui ça valait le coup et que si c’était à refaire, on le referait. (…) Aujourd’hui il va falloir que ça se réveille un petit peu, parce qu’hormis aujourd’hui [jeudi 4 février, journée de mobilisation nationale pour la relaxe des Goodyear], où ça fait plaisir parce qu’on arrive à avoir du monde dans les rues… autrement ça devient quelque chose de vraiment anecdotique. Quand le gouvernement dit que depuis qu’ils sont arrivés il n’y a plus de mouvements de grève, on ne peut pas leur donner tord… donc voilà pourquoi c’est intéressant de faire une journée comme ça  ».

Nous avons interviewé Reynald Jurek et son frère Frank, également ancien salarié Goodyear, en marge du rassemblement de solidarité qui a eu lieu à Paris jeudi 4 février :