Société

Un flash-ball peut en cacher un autre

LPB40. Le fusil pour éborgner les manifestants qui équipe la police

Publié le 20 mai 2016

LPB. Lanceur de Balles de Défense. Un bel euphémisme. Un fusil qui éborgne, plutôt. Depuis les émeutes de Villiers-le-Bel, en 2007, c’est ce qu’utilisent, « sur le terrain », les forces de répression. Rien à voir avec un flashball. C’est pire…

Paul Tanguy

Dans le jargon policier, on appelle ça un « gomme-cogne ». C’est plus proche de la réalité. Arme de guerre, elle est présentée comme « arme à létalité atténuée », comme le bon vieux flash-ball. Mais qu’on ne s’y trompe pas.

Produit à Saint-Etienne par la firme Verney-Carron, le flash-ball n’est efficace qu’à courte distance. Selon Jean Verney-Carron, le patron de la boite à flingues, il ne faut pas l’utiliser à moins de 7m et en direction de la tête. Beaucoup de paramètres à enregistrer pour un policier… Mais sinon, selon Verney-Carron, aucun risque.

Le dirigeant de Verney-Carron avait d’ailleurs déjà dénoncé « l’amalgame et la confusion généralisée » à la suite des graves blessures reçues par un jeune lycéen à Montreueil, en octobre 2010, pendant le mouvement des retraites. Il n’avait pas été blessé par un flash-ball mais par un LPB40, le flashball lançant, toujours selon Verney-Carron, « une sphère en caoutchouc souple sans aucune aspérité et d’un diamètre suffisant pour empêcher tout risque de pénétration dans le globe oculaire ».

Avec le LPB40, en revanche, c’est une toute autre (salle) histoire. Les flics en sont équipés depuis 2009. Le fusil tire une balle de 95g (et non de 29g, comme le flash-ball classique) et de 40 millimètres. Produit par la firme suisse Brügger et Thomst, le LPB est prévu pour des distances supérieures à 20m et il est équipé d’un viseur laser à précision. Pas de « bavure » possible, donc.

Depuis 2004, 39 personnes ont été gravement blessés par ces fusils à « létalité atténuée ». Les cibles de préférences pour le ball-trap ? Les jeunes, dans les quartiers, devant les blocus de lycée, en manif. Depuis le début du mouvement, ce sont des dizaines de manifestants qui ont été touchés. Le 28 avril, c’est Jean-François qui a perdu son œil gauche, à Rennes. C’est cela, aussi, leur démocratie.