Politique

Programme de lutte ou programme électoral ?

Meeting de campagne pour Mélenchon à Toulouse. Que retenir ?

Publié le 29 août 2016

C’est à Toulouse que Jean-Luc Mélenchon a tenu son meeting de campagne ce dimanche 28 août, devant plus d’un millier de personnes réunies aux Jardins de l’Observatoire. Dans un contexte d’offensive raciste et islamophobe autour du burkini, le candidat de "La France Insoumise" a beaucoup insisté sur sa vision de la laïcité, dénonçant plus clairement les arrêtés et saluant la décision du Conseil d’État. Outre les dénonciations du gouvernement, ses propositions sur l’écologie ou sa dénonciation de la loi Travail, Mélenchon a aussi signalé les difficultés à récolter les parrainages, seulement 200 pour l’instant sur les 500 nécessaires à sa candidature.

G.Gorritxo et Roma Caracol

A défaut de la Cité de l’Espace, c’est aux Jardins de l’Observatoire de Toulouse que Jean-Luc Mélenchon a choisi de faire son meeting de campagne. Sur une scène ronde, il a pu y développer les références à la conquête de l’espace, expliquant, de la même manière qu’à son discours de clôture de l’an passé , que «  ??La France est le deuxième pays qui contribue le plus par habitant à la recherche spatiale ? ». Si le thème de la "grandeur de la France", est une constante chez Mélenchon (voir notre article sur son "nouvel indépendantisme français" ), cela n’était pas l’axe central de son discours cette fois, contrairement à l’an passé, dans un contexte où Syriza venait de signer le 3ème mémorandum et où l’Union Européenne était au centre des discussions.

Il a néanmoins maintenu les grandes lignes sur ce sujet, soit une tentative de réforme de l’Europe sous menace de rupture, mais sans mentionner le "Plan B", un temps au centre de son discours.

Dans un second temps, c’est sur la question du burkini que s’est focalisée son intervention en dénonçant dans un premier temps les arrêtés anti-burkini, la laïcité à deux vitesses, puis en saluant la décision du Conseil d’État, qui a invalidé les arrêtés. Ces nouvelles déclarations contrastent notamment avec l’interview donnée au journal Le Monde, où il ne condamnait pas son interdiction par divers mairies de droite, entre autre, mais dénonçait le burkini comme « provocation politique », ou encore comme étant le fruit d’une « offensive religieuse salafiste » selon le communiqué du Parti de Gauche.

Véritable temps fort de son discours, il a défendu une laïcité qui ne doit pas "montrer du doigt les musulmans", a dénoncé les humiliations comme celle de Siam sur la plage de Cannes, et a revendiqué aussi le "droit à l’indifférence" et à la "liberté de conscience", pour ceux qui croient comme pour ceux qui ne croient pas.

Sur ce thème, il a développé un certains nombres de propositions : non-financement des cultes, abrogation du Concordat d’Alsace-Moselle, l’interdiction aux hauts fonctionnaires de participer à un culte religieux, sauf enterrement... Il a aussi expliqué qu’il n’accepterait pas d’être chanoine d’honneur de l’Église, contrairement à Hollande et Sarkozy.

Il a opposé aux "guerres de religions à venir", la puissance de l’État et de la République, seuls capables de permettre "qu’ils n’en viennent pas aux mains". Une République dont il faudrait avant tout "respecter les lois", ainsi que les "résultats [de l’élection présidentielle]", limitant la stratégie de lutte au cadre des institutions établies. Position qui n’est pas sans ambiguïté sur les moyens de lutte. Par exemple, en critiquant l’état d’urgence alors même qu’il ne s’est pas opposé à sa mise en place avec le vote des députés du Front de gauche, dont le PG était une des principales composantes, ou bien en maintenant le flou sur la façon de vaincre contre la loi Travail. Ainsi, même s’il s’agirait de se mobiliser à partir du 15 septembre, ce serait en votant pour Mélenchon et à travers son élection, qu’il serait possible en définitive d’obtenir l’abrogation de la loi Travail. Pour finir, il a osé remercier Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse, pour la mise à disposition du Parc, expliquant qu’il reste un adversaire mais dans le cadre d’une démocratie partagée par les deux.

Un respect des institutions lui posant quand même de sérieux problèmes, étant donné le peu de parrainages de maires atteints pour l’instant, de 200 sur les 500 nécessaires - le divorce avec le PCF en étant la première cause. Face à cette fausse démocratie, il a revendiqué la possibilité de "parrainages citoyens", où 150.000 personnes pourraient soutenir une campagne. Bien que la formule de "VIè République" ait occupé peu de place dans le discours, les idées d’Assemblée Constituante, formée de citoyens tirés au sort, de syndicalistes et de militants y ont été importantes. Expliquant être le candidat d’un "mouvement" (celui de la "France insoumise" donc) allant au-delà des partis traditionnels, sans pour autant jouer cette carte jusqu’au bout.

A l’approche de 2017, Jean-Luc Mélenchon, comme on le voit, modifie, clarifie ou au contraire nuance certaines de ses positions. On retiendra le flou sur un certains nombres d’axes qui étaient auparavant plus centraux dans ses apparitions, et sur leur articulation, que ce soit sur le rapport à l’Europe et au nationalisme, l’écologie d’une part et les inégalités de l’autre. Le jeu électoral, et son lot d’inconnues pour l’instant quant aux candidatures, alliances et adversaires possibles, y sont pour beaucoup. Le meeting laisse un sentiment de "liste de propositions", peu articulées entre elles, s’adressant à la suite à différents secteurs de l’électorat.

Pourtant, face à la crise profonde et structurelle de leur système capitaliste, il semble aujourd’hui illusoire, que par le biais des institutions qui reproduisent cette même classe politique au service du patronat, la lutte pour l’abrogation de la loi Travail puisse se réaliser sur le terrain même de ceux qui aujourd’hui tentent de l’imposer au forceps. Face à la détermination du gouvernement, ou d’une droite, à nous imposer des coups encore plus durs, la seule issue qui vaille, contre toute tentation réformiste, est de construire une alternative politique indépendante autour d’un programme anticapitaliste et révolutionnaire, autour notamment de la candidature de Philippe Poutou du Nouveau Parti Anticapitaliste.