Politique

Édito

Loi travail. Mardi 28, tou-te-s dans la rue pour préparer les résistances de demain

Publié le 27 juin 2016

Pour la troisième fois en un mois et la onzième depuis le début du mouvement, l’Intersyndicale appelle à une nouvelle journée de grève et de manifestation contre la loi travail. Contre les coups de menton de Valls et les coups de matraques de ses CRS, nous avons tenu jusqu’à présent et mardi devrait être une nouvelle occasion de faire entendre notre voix. Ce qui ne suppose pas de faire l’économie d’une discussion sur nos perspectives.

Comité de rédaction

Onzième journée pour beaucoup alors que d’autres ont fait deux semaines voire quatre semaines de grève dans certaines gares ou certaines raffineries. Certains n’auront fait que quelques-unes de ces journées mais, autour de nous, tout le monde comprend que cette logique de la journée saute-mouton a desservi le mouvement au lieu de faire monter la pression. Et si, en lieu et place des 264 heures de grèves de ces onze dernières journées nous avions réussi à inscrire à l’agenda 24 puis 48 puis 72 heures et 96 heures de grève ? Le ton de Hollande et Valls aurait-il été le même ?

Une chose est sûre : ce n’est pas la combativité qui a manqué ces dernières semaines ni la volonté de se bagarrer qui manquera mardi. Nous serons à nouveau plusieurs dizaines de milliers dans toute la France à dire notre opposition à cette loi qui va être votée dans une version encore plus « à droite » au Sénat pour que Valls et sa ministre la présentent, en seconde lecture, au Parlement, comme un texte « de gauche ». Il n’est pas exclu, néanmoins, qu’ils soient obligés à nouveau d’avoir recours au 49.3.

En attendant, constatant que la pression continue à être aussi importante dans l’opinion contre cette loi et que la popularité du Premier ministre continue à dévisser aussi rapidement que celle de Hollande, la ministre du Travail a annoncé que les « partenaires sociaux » seraient reçus mercredi et jeudi. Valls et El Khomri devraient ainsi se voir avec la CFDT, FO, la CFTC et la CGT mercredi après-midi alors que la CFE-CGC et les organisations patronales (Medef, CGPME et UPA) devraient être reçus jeudi.

Que la CFDT et la CFTC fassent le jeu du gouvernement, c’est une chose. Que le Medef et les patrons jouent à la surenchère et au coup de bluff avec l’exécutif comme si la loi travail avait été « dénaturée », c’est bien normal. Ce sont les rôles que s’est donné ce petit monde depuis quatre mois, maintenant. Mais que la CGT et FO acceptent la combine, alors qu’il y a une semaine à peine le gouvernement entendait interdire la manifestation parisienne, voilà qui est scandaleux. Ça l’est d’autant plus que Valls répète à qui veut bien l’entendre que l’article 2 sur l’inversion de la hiérarchie des normes n’est pas appelé à être modifié.

Ce qu’ont scandé les grévistes et la jeunesse pendant quatre mois et ce que continuent à réclamer les manifestants, c’est le retrait du texte. Quoi qu’il arrive, il faut que la manifestation du 28 soit l’occasion de construire, pour demain, à savoir avant l’été et après la rentrée, les résistances pour que la loi travail, même si elle est adoptée au Parlement, ne soit pas applicable dans les entreprises, sur le terrain. Une chose, en effet, est d’avoir « la loi » de son côté ; c’en est une autre que de la faire appliquer, notamment lorsque 70% de l’opinion publique continue à penser que c’est un mauvais texte.

Pour cela, nous avons besoin de détermination de la part de nos directions, une stratégie qui se situe à des années-lumières de celle que Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly s’apprêtent à valider en se rendant disponibles à « dialoguer », alors que rien n’est sur la table et qu’il n’y a même pas de « grain à moudre ».

Face à l’intransigeance « thatchérienne » de Hollande et Valls, on a su passer en revue tout un éventail de méthode de luttes ces derniers mois. Il nous faudra être encore plus intransigeant qu’eux si nous entendons faire barrage à la loi. La meilleure façon d’y arriver, c’est de faire entendre notre voix demain, contre la loi travail, son monde et ce gouvernement, renforcer les liens de solidarité déjà existants au niveau interprofessionnel, approfondir les pratiques militantes de coordination et de bagarre (AG, coord’, piquets et blocages, etc.) qui auront pu être mis en place pour nous préparer à la séquence à venir. Pour cela, ni la CGT, ni FO ne doivent se retrouver autour de la même table, mercredi 29, avec le gouvernement et la CFDT. À moins qu’après avoir refusé de dénoncer le « décret socle » à la SNCF, ce week-end, Martinez et ses amis veuillent revenir au « syndicalisme rassemblé » qui a porté tant de torts à notre capacité de riposte et que ces quatre derniers mois semblaient avoir enterré.