Politique

« Bernie aurait pu gagner… »

Mélenchon, Sanders et le populisme de gauche

Publié le 10 novembre 2016

Profitant du succès de Trump et du choc qu’il a produit, Mélenchon se fait le soutien d’un « peuple populaire » qui faute de représentation s’est « démobilisé » tandis que la « droite populaire » s’est mobilisée autour de Donald Trump.

Claire Manor

Populisme de droite et populisme de gauche, l’alternative est ouverte et Mélenchon, qui ne fait jamais dans la mesure, énonce qu’il y a « un mouvement populaire dans le monde » à qui « la gauche parfumée » coupe la route. Si on ne voulait pas Trump, il ne fallait pas bloquer la route à Sanders. Le syllogisme implicite, si on le suit, c’est que si on ne veut pas Marine Le Pen, il faut suivre Mélenchon…

Bernie Sanders aurait gagné…

Premier enseignement que Mélenchon tire de l’exemple américain à son profit, c’est la nocivité des primaires. Autrement dit, il a bien raison de faire cavalier seul car il est le mieux à même de porter en France ce « mouvement populaire » qui existe dans le monde. Il affirme que si Sanders avait été le candidat démocrate, il aurait gagné contre Trump. Selon lui, « les primaires ont fonctionné comme une machine à museler l’énergie populaire ».

Il est vrai d’ailleurs que face à un Sanders qui parlait de « révolution politique », qui proposait de créer une université publique gratuite et une assurance maladie universelle, qui attirait beaucoup plus largement les jeunes qu’Hillary Clinton, le Parti Démocrate avait pris peur et largement avantagé cette dernière, au point de devoir présenter des excuses à Sanders.

Mais plus largement, s’identifier à Sanders en affirmant que, s’il n’avait été victime des primaires, il l’aurait emporté sur Trump, c’est évidemment une tactique astucieuse pour celui qui a choisi de surfer sur la critique du « système », de l’establishment, de ceux et celles qu’il appelle les « belles personnes », les puissances de l’argent, les milliardaires.

Mélenchon mériterait cependant qu’on lui signale que dès le lendemain de l’élection, son poulain Bernie Sanders a tendu la main à Trump en lui proposant sa collaboration à condition qu’il « entende vraiment améliorer la vie des familles de travailleurs ».

De racisme, de xénophobie, de sexisme, de mur le long du Mexique, il n’est plus question. Populisme « de gauche » et populisme de droite se retrouveraient-ils pour un protectionnisme économique des travailleurs (blancs ?)

Le choix de « l’Extrême République »

À trois jours de l’anniversaire des attentats et dans la foulée des manifestations policières qui font grand bruit, Mélenchon, sur arrière-fond d’élections américaines, tente de pousser l’avantage au bénéfice de sa candidature. Depuis son siège de campagne, en conclusion d’une matinée consacrée à la sécurité, il propulse son slogan et sa théorie de « l’Extrême République » opposée à l’extrême droite. Récusant à la fois les « siamois » socialistes et républicains qui ont amené l’Etat à ce point de décomposition, il déclare : « Je récuse l’idée qu’il n’y ait qu’un recours possible, et nombre d’entre vous le savent:on peut choisir de voter pour la solution d’extrême droite dans la police et dans l’armée comme on le fait dans toute la société, mais je veux qu’on sache qu’on peut aussi choisir l’extrême République que j’incarne ».

Il s’adresse ainsi aux policiers comme à des membres de « ce peuple populaire » susceptibles de basculer d’un côté ou d’un autre et que seule une représentation politique embarquée par Mélenchon et sa France Insoumise pourrait détourner de l’extrême droite.

Et il est vrai que, dans le chorus actuel où toute la droite se met à chasser sur les terres de Marine Le Pen, Mélenchon ne détonne pas. Ses thèses largementnationalistes, protectionnistes, sécuritaires, guerrières sont caractéristiques d’un populisme tout court sur lequel il n’est certes pas le plus mal placé