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Politique

La peur du tous ensemble

Tournant répressif du gouvernement : une tentative de casser la convergence avec les cheminots ?

Depuis lundi, journée de grève cheminote, le gouvernement a opéré un tournant répressif, d'abord à l'égard des militants de NDDL, mais aussi à l'encontre des étudiants mobilisés contre la loi ORE. A travers ce coup de force, le gouvernement tente de briser les divers foyers de contestation et éviter à tout prix une convergence avec les cheminots. Cette démonstration sonne également comme un avertissement adressé aux cheminots.

Alors que la deuxième période de grève cheminote a été une réussite, avec un taux de grévistes important, une colère et une détermination qui ne faiblissent pas et l’émergence de secteurs fer de lance, comme les cheminots de Paris Nord qui ont appelé à la reconductible à partir de vendredi prochain, Macron qui se retrouve aujourd’hui sur la défensive, a choisi l’option répressive pour tenter d’étouffer la contestation sociale qui se répand comme une traînée de poudre et éviter l’émergence d’une convergence entre les différents secteurs, et en premier lieu et surtout avec les cheminots. Ces derniers représentent aujourd’hui en effet le secteur qui pourrait être en capacité d’agréger derrière lui les nombreuses colères qui grognent un peu partout.

Ainsi, si l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes n’est pas nouvelle, le gouvernement l’ayant déjà annoncée, le fait qu’elle se produise aujourd’hui et de cette façon là n’a rien d’anodin. Le gouvernement a mobilisé des moyens incroyables pour déloger les 250 zadistes : 2500 CRS, 1500 policiers, des hélicoptères et des blindés, et les violences policières étaient nombreuses. Une véritable démonstration de force militaire, mise en scène et médiatisée, ceci dans le but d’envoyer un message de fermeté et d’autorité.

Côté étudiants, alors que la mobilisation est en pleine expansion, la répression ne cesse également de pleuvoir depuis lundi. Après Nanterre et Lille, mardi matin c’était le tour des étudiants de Montpellier. Une répression commanditée par le gouvernement qui aurait donné cette après midi l’ordre de débloquer, coûte que coûte, les facs.

Si les cheminots ne sont pas encore touchés par cette répression gouvernementale et policière, ce tournant répressif est un avertissement que le gouvernement leur envoie. Aujourd’hui si Macron ne peut pas prendre le risque de s’attaquer aux cheminots (cela pourrait en effet être l’étincelle qui met le feu aux poudres), il a cependant effectué une démonstration de force à visée dissuasive.

Ce tournant répressif se veut en effet être un avertissement : si vous allez jusqu’au bout, on ira jusqu’au bout, et pour ça on est prêt à tout, envoi de forces de polices, réquisitions, etc... Un avertissement envoyé aux cheminots qui commencent à durcir le mouvement et à poser la question de la construction de la reconductible.

Ainsi, si ce tournant répressif est une démonstration d’autorité, de force de la part du gouvernement, c’est également une démonstration de faiblesse. La faiblesse d’un gouvernement qui se retrouve aujourd’hui dans une situation compliquée, à la défensive face à de multiples foyers de mécontentement et une colère généralisée, et qui joue gros dans la situation actuelle, particulièrement dans la bataille du rail. Une bataille du rail qui pourrait bien devenir l’étincelle d’un mouvement de contestation générale contre Macron.

Face à cette configuration, le tournant répressif en cours, qui cherche à briser la contestation dans les autres secteurs, ici les zadistes et les étudiants, cherche à isoler les cheminots et éviter dès lors toute convergence possible avec eux, qui pourrait s’avérer mortelle pour le gouvernement.

Une convergence cheminots-étudiants qui commence par ailleurs à prendre forme et à se construire.
L’enjeu du déblocage des facs apparait alors comme déterminant pour le gouvernement. A l’heure où les mots d’ordre des Assemblées Générales ne se cantonnent plus aux seules revendications sectorielles et étudiantes, mais deviennent de plus en plus politiques : contre les politiques antisociales de Macron, contre la casse du statut du cheminot, en faveur de la défense du service public... la nécessité d’éteindre ces foyers de contestation est en effet central pour Macron. Aujourd’hui, les facs occupées commencent à devenir de réels carrefours pour la convergence des luttes. La convergence étudiants-cheminots, et sa capacité explosive que redoute tant le gouvernement, commence en effet à se matérialiser, à travers diverses initiatives politiques (rencontres, débats, meeting...) . Face à cette réalité, et dans le contexte où d’autres secteurs sont en lutte, où la grève cheminote, tout comme la mobilisation étudiante commence à se durcir, le risque de coagulation des colères devient réellement possible. D’où le choix du gouvernement de réprimer durement avant qu’il ne soit trop tard.




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