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Violences policières

« Merci à M. Macron et ses CRS pour m’avoir détruit le pied ». Le témoignage d’Antonio

Antonio fait partie de ces nombreux gilets jaunes qui ont fini à l’hôpital suites à de graves blessures causées par la violence des forces de répression, pour le simple fait d’avoir manifesté leur colère à Paris samedi dernier. Nous avons recueilli son témoignage.

“Merci à M. Macron et ses CRS pour m’avoir détruit le pied alors que je manifestais pacifiquement avec les gilets jaunes !!! Est-il interdit de vouloir vivre et non survivre !? Une grenade de désencerclement GLI F4 m’a été jetée directement dessus. Ce que vous voyez dans mon pied c’est l’explosif ! Faites tourner un maximum svp. Les gens doivent savoir !!!” Tel est l’appel au secours publié sur Facebook par Antonio ce lundi, pour faire éclater la vérité au grand jour, à l’instar des nombreux témoignages de violences policières qui déferlent sur les réseaux sociaux depuis samedi, malgré l’acharnement de Facebook pour les faire disparaître.

Lorsqu’un mouvement social comme la mobilisation inédite des gilets jaunes embrase le pays, le gouvernement et les médias à son service ne perdent pas un instant pour tenter de retourner l’opinion publique à leur faveur, une bataille que l’on sait décisive pour gagner le rapport de forces. Ainsi, alors que les médias tournent en boucle sur la supposée “violence des manifestants” et “la présence de casseurs” dans les rangs des gilets jaunes, les centaines de témoignages montrent à quel point ces prises de position médiatique n’ont que pour but de diviser et décrédibiliser le mouvement, dans une tentative désespérée de l’affaiblir.

C’est dans ces moments décisifs que les amateurs de “La Casa de Papel” comprennent à quel point chaque minute compte pour faire émerger au grand jour la vérité, celle qui révèle de manière éclatante que la vraie violence n’est pas celle des Champs dépavés, mais bien celle de l’Etat et de sa police, lorsqu’il se sent menacé par le rejet massif de la violence sociale qui opprime, elle, le plus grand nombre, et au quotidien. C’est avec cette volonté de rétablir les faits sur la véritable violence, que notre média “du bon côté de la barricade” relaie ces récits, photos et vidéos de violences policières qui nous parviennent chaque jour, et que nous invitons nos lecteurs à nous faire part de leurs témoignages, par mail à siterevolutionpermanente@gmail.com ou par message privé sur les réseaux sociaux.

Voici celui d’Antonio, 40 ans, chargé de clientèle venu de Picardie pour manifester à Paris samedi dernier, gravement blessé au pied par une grenade de désencerclement GLI F4 et qui se retrouve aujourd’hui immobilisé avec 10 jours d’ITT.

“Et là est arrivée de je ne sais d’où une grenade à mes pieds”

“J’étais à la manifestation avec des amis. Je précise, pacifiquement. Nous étions dans une rue parallèle aux Champs-Elysées. Il y avait beaucoup de gaz lacrymogène. Nous étions à une cinquantaine de mètres des CRS. Il y avait effectivement des personnes qui jetaient des pierres mais carrément plus loin de nous. Et là est arrivée de je ne sais d’où une grenade à mes pieds. Je n’ai pas eu le temps de réagir qu’elle avait déjà explosé. Ça m’a ébloui et ça a fait beaucoup de bruit. Et là les gens m’ont dit que je saignais énormément. Je ne m’en suis même pas rendu compte, car ça me brûlait trop. Tout a traversé ma chaussure. Les médecins m’ont confirmé que c’était une grenade de désencerclement.

Tout est vérifiable. J’ai tous les documents de l’hôpital mais aucun média ne veut parler de mon histoire. Et sur Facebook tous mes posts sont supprimés. Je dérange à priori. Où est la liberté d’expression ? Je suis dégouté car je ne fais pas ça pour la notoriété mais pour que les gens sachent la vérité. J’ai vu des personnes âgées se faire gazer, bousculer, insulter.”

“Je suis chargé de clientèle et je n’ai pas un 1 euro de côté”

“Je suis venu à Paris pour être solidaire avec les personnes comme moi, qui le 15 du mois n’ont plus rien. Chaque mois c’est de pire en pire. Je pense surtout au futur de ma fille. Je fais 60km par jour pour travailler. Je touche 1300€ par mois, et j’ai 600€ de loyer, 200€ de gaz et électricité, 250€ de gasoil, 100€ d’assurance, 50€ de mutuelle… je vous laisse faire le calcul. Je n’ai pas un 1 euro de côté. Si demain il m’arrive quelque chose de grave, je ne peux même pas assumer. Par exemple une réparation de ma voiture… La banque me prend des frais sans arrêt. Franchement c’est pas une vie, je veux plus survivre mais vivre. Travail, maison à payer, voilà à quoi se résume ma vie…”

“Et cerise sur le gâteau, je me fais tirer dessus”

“Et cerise sur le gâteau, je me fais tirer dessus. J’ai 10 jours d”ITT, pour l’instant jusqu’au 9 décembre mais avec un risque de prolongation… j’ai trop mal. Du coup perte de salaire, donc encore plus dans la merde très prochainement.”

A la question de savoir d’où venait la violence ce samedi, Antonio est formel : “Depuis 8h30 les gens se faisaient gazer. Je confirme que les forces de l’ordre sont bel et bien responsables. J’ai même vu des infiltrés en mode jogging. L’un d’eux s’est fait attraper, il a dit ‘je suis avec vous les gars’, et on l’a vu se faire relâcher 3 minutes après”.

“J’avais participé à une manifestation une fois il y a longtemps, pour défendre la Palestine”

Pourtant, comme de nombreux gilets jaunes, Antonio n’est pas un grand habitué des manifestations : “J’ai fait le 17 une opération escargot par chez moi, et sinon j’avais participé à une manifestation une fois il y a longtemps pour défendre la Palestine”, nous confie-t-il. Pour lui, le fait que les médias qualifient les gilets jaunes de manifestants d’extrême-droite est une manipulation, “car oui il y en a, comme de tous les extrêmes, mais croyez-moi, tous les gens qui étaient autour de moi sont des gens qui étaient en colère qui en avaient marre, M. et Mme Tout-le-monde”

Quant aux suites de la mobilisation, Antonio n’est pas découragé, bien au contraire : “il faut continuer. J’ai entendu Macron ce matin, que du bla bla qui pour le commun des mortels ne signifie rien. Pour moi rien ne changera. Quand on voit qu’il a eu plus de 20 minutes de retard, ça signifie déjà le manque de respect qu’il a pour nous. Je précise que je suis “apolitique”, je n’ai jamais eu de carte d’électeur, ils sont tous les mêmes ! Donc pour moi il faut continuer massivement les actions, sans violence et ciblées : bloquer les impôts, les raffineries, être devant les préfectures et tout ce qui touche l’économie. Il faut rien lâcher car trop c’est trop, c’est pas une vie ça !”




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