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Monde

Leur guerre, nos morts

Les images d’un enfant mort de faim alertent sur la famine en Syrie

Le drame humanitaire qui se déroule en Syrie s’aggrave, la barbarie impérialiste continue. Des photographies de l’AFP ont révélé la sous-nutrition aiguë d’enfants et de nourrissons dans la région de la Ghouta. Une conséquence de la famine généralisée mise en œuvre par le régime de Damas qui utilise la faim de toute la population comme arme de guerre.

La Ghouta orientale, à l’est de Damas est l’un des derniers bastions des « rebelles » que le régime de Bachar Al Assad tente d’éradiquer depuis 2013. C’est notamment là que le gouvernement de Damas avait fait usage de gaz sarin, faisant des centaines de morts. Il s’agit d’une des quatre « zones de désescalade », créées par les gouvernements russe, turc et iranien devant en théorie réduire la violence dans ces régions. Ce qui n’empêche pas Bachar al-Assad d’y organiser un blocus, empêchant les populations de quitter le territoire et freinant drastiquement l’arrivée de provisions des aides humanitaires.

400 000 personnes vivent dans des localités assiégées en Syrie, et la majeure partie d’entre elles se trouvent dans la région de la Ghouta orientale selon l’ONU. Cette technique consistant à affamer et paralyser la population afin d’affaiblir les opposants au régime et de contraindre la population à se rendre est une tactique bien rodée par le Damas qui avait déjà, en 2016, bloqué la ville de Madaya, en encerclant la ville de snipers et mines anti-personnel et laissant ses habitants littéralement mourir de faim - .

Des milliers d’enfants en état de mal-nutrition

Samedi, une fillette de 34 jours, squelettique, a été transportée jusqu’à l’hôpital de Hamouria. C’est elle, Sahar, pesant moins de 2 kg, que l’on voit sur les photographies de l’AFP. Sa mère, elle même sous-alimentée était en incapacité de l’allaiter. En situation de malnutrition aiguë sévère, les médecins n’ont pas pu la sauver, elle est morte le lendemain, dans la matinée. Un autre enfant était mort dans les mêmes conditions la veille.

Yahya Abou Yahya, médecin pour l’ONG turque Social Development International qui gère différents centres médicaux dans la région déclarait : « En ce moment, les aliments de première nécessité que l’on doit donner aux enfants ne nous parviennent pas, en particulier le sucre et les matières grasses. ». Et, précise-t-il, « les quantités envoyées par les Nations Unies ne couvrent pas 5 % à 10 % des besoins des enfants de la Ghouta qui se trouvent dans ces cas de malnutrition », alors que le 23 septembre, un convoi transportant de la nourriture et des médicaments pour 25 000 personnes avaient réussi, difficilement, à atteindre trois des localités de la région assiégée selon l’ONU.

Morte de faim après un mois de vie. Le cas de Sahar est loin d’être isolé. Ce genre de drame se multiplie dans la région. Sur les 9700 enfants qui ont été accueilli dans les centres médicaux récemment, 4000 d’entre eux souffrent de carences nutritionnelles, 200 sont en situation de malnutrition aiguë modérée et près de 80 en situation de malnutrition aiguë sévère, c’est-à-dire à l’article de la mort. Des chiffres qui sont certainement en-deçà de la réalité de la région compte-tenu du fait que tous les enfants ne peuvent accéder aux centres médicaux, et que la communication entre les différents centres est assez difficile.

« Les réapprovisionnements sont très faibles, et si cela continue, d’autres enfants mourront »

Les habitants de la région, coupés de tout, souffrent de pénuries alimentaires, ce qui a fait émerger un marché noir où les prix sont exorbitants. Un kilo de sucre coûte maintenant près de 15$, ce qui est évidemment bien au-dessus de ce que peut se permettre la majorité de la population de la région qui réussit à peine à survivre à ces conditions de guerre civile et de famine. Les produits, même de première nécessité se font rares, et les familles ne peuvent pas se procurer du lait en poudre pour compenser la malnutrition des mères ne pouvant allaiter leurs enfants. Mohamad Katoub, un autre médecin de la région travaillant pour la Syrian American Medical Society témoignait du fait que la plupart des décès de ses patients étaient le résultat d’un état de malnutrition affaiblissant leur système immunitaire qui ne pouvait plus se protéger des infections.

Ces images ne sont que la cruelle réalité du régime de Damas dont la liste des crimes de guerre ne fait que s’allonger, même si Assad n’est pas le seul à utiliser ces méthodes néfastes. Des populations entières sont plongées dans la misère et dans le sang, des familles qui n’ont plus les moyens de protéger leurs enfants de la faim. Et l’État français, meilleur ami d’Assad avant la guerre civile, explique maintenant que la reconstruction de la Syrie ne peut se faire qu’avec un dialogue avec lui, et que c’est la lutte contre Daesh qui prime, occultant ainsi à demi-mots les crimes de ce bourreau. L’hypocrisie de nos dirigeants est d’une barbarie inhumaine. Car c’est bien leurs guerres qui sont la cause de tous ces morts.

Crédits photo : UNICEF/UN013172/Al-Issa




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