Monde

Un coup de poignard dans le dos pour les peuples de la région

Traité Trans-Pacifique. Encore un mauvais coup de Barack Obama et des États-Unis

Publié le 5 février 2016

Les négociations auront duré près de huit ans, dans le plus grand secret des couloirs des Sommets des ministres de l’Économie de la Zone Pacifique. Jeudi, en Nouvelle Zélande, l’accord sur l’Accord de Partenariat Trans-Pacifique (TPPA selon l’acronyme anglais) a finalement vu le jour. Jour funeste pour les peuples de la région. À la Maison Blanche, en revanche, l’humeur était à la fête.

Ciro Tappeste

Ce doit être le plus gros marché international sans barrières douanières ni tarifaires. Le TPPA devrait, s’il entrait en vigueur, représenter près de 40% de l’économie mondiale et un marché de 800 millions de consommateurs sur 12 pays : États-Unis, Canada, Mexique, Pérou et Chili, d’un côté de l’océan Pacifique ; Australie, Nouvelle-Zélande, Brunei, Malaisie, Singapour, Vietnam et Japon, de l’autre. Un grand absent aux négociations : la Chine. C’est l’une des clefs du dossier qui tenait particulièrement à cœur à Obama, auquel il s’est attelé dès son arrivée au pouvoir. C’est l’une des raisons pour laquelle il souhaiterait voir le TPPA ratifié par le Congrès avant les élections de novembre, néanmoins sans grande chance de voir son vœux exaucé, en raison de l’opposition républicaine qui refuse de lui faire une fleur avant les présidentielles de 2016. Pékin, dans la politique de recentrage géostratégique de Washington en direction du Pacifique, est exclu de toute négociation dans le cadre d’un accord commercial qui est tout autant une tentative de booster les exportations américaines qu’une façon de circonscrire l’expansion actuelle du capitalisme chinois.

Sur le papier, il s’agit d’harmoniser les normes, y compris les normes « sociales » dans des pays aussi connus pour leur État-Providence et leur respect d’un syndicalisme libre que le Sultanat de Brunei, la dictature Singapourienne ou le régime stalinien au Vietnam. Avec la disparition de quelques 18.000 droits de douane, l’enjeu fondamental reste de conforter la position des États-Unis sur plusieurs segments du marché régional, notamment ceux de l’industrie mécanique, des technologies de l’information, de la chimie et des produits agricoles, tout en offrant quelques garanties aux pays partenaires dans d’autres domaines. Dans cette nouvelle phase économique mondiale, néanmoins, le curseur est axé avant tout sur l’export étatsunien.

Tout ceci, bien entendu, se fera par une remise en cause tous azimuts des législations en vigueur au niveau social et une intensification du régime d’exploitation dans un certain nombre de « maquiladoras », usine de sous-traitance des deux côtés du Pacifique, mais également dans plusieurs secteurs de l’économie américaine. C’est ce que dénonce notamment, dans une déclaration solennelle, la Confédération Internationale des Syndicats, pourtant peu connue pour ses embardées gauchistes.

Stratégiquement, pour Obama, l’objectif est double. D’une part, il s’agit de poursuivre la politique de contention de la Chine. En interne, l’enjeu est de montrer que les démocrates (à commencer par la dauphine d’Obama, Hillary Clinton) sont sur le pont pour défendre l’économie et l’emploi. Le message est directement adressé, dans cette phase de primaires américaines, tant aux républicains qu’à Bernie Sanders, hostile sur le papier au TPPA autant qu’à l’Alliance de Libre-échange Nord-Américaine (ALENA), et qui se trouve actuellement au coude-à coude avec l’ancienne secrétaire d’État d’Obama, alors qu’il était donné pour outsider jusqu’à il y a peu. Pour la Maison Blanche, l’adoption dans les plus brefs délais du TPPA représenterait des gains énormes pour l’économie américaine en termes d’emplois. Dans le cas contraire (les pays ayant deux ans pour faire ratifier le Traité), ce seraient 100 milliards de dollars qui seraient perdus.

Les chiffres sont difficilement vérifiables, mais une chose est sûre : ce sont les travailleurs et les peuples de la région qui ont tout à perdre d’une énième dérégulation généralisée de l’économie, y compris quand elle est accompagnée de pseudo mesures sociales et d’ouverture démocratique (question de l’accès à internet ou à des élections « libres », dans le cas du Vietnam, Singapour ou le Brunei). Les négociations se sont déroulées dans le quasi secret jusqu’à présent, à l’instar de ce qui s’est fait avec le TAFTA. Obama, ainsi que son successeur à la Maison Blanche d’ailleurs, ne manqueront pas d’utiliser le TPPA scellé à Auckland pour presser leurs partenaires européens en vue d’une adoption accélérée, à travers une « fast track » à l’européenne, du TAFTA, un autre traité catastrophique pour les peuples. Il fut un temps où les Bolcheviks russes, en 1917, avaient fait inscrire à leur programme la « fin de la diplomatie secrète ». Un siècle après, on ne saurait mieux dire…