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Politique

Loi d’habilitation permettant la réforme par ordonnances

Ordonnances : c’est officiel, Macron veut exploser le Code du Travail

Macron, Philippe et Pénicaud avaient beau jeu, il y a un mois, de crier au scandale : le texte qui avait fuité dans la presse était bel et bien celui qui a été mis sur la table, mercredi, en Conseil des ministres. L’objectif est simple : satisfaire 100% des exigences du Medef et exploser le Code du Travail.

Le texte qui a été présenté aux ministres ce mercredi est la copie-conforme, ou presque, de ce qui circulait depuis plusieurs semaines déjà. C’est en réalité l’intégralité du texte dont Macron rêvait depuis février 2016, lorsque Myriam El Khomri avait présenté « sa » Loi Travail qui avait été néanmoins expurgé d’un certain nombre de contre-mesures. Désormais, c’est officiel : le patronat pourra s’asseoir sur cent-vingt ans de conquêtes acquises de haute lutte par le mouvement ouvrier.

Attaque en règle, recul historique

Une seule mesure permet d’illustrer ce que le gouvernement a concocté sous la dictée de Pierre Gattaz : si le texte venait à être adopté, la reconnaissance du handicap pourrait être renégociée d’une entreprise à l’autre sans tenir compte d’aucun cadre national. On imagine aisèment qu’à ce niveau, c’est également tout le reste qui saute : la durée légale du travail, les conditions de travail et l’échelle des rémunérations en dernière instance. Et la liste pourrait s’allonger.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ancienne DRH dans le civil, s’est permis de résumer l’esprit du texte en une seule phrase : « ce n’est pas à la loi de dire dans chaque entreprise comment, lundi matin, seront décidés les congés ». C’est donc l’ensemble du cadre national des négociations collectives et le cadre des branches qui est remis en cause, radicalement, au profit d’accords d’entreprise.

Avec les nouvelles modalités contractuelles qui pourraient être introduites, Macron entend même appliquer un nouveau tour de vis à la chape de plomb qui pèse sur les salariés. Au sein d’une seule et même boite, les travailleurs se retrouveront, plus qu’aujourd’hui encore, en concurrence les uns avec les autres puisque la généralisation du « contrat de projet », en vigueur jusqu’à présent dans le seul BTP, pourrait permettre de négocier, de gré-à-gré, avec le licenciement à la clef, des conditions de travail et de salaire différentes d’un salarié en CDD et un autre. La loi de la jungle à l’état pur, voilà ce que propose Macron.

Force Ouvrière prend la relève de la CFDT ?

Les directions syndicales se sont révélé jusqu’à présent d’une passivité scandaleuse, alors que tout le monde était au courant de la teneur du texte que s’apprêtait à faire valider Macron en Conseil des ministres. Mercredi, cependant, Jean-Claude Mailly, pour Force Ouvrière, a franchi le Rubicon, allant même jusqu’à affirmer que la « concertation va dans le bon sens », n’étant « pas hostile » au plafonnement des indemnités prud’homales ni au contrat de chantier, « mais sous certaines conditions ». Si Macron avait besoin d’une oreille attentive, il l’a trouvée.

Si l’objectif du texte présenté mercredi est de rendre les travailleurs plus dociles, il pourra compter sur des directions syndicales d’une extrême docilité. La CFDT peut pousser un ouf de soulagement : avec Mailly, c’est un nouveau collabo qui a été trouver pour casser le Code du Travail.

Attendre jusqu’au 12 septembre ?

Après un moment de passivité tout aussi scandaleuse, avec un appel à un simple rassemblement le 27 juin, la CGT de Philippe Martinez donne de la voix et menace d’une journée de grève pour le 12 septembre. Face à l’ampleur de l’attaque et au calendrier gouvernemental, qui prévoit de boucler le dossier pour le 20 septembre, on ne peut qu’être perplexe face au choix de la date et des modalités d’action.
Si l’été est un obstacle à la mobilisation, il n’est écrit nulle part qu’il faille attendre la seconde semaine de septembre, près de trois semaines après la rentrée dans certaines branches, pour commencer à se mobiliser. Plus encore, une seule journée de grève ne saurait mettre un coup d’arrêt à l’agression patronale que met en place Macron.

C’est un plan de lutte qu’il nous faut, avec un calendrier précis de grève, dans la durée. Si ce que l’on nous prépare, c’est un échec annoncé, avec une mobilisation le 12 et une seconde après l’adoption du texte, alors il va falloir que les travailleurs, quel que soit leur statut, du public comme du privé, en lien avec la jeunesse, fassent adopter, à partir des structures existantes et en s’auto-organisant, un véritable plan de bataille qu’il sera nécessaire d’imposer aux directions syndicales qui se disent opposées à ce recul historique.

Crédits photo : Apaydin Alain/ABACA




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