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Jeunesse

Jupiter veut instaurer la sélection pour l’entrée à la fac

Pour Macron, l’université, « ce n’est pas pour tout le monde »

Dans son interview au Point du jeudi 31 août, Macron fait de la propagande à destination de son milieu. Une seule annonce, et non des moindres, en revanche : celle d’une « révolution de l'éducation » que l'on qualifierait plutôt de belle continuation réactionnaire de ce qui se fait de pire dans le domaine universitaire depuis la loi LRU de 2007. Avec un saut qualitatif supplémentaire, puisque Macron veut inscrire dans la loi la sélection à l’université.

Crédits photo : BERTRAND LANGLOIS/AFP

L’éducation nationale et le champ universitaire font l’objet d’une attention particulière de la part du gouvernement : Jean-Michel Blanquer en tête, qui souhaite évaluer les élèves en CP et en 6ème et reformer l’apprentissage, pour faire coller de plus en plus les contenus d’enseignement aux besoins des entreprises, ce pourquoi le Medef l’a invité à son Université d’été ; et Frédérique Vidal également, pour les universités, qui prétend résoudre les problèmes d’affectations (APB) et d’échecs en licence en organisant une présélection à l’entrée à la fac.

Puisque l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur, taxée d’égalitarisme vain par Blanquer, pose de trop nombreux problèmes dans l’université, le gouvernement se propose de les résoudre en mettant en avant le « mérite » : il s’agit donc de réserver l’accès à l’enseignement supérieur aux élèves qui auront déjà fait la démonstration de leurs talents – osons le mot, courant aujourd’hui : de leurs compétences.

Dans une société où les reproductions sociales sont fortes et déterminantes, et où des profs essaient encore de modifier un peu les trajectoires individuelles malgré les pesanteurs de l’institution, le gouvernement fait le choix d’une rhétorique du mérite pour dissimuler l’accentuation des logiques de classes à l’œuvre dans les parcours scolaires et souligner le caractère individuel de la réussite scolaire.

Le choix au « mérite » est bien pratique : d’abord il y a des individus qui seront spontanément méritants, par facilité familiale et sociale, puis il y a les quelques-uns qui arracheront à leur condition une capacité à réussir. Le reste sera balayé d’un revers de main, contre-coup de ce mauvais « égalitarisme » qui nous faisait croire que tout le monde a le droit à une éducation et que chacun peut trouver son compte à lire La princesse de Clèves, autrement dit la plus grande partie de notre classe qui n’aura pas su saisir sa chance en « travaillant bien à l’école ».

Sélection à l’entrée de l’université, donc, et valorisation de ceux qui savaient déjà réussir, logique parfaitement réactionnaire qui ressemble même à s’y méprendre à un retour à l’ordre moral où la masse ignorante doit tout à ses maîtres savants, y compris le respect cher à Blanquer. On est très loin de l’université de Vincennes, qui accueillait tout le monde et permettait à chacun de s’épanouir et d’apprendre : ça, c’était une révolution !




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