Monde

La famine comme arme de guerre

Syrie. Madaya en état de siège, des habitants obligés de manger de l’herbe et des feuilles

Publié le 8 janvier 2016

« Il n’y a plus un chat ou un chien vivant dans la ville », témoigne un habitant de Madaya. Il ne s’agit pas d’une catastrophe vétérinaire ou d’un mépris des habitants de la ville pour les animaux domestiques. Non. On les a mangés. Les 40.000 habitants de Madaya se trouvent en état de siège depuis six mois et certains sont en train de mourir littéralement de faim. Certains survivent avec de l’eau salée et des soupes d’herbe ou de feuilles. Et même cela commence à manquer.

Les forces armées du régime de Bachar Al-Assad et de ses alliés du Hezbollah maintiennent les habitants de cette ville frontalière avec le Liban et située à 30 km au sud de Damas sous un siège criminel. Non seulement ils laissent une partie de la population mourir lentement de faim, mais la ville est entourée de mines antipersonnel et de snipers.

En décembre on estime qu’au moins 23 personnes sont mortes de faim, dont six enfants. Quatre autres personnes sont mortes en essayant de fuir de la ville sous le feu des snipers ou suite à l’explosion de mines anti-personnel.

Les résidents de Madaya passent des jours sans rien manger. Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux et la presse, on y voit des enfants la peau sur les os, des personnes âgées allongées par terre maigres et affaiblies. Les basses températures et la neige ne font qu’aggraver cette situation.

Une des images qui a beaucoup circulé est celle d’une affiche sur une voiture où l’on lit que le propriétaire l’échange pour dix kilos de riz ou cinq kilos de lait en poudre. En effet, le prix des aliments y est exorbitant. Un habitant explique qu’il y a une semaine le kilo de riz coûtait 202 dollars américains, aujourd’hui il coûte 530 dollars ! Le kilo de farine coûte près de 100 dollars.

Face à cette situation et à la diffusion de l’information au niveau international, le régime a dû annoncer qu’il laissera l’aide humanitaire passer. Mais on ne sait ni quand, ni comment et surtout dans quelles conditions cela aura lieu. On craint effectivement que, comme par le passé, l’ouverture de la ville à l’aide humanitaire ne soit qu’un prétexte pour forcer des civiles à quitter Madaya.

En effet, la position du régime et de ses alliés face à cette ville tenue par des opposants à Assad est claire : il faut se rendre ou mourir. Une tactique de guerre criminelle qui se reproduit dans tout le pays. Selon des membres d’ONG il y aurait actuellement en Syrie environ 400.000 personnes dans cette situation de siège. Et cela n’est pas l’exclusivité des forces loyalistes qui, en 2012-2013, avaient déjà utilisé cette tactique barbare contre le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk. Selon des témoignages, les forces rebelles emploient les mêmes méthodes de siège contre la population civile des villes chiites.

Mais ces méthodes criminelles ne semblent pas près de s’arrêter. Au contraire. A la fin du mois, des pourparlers entre le régime et l’opposition devraient commencer sous l’égide de l’ONU et des puissances internationales. Pour renforcer leur rapport de forces, les différentes parties essayeront de peser le plus possible sur le terrain. Et cela implique la conquête de zones stratégiques. En ce sens, les forces armées du régime, soutenues par l’aviation russe, sont en train d’avancer résolument vers le sud du pays, où se trouve Madaya.

On peut donc s’attendre à plus d’atrocités dans les prochains jours. Les crimes contre l’humanité, comme celui perpétré à Madaya, ne sont que le résultat logique d’une guerre où toutes les parties représentent des intérêts réactionnaires. C’est une immense tragédie pour les classes populaires en Syrie.