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Politique

Un répit de courte durée pour les abeilles

Le premier couac du gouvernement tourne pour l’instant à l’avantage de Hulot

Stéphane Travert, nouveau ministre de l’Agriculture, avait annoncé la possibilité de revenir sur l’utilisation de pesticides dans certaines situations. Une déclaration qui a été contredite en premier lieu par le nouveau ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, puis par le président, Emmanuel Macron. Premier couac d’une longue liste à venir au sein du gouvernement Philippe II, rapidement étouffé par Matignon dans un contexte de rédaction de la future loi Travail.

Le gouvernement fraîchement élu vient de connaitre un de ses premiers couacs. Opposant deux de ses ministres, Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, et Nicolas Hulot, ministre de l’Écologie, le tout nouveau ministre de l’Agriculture souhaite déroger à une décision qui avait été prise au cours du dernier quinquennat. Il proposait de revenir sur la question de l’utilisation de certains pesticides, dont une famille de pesticides grandement controversée : les néonicotinoïdes, aussi appelés les « tueurs d’abeilles » puisqu’il y a un fort soupçon que ces pesticides soient à l’origine des morts soudaines d’abeilles autour du globe. Le ministre de l’Agriculture souhaite assouplir la législation française pour « améliorer l’attractivité » du modèle agricole français, aux dépens de la nature et de la santé. Il souhaite aussi aller dans le sens des directives européennes, qui exigent le strict minimum et n’interdit qu’une partie des néonicotinoïdes. Tous ces documents ont fuité de l’administration du ministère de l’Agriculture, qui souhaite repartir en guerre contre cette loi qui n’avantage pas les agriculteurs.

Stéphane Travert et le gouvernement dans l’embarras

Stéphane Travert précise que seuls certains pesticides seront autorisées, ceux étant dans l’impasse techonologique et ne permettant pas d’être remplacés par une technologie adaptée conservant un taux de rendement suffisant. Face à la polémique qui s’est rapidement ouverte, le gouvernement a dû réagir vite. Dans un contexte où l’attention de l’exécutif est focalisée sur le passage de la loi Travail, il s’agit à tout prix de maintenir le cap du gouvernement et d’éviter tout ce qui pourrait désavouer l’exécutif. Alors, pas question de lâcher Hulot dans un moment aussi crucial. Et quand ce dernier réaffirme l’interdiction de l’usage des néonicotinoïdes, c’est Matignon qui suit, sans pour autant préciser la nature des discussions qui ont lieu en ce moment au gouvernement sur la question des pesticides.

Nicolas Hulot, nouveau ministre de la Transition écologique, se retrouve pris dans les contradictions de ce gouvernement. Lui, fervent défenseur de la nature, est la caution verte d’un Macron qui rentre en porte-à-faux avec les projets réels de ce gouvernement : défendre les riches et les patrons, ce qui, décliné du point de vue agricole, consiste à défendre les intérêts des patrons de l’agroindustrie, menée par le puissant lobby de la FNSEA. Nicolas Hulot porte à cœur ce projet d’interdiction des pesticides puisqu’il avait lancé une pétition pour interdire ces pesticides, avant même sa nomination au poste de la Transition écologique. La réintroduction de ces pesticides aurait à coup sûr poussé à la porte une polémique que le président Macron souhaite éviter à tout prix pour l’instant.

À son tour, Macron se retrouve dans l’embarras sur ce point, car le maintien de la législation en place faisait partie de ses engagements durant sa campagne, où il exprimait le projet de « ne pas revenir sur les interdictions de pesticides ». Le nouveau président de la France avait dernièrement pris la parole pour insister sur le mauvais choix de Trump concernant son départ de la Conférence sur le climat, la COP.

Premier combat gagné par Hulot

Le Premier ministre Edouard Philippe vient de confirmer que le nouveau gouvernement ne souhaite pas, pour l’instant, revenir sur la loi de la biodiversité interdisant l’utilisation de certains pesticides, et soutient le ministre Hulot sur ses positions. Durant les votes de cette loi sur la biodiversité, il est bon de souligner que le Premier ministre actuel avait voté contre cette loi. Hulot, lui, n’a fait que défendre une loi qui existe déjà, sans pour autant aller plus loin, alors qu’il est ministre de la Transition écologique et solidaire. Cela alors même qu’il existe encore de nombreuses substances chimiques autorisées qui sont compromettantes sur la santé.

Les pesticides, un véritable problème sanitaire

Dans un précédent article, nous avions mis en lien la création de l’agent orange utilisé lors de la guerre du Vietnam par l’armée américaine et celle des premiers pesticides par la compagnie Monsanto. Les pesticides, qui ont pour but d’améliorer la productivité agricole, posent trop souvent de graves troubles du point de vue de la santé. Beaucoup d’agriculteurs par le monde tombent malades – cancers, infertilité, maladie congénitale, etc. – quelques années après avoir utilisé et été au contact des pesticides. En dépit des constats médicaux et des études épidémiologiques, ces grandes entreprises ont eu l’autorisation de les utiliser en faisant pression grâce à des lobbys très puissants de l’agroalimentaire.

Par la loi sur la biodiversité de 2016, ce sont les néonicotinoïdes qui ont été interdits d’utilisation. À cette époque, le Premier ministre actuel, Édouard Philippe, alors député, avait voté contre le projet de loi. Dans ce contexte tendu, plusieurs sujets avaient été remis au placard, comme la taxe Nutella pour taxer les produits avec une présence d’huile de palme. Cependant, il avait été voté l’interdiction de l’utilisation de certains pesticides, qui permettent par des dérogations une utilisation certaine pour les entreprises jusqu’en 2020. Cette loi avait été critiquée car elle semblait insuffisante, alors que les ruches courent le risque de disparaître avant même d’atteindre cette date.

Dans un récent communiqué, les apiculteurs précisent que c’est 1,2 million de ruches qui seront touchées. Aujourd’hui, la chute de production de miel est évaluée à 33% et met certainement beaucoup de producteurs sur le carreau ou avec une perte de revenus. C’est l’utilisation de tous les pesticides qui doit être interdite, car les pesticides sont contre-productifs de manière globale, et dévastateurs sur le long terme.

Le gouvernement Macron, au service des patrons, n’apportera aucune véritable avancée du point de vue écologique. Nicolas Hulot, qui n’est présent dans ce gouvernement que pour donner bonne figure et apporter une caution verte, l’apprendra bien contre son gré. Il est tout aussi important de faire comprendre que les pesticides ont un impact négatif sur notre santé par l’ingestion d’aliments que nous mangeons, et encore plus sévèrerement chez les agriculteurs qui les utilisent. On ne voit là que la logique productiviste de l’exploitation de l’homme et de la nature, au service de la course au profit que les ministres de Macron sont là pour servir.




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