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Politique

Sur France 2, Philippe Martinez fait face à Manuel Valls

Parfois en politique, les bonnes prestations ne suffisent pas. Surtout lorsqu’il s’agit de défendre un programme en forme d’antithèse à une politique menée durant ces trois dernières années en tant que chef du gouvernement. Invité de « L'Émission politique » de France 2 ce jeudi soir, Manuel Valls s’est attelé à cette laborieuse tâche pendant plus de 2 heures. Souvent, les paroles et les actes se sont entrechoqués. Une fois de plus, le 49-3 a été mis à l’honneur. Pour se dédouaner de son bilan, il a cette fois-ci préférer charger les frondeurs qui lui auraient imposé l’utilisation du 49.3. Autre temps fort, le face à face entre Martinez et Valls sur la question du chômage de masse, des hausses des salaires, ou encore des services publiques. Face à celui qui n’a eu cesse de discréditer, museler, réprimer la mobilisation contre la loi Travail et ses manifestants, Martinez s’est montré offensif sur la forme tout en laissant entendre que Valls pourrait bien proposer autre chose que du Valls. Damien Bernard

Pendant près de 2 heures, Valls a tenté de « convaincre » de son projet présidentiel qu’il a décidé d’ancrer à « gauche ». Les archives vidéo ont été cruelles. Elles sont venues souligner les contradictions flagrantes de celui qui a théorisé les « deux gauches irréconciliables », ou encore de celui qui détient le record de 49-3 de ces vingt dernières années. Confronté jeudi soir sur France 2 à ses déclarations passées sur la suppression de l’impôt sur la fortune, le « déverrouillage » des 35 heures ou la mise en place du contrat de travail unique, Manuel Valls a bien dû le reconnaître : « j’ai changé ».

« On m’a imposé le 49-3 » : Valls charge les « frondeurs »

« On m’a imposé le 49.3 » déclarait Manuel Valls, désignant « ce qu’on appelle les frondeurs ». « J’ai obtenu l’accord de la très grande majorité des parlementaires socialistes (...), l’accord des syndicats réformistes comme la CFDT et la CFTC mais je n’ai pas trouvé le soutien d’une cinquantaine de députés socialistes », a-t-il expliqué. « Il fallait, à ce moment-là, l’imposer ». Alors qu’il est plutôt commun pour l’ancien premier ministre de réécrire l’histoire en oubliant notamment que la population était majoritairement opposée à la loi Travail, l’ancien premier ministre est allé encore plus loin. Lui, qui souhaite désormais supprimer le 49.3, affirme que ce serait les « frondeurs » qui le lui auraient imposé. De fait, en lui faisant perdre une cinquante de députés pour obtenir la majorité, ce serait les inoffensifs « frondeurs » qui lui auraient forcé la main et cela six fois de suite !

Martinez fait face à Valls

En fin d’émission, « l’invité surprise » est venu clôturer les débats. Et c’est Philippe Martinez, celui qui est présenté comme le principal opposant au gouvernement lors de la mobilisation contre la loi Travail, qui a fait face à Manuel Valls. « Bonjour Monsieur l’ancien premier ministre », lui a adressé sans sourire le secrétaire confédéral de la CGT. « Bonjour Monsieur le secrétaire général de la CGT », lui a répondu Manuel Valls. « Voilà pour les politesses », précisait le journaliste David Pujadas pour briser la glace. « J’ai plaisir à vous retrouver même si... », rétorquait Manuel Valls. Immédiatement renvoyé dans les cordes par Philippe Martinez : « Même si on ne s’est pas vu souvent... » Un tacle visant à pointer l’absence de « dialogue » sur la loi Travail. Non, a rétorqué l’ancien premier ministre en précisant qu’ils s’étaient salués... lors de l’enterrement de l’ancien numéro un de la CFDT, François Chérèque.

Le chômage et mise au point sur le 49.3

Le débat s’est alors engagé au rythme des questions posées par Martinez. « Le chômage n’a pas régressé », « la précarité s’accentue », constatait le secrétaire générale de la CGT. Les jeunes sont en recherche de stabilité, d’un CDI, d’un logement, ajoutait-il. Dans le même temps, des milliards d‘euro ont été donnés aux grandes entreprises, des dividendes aux actionnaires, continuait-il. Pour lutter contre le chômage. Manuel Valls : « je peux répondre ? » Philippe Martinez : « je n’ai pas encore posé ma question ». Martinez revenait ensuite pour rétablir une vérité quant à la loi Travail. Comme à son habitude Valls omettait une fois de plus que la loi Travail était bien combattue par une majorité de la population. Il oubliait aussi qu’il n’avait pas de majorité à l’Assemblée Nationale, c’est bien qui lui a valu le recours au 49.3.

Hausse des salaires et services publics

C’est sur la question des salaires que Martinez l’interpelle notamment sur le « travailler plus pour gagner plus » que Valls emprunte à Sarkozy. Il affirme justement qu’il s’agit au contraire de « bien gagner sa vie » sans « être obligé de faire des heure supplémentaire ». Ce dont il s’agit c’est d’augmentation de salaire, notamment du SMIC, pour « tout augmenter ». Il l’attaque ensuite sur l’une des innovations du quinquennat à savoir le gel du point d’indice des fonctionnaires depuis 5 ans. Martinez termine alors sur le bilan quant aux services publique et à l’externalisation d’un certain nombre d’activité que le gouvernement a accéléré dans son quinquennat. Le secrétaire général de la CGT affirme au contraire qu’il s’agit de renforcer les services publics, notamment dans le domaine de la santé qui a subi de fortes coupes. Manuel Valls concluait alors : « au mois d’avril et de mai prochain, il y aura des choix de société pour ce pays ». « Nous refuserons de choisir entre le pire et le moins pire. Nous voulons le meilleur. Proposez nous le meilleur », lui rétorquait Martinez, laissant l’illusion que Valls pourrait offrir autre chose que du Valls.

Mais Valls peine à convaincre...

Pour l’instant, bien que Manuel Valls fasse figure de favori dans la primaire du PS avec 43 % des intentions de vote au premier tour loin devant Arnaud Montebourg à 25 % et un Benoît Hamon, qui avec 22 % fait un bond de 11% dans une des dernières enquêtes, l’emporter aux primaires n’est pas chose acquise pour l’ancien premier ministre. Ainsi, selon un sondage Harris interactive dévoilé sur le plateau, seul 29% des français ont été convaincus par la prestation de Manuel Valls lors de l’émission. Ce score monte chez les sympathisants de gauche, 45% de convaincus. C’est moins que Benoit Hamon et Arnaud Montebourg lors de leurs émissions respectives. Celui qui incarne désormais le 49.3, ou encore celui qui a tout fait pour discréditer la mobilisation contre la loi Travail et multiplier les provocations et les insultes telles que "casseurs", celui qui a mis en cage nos manifestations et menacer de les interdire, celui qui faisait allusions aux manifestants « terroristes », en direction notamment de la CGT et de ses militants, semble en bien mauvaise posture pour « convaincre ». Même s’il l’emporte aux primaires, à en croire les derniers sondages, l’ancien chef du gouvernement n’arriverait qu’en cinquième position au premier tour avec 13 % des intentions de vote. Pour l’ancien premier ministre, ces trois prochaines semaines seront décisives.




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