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Notre classe

Après le 22 mars...

La CGT appelle au 3 et 19 avril : va-t-on nous rejouer le scénario des journées saute-mouton ?

Alors que la grève et les manifestations de ce jeudi 22 mars ont été une réussite, que les cheminots sont dans les starting block, la direction de la CGT s'est contentée d'appeler à deux autres journées nationales de mobilisation interprofessionnelle, le 3 et 19 avril, visiblement sans concertation avec les autres syndicats. Si il est positif d'appeler à d'autres journées interpro, il n'en reste pas moins que cela fait une date de manifestation tous les 15 jours. Un éloignement qui nous rappelle les journées saute-mouton de la loi travail et qui avaient épuisé le mouvement.

Depuis que le rapport Spinetta, qui préconise les attaques à mener contre les cheminots et le rail, est sorti le 15 février, la colère n’a cessé de croître chez les cheminots et les usagers. Des secteurs entiers se mettent en ordre de bataille, y compris les cadres de la SNCF : une atmosphère qui rappelle les grandes grèves de 1995 ! Pourtant le plan de bataille de l’intersyndicale semble bien en deçà des attentes. Il aura en effet fallu attendre plus d’un mois pour que la grève soit annoncée et ce, de manière hésitante : deux jours de grève tous les cinq jours, soit disant pour ne pas trop fatiguer les cheminots et ne pas trop gêner les usagers. Face à l’attaque sans précédent du gouvernement contre les cheminots, la riposte ne semble pas être à la hauteur. La stratégie de la grève « rectangle » a déjà prouvé son inefficacité en 2014 et en 2016, elle n’a pas gagné. Si l’on prend aujourd’hui en modèle les grandes grèves de 1968, de 1986 ou de 1995, qui ont toutes abouti à des victoires, la modalité d’action a toujours été la même : la grève dure.

À côté de ça, la mobilisation du 22 mars qui a réuni autour de 480.000 personnes dans tout le pays affiche la volonté d’en découdre d’une partie importante des secteurs mobilisés ou en passe de l’être (étudiants, travailleur/euses de la santé, du social, du rail, les retraité.e.s...). 35 % des cheminots se sont mis en grève ce jour-là alors qu’il n’existait pas de réel appel à la grève. Cette journée de mobilisation, la plus suivie depuis le début du quinquennat de Macron, qui rassemble largement les secteurs attaqués par ce gouvernement des riches, doit en appeler d’autres. Il est important, en plus de taper tous et toutes ensemble, en même temps sur le même clou, de ne pas laisser retomber la pression qui commence à se faire sentir sur le gouvernement. La CGT appelle à une prochaine journée de mobilisation le 3 avril mais également le 19 avril. Un tel écart, et une telle tendance à la division des dates, rappelle la stratégie perdante proposée par les directions syndicales lors du printemps de lutte contre la loi travail en 2016.

Une des différences majeures avec 2016 est qu’aujourd’hui tous les voyants démontrent que les cheminots peuvent être le secteur à la pointe de la contestation et en capacité de tirer d’autres secteurs dans la lutte. De ce point de vue, la grève des cheminots doit être en mesure de pousser une partie importante de la classe ouvrière au combat. Les journées saute-mouton ne permettront pas d’atteindre cet objectif, ni même de faire reculer franchement le gouvernement.
Macron ne s’en prend pas par hasard aux cheminots. Au delà d’une attaque contre la SNCF, il s’attaque à un secteur particulièrement combatif, héritage d’importantes conquêtes ouvrières que le patronat a toujours combattu.

La seule stratégie gagnante est celle de la grève reconductible. A l’image des 500 cheminots qui ont tenu une assemblée générale à la gare du Nord à Paris ce jeudi 22 mars, c’est d’abord aux cheminots et aux travailleurs de décider de leur grève. Les cheminots de la gare du Nord ont voté, entre autres, la grève reconductible dès le 3 avril prochain, offrant ainsi une alternative à la stratégie des 2 jours de grève par semaine décrétée par l’inter-fédérale. Les grévistes qui sont intervenus à la tribune ont notamment interpellé la CGT, pour l’appeler à l’unité, et ont souligné la nécessité d’une lutte dans la durée, reconductible, pour faire plier le gouvernement. Et bien évidemment une lutte avec l’ensemble des secteurs mobilisés. Une stratégie totalement différente pour l’instant de celle voulue par l’inter-fédérale et la direction de la CGT mais qui pourrait s’avérer payante.

Crédit photo : AFP/Boris Horvat




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