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Société

Après les violences policières du 14 avril

Témoignage de Tamara, l’étudiante mise à terre par un violent coup de pied de CRS

Tamara est cette étudiante en théâtre dont la photo a fait le tour des réseaux sociaux, après qu’elle ait été violemment mise à terre par le coup de pied d’un CRS lors de la manifestation du 14 avril à Paris. Alors qu’elle n’y participait pas elle-même, elle n’a pas échappé à la violence policière qui s’est à nouveau abattue sur les manifestants ce jour-là. Filmée, la scène a scandalisé les internautes. La photo du coup de pied spectaculaire a même fait l’objet de nombreux photomontages. Propos recueillis par Amarielle D.

Comment vas-tu après tout ce qui s’est passé ?

Ça me dépasse. C’est dur de voir tout le monde parler sur ma gueule. Les commentaires ça me bouffe, les violences policières ont bien commencé à Bergson et elles continuent de plus belle.
Sur internet il y a des commentaires hallucinants. Ça me rend ouf, comme si j’avais la force d’attaquer même un seul CRS, moi la petite meuf en talons ! Y a un gars qui a posté que je voulais faire la prise du cobra, c’est le seul qui m’a fait rire !
Après, je pense que la plupart des gens me soutiennent quand même, pendant deux jours on m’a appelé Marianne ! Ou Spartiate, j’aime mieux.

Là j’essaie de prendre un énorme recul, je ne sais pas trop à qui j’en veux, je suis un peu perdue, parce que si j’ai la haine ça va me détruire. Je voulais même prendre contact avec le CRS pour comprendre. Là je suis partie en Normandie, j’essaie de réfléchir calmement, et quand je rentrerai, je vais porter plainte. Le photographe va m’aider et il y a beaucoup de témoins.

Faut pas oublier que cette année il y a des gens qui sont morts, et on est tous à cran. Et moi de voir autant de violence, des deux cotés ça m’a révolté.
J’en ai marre qu’on me fasse passer pour la meuf qui gueule sur les flics alors qu’il faut comprendre, j’ai eu tellement peur !

Justement tu peux nous expliquer ce qu’il s’est passé ?

J’étais en semaine intensive de concours, en pause midi, tranquille. Les manifestants sont arrivés, c’était impressionnant.
De ce que j’ai compris, les CRS ont empêché les lycéens de retrouver les réfugiés à Stalingrad alors les jeunes se sont retrouvés sur la place où on était. Tout le monde était tendu et les CRS nous ont encerclés. Ils ne laissaient pas sortir les gens qui avaient mangé et qui voulaient retourner bosser, ils leur répondaient « nous aussi on bosse » ! Juste avant qu’ils chargent, j’ai aidé un petit vieux, avec une canne en plus, à sortir, il a fallu parlementer…
Et puis après ils ont chargé sur le café ! C’était hyper violent. Ma pote Emma a failli se retrouver écrasée, franchement si notre copain ne l’avait pas relevée au dernier moment, je pense qu’elle serait morte piétinée par leurs grosses godasses ! Moi je me suis retrouvée la tête écrasée sur la vitre du café, pareil pour Alissia, et on s’est fait gazer. Les lycéens ont reculé et je me suis retrouvé au milieu de tout ça. J’ai eu tellement peur pour Emma, peur pour la petite mamie qui était assise à coté de nous, pour le café pour tout ! Alors j’ai gueulé ! C’est là que je me suis pris le gros kick. Je ne sais pas d’où il a sorti ça, on dirait un coup de jeu vidéo ! Ensuite, heureusement, mon pote m’a attrapée parce qu’ils avaient déjà ressorti leurs matraques et après ils ont rechargé.
Après ils m’ont laissé sortir. J’étais tellement vénère quand j’ai longé le cordon, je disais à chaque CRS, « alors toi tu vas la battre ta femme ce soir », des trucs comme ça. Et eux, ils me souriaient avec un air de « bien fait petite conne » ! Après ils ont retenu les gamins pendant encore une heure.
Et puis les lycéens de Voltaire sont arrivés et là ils étaient plus nombreux que les CRS, c’était super impressionnant vu de loin.
On m’avait appelé les pompiers. Ils voulaient m’emmener à l’Hosto mais je leur ai dit que j’avais un concours à passer dans une heure et que j’irai pas. Il y avait d’autres gamins plus loin qui s’étaient pris des lacrimos à 5 cm du visage, à devenir aveugle, ils criaient. Mais les pompiers n’ont pas voulu aller les voir. Ils m’ont dit « Mais qu’est ce que vous voulez qu’on fasse madame, on est secouristes, on n’est pas là pour être pris dans une ambiance politique où il y a de la merde des deux cotés ». Je comprends qu’ils soient à bout mais tout le monde l’est, du coup on est allés voir les gamins, on leur a mis du coca dans les yeux, il y avait que ça à faire.

Et finalement, tu as réussi à passer tes concours ?

Mon but c’était d’avoir une école et là je me suis un peu foirée je crois, quand je suis arrivée au concours samedi, lorsqu’ils ont dit « Tamara » et tout le monde m’a regardé avec des grands yeux. Ça m’a stressé. Je crois que je suis un peu grillée parce qu’on n’a pas forcément envie d’avoir une rebelle » dans son école !
Mais moi je soutiens tout à fait les manifestants et du coup là je vais sûrement avoir plus de temps pour la politique !




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