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Politique

La bourgeoisie de Saint-Cloud

Pour Le Pen, Poutou est un catcheur pas sérieux

L’échange particulièrement savoureux au cours duquel Poutou a mouché Le Pen après avoir rincé Fillon lors du débat à 11 est encore dans toutes les têtes. Mais pour la candidate du F-Haine, Poutou n’est « pas sérieux ».

C’est donc ainsi que Marine Le Pen a répondu quand les journalistes de l’émission Le Grand Jury RTL l’on interrogée, ce dimanche, sur son absence de réaction à la suite des déclarations de Poutou à son sujet ainsi qu’à propos du candidat des Républicains. Dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs du FN à Bruxelles, la candidate du FN qui se veut, pourtant, anti-système, a fait valoir son immunité d’euro-parlementaire pour ne pas se rendre à la convocation des policiers dans le cadre de l’enquête qui a été ouverte.

Sur le plateau du débat à 11, Poutou lui avait opposé qu’en tant que militant travaillant à Ford Blanquefort, lui ne disposait d’aucune « immunité ouvrière » lorsqu’il était convoqué par la police pour son activité politique et syndicale. Mouchée et déstabilisée, Le Pen est restée bouche-bée, laissant le soin à Rachline de répondre en calomniant Poutou, le jour suivant.

Dimanche, la candidate du FN s’est à nouveau dérobée. Elle a commencé par se poser en victime en rappelant que l’immunité parlementaire vise à protéger un élu de tout « fumus persecutionis » (sic.), en latin dans le texte, à savoir volonté du pouvoir de nuire à l’activité politique dudit élu. Savante démonstration.

Mais l’ancienne étudiante en droit(e) d’Assas et proche du GUD que fut Marine Le Pen ne s’est pas arrêtée là. Inutile de répondre à Poutou, a-t-elle enchaîné, car ce « n’est pas un candidat sérieux ». « Vous croyez que je vais me lancer dans un combat de catch avec M. Poutou, sérieusement ? », a lancé Le Pen aux journalistes.
Celle qui se veut la défenseur des traditions populaires connaît un mauvais latin d’amphi mais fait surtout preuve, à nouveau, de toute la condescendance qui va de pair avec la bonne bourgeoisie de Saint-Cloud dont elle est issue.

Dans « Le monde où l’on catche », article de 1957 de Roland Barthes où le grand sémiologue analyse ce qui, Après-guerre, constituait, avec la boxe, une partie de la culture populaire, il est dit que « la fonction du catcheur n’est pas de gagner, c’est d’accorder exactement les gestes que l’on attend de lui ». Ce que des millions de salariés et de jeunes attendaient du candidat ouvrier anticapitaliste, c’était qu’il porte leur parole, sans fard ni retenue, mais avec intensité, contre la caste. C’est ce qu’a fait Poutou.

A contre-courant des matchs réellement truqués que sont les débats électoraux, où les enjeux centraux sont maintenus volontairement dans l’obscurité, Poutou a catché, et très sérieusement, contribuant projetant, ce faisant, sur le petit jeu des « gros candidats » une « lumière sans ombre [qui] élabore une émotion sans repli », si l’on s’en tient toujours à Barthes. C’est cet éclairage auquel « les gros » ne sont pas habitués et qui a laissé abasourdis Fillon et le Pen. C’est cette émotion que tout le monde a ressenti en applaudissant avec le public du plateau lorsque Poutou s’est défendu et nous a défendus, par la même occasion, contre leur morgue, leur condescendance et leur arrogance.

Voilà ce que Le Pen, Luc Ferry, L’Express et d’autres reprochent à un candidat ouvrier anticapitaliste : avoir interrompu ce petit cirque médiatique, avoir fait valoir les intérêts de la grande majorité des classes populaires et du monde du travail.
N’est pas catcheur qui veut, Madame Le Pen.




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