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Un huitième bébé « sans bras » dans l’Ain : un nouveau scandale sanitaire et politique ?

L’affaire des bébés « sans bras » a connu de nouveaux rebondissements en ce début de semaine. D’une part, un huitième cas a été signalé. D’autre part, la lanceuse d’alerte et ses collègues ont faillis être licenciés avant que la procédure soit suspendue par la ministre de la Santé.

Crédit photo : Didier Pallages - AFP

Un huitième cas de nouveau-né atteint d’une agénésie transverse du membre supérieur (ATMS) et né entre 2009 et 2014 aux alentours de Druillat, dans l’Ain a été identifié. Il a été officiellement signalé le 29 octobre par les membres du Registre des Malformations Congénitales en Rhône-Alpes (REMERA) à l’Agence Régionale de Santé et à l’agence Santé publique France.

Ce bébé, né en 2012, n’avait pas été enregistré à cause de changements de procédures liés à l’informatisation de l’hôpital, selon le Remera. C’est ce même organisme qui est à l’origine de l’alerte, par le biais de sa directrice Emmanuelle Amar. La scientifique avait lancé l’alerte dès 2014, considérant comme suspecte la forte concentration de ces nouveaux-nés sans bras ou sans mains dans un territoire rural très réduit (35 kilomètres de diamètre).

Si aucune cause n’a été formellement identifiée aujourd’hui, des facteurs environnementaux pourraient être à l’origine de ces malformations (toutes les mères habitent à proximité de champs de tournesol et de maïs).

L’affaire pourrait être simple : les autorités sanitaires auraient pu se saisir de ce signal d’alarme pour mettre en place une enquête approfondie, sensibiliser le grand public, et prendre un maximum de mesures pour comprendre ce phénomène qui semble également toucher la Loire-Atlantique (3 cas) et la Bretagne (4 cas).

Cependant, les choses se déroulent d’une manière bien plus complexe...

Un désaccord scientifique ?

L’agence SpF et le Remera tiennent des positions fondamentalement opposées : alors que le Remera, lanceur d’alerte, considère le taux de malformation comme 58 fois supérieur à la normale, Santé publique France assurait le 4 octobre, par le biais de son directeur François Bourdillon en conférence de presse que « l’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale ». Santé publique France indique également ne pas avoir pu mettre en cause un facteur environnemental, comme les pesticides par exemple.

Selon la directrice du Remera, Emmanuelle Amar, dans une interview donnée au Parisien, les rapports de SpF sont biaisés par leur méthodologie : l’agence analyserait le taux de naissances dans la période de 2000 à 2014 et non de 2009 à 2014. De plus, elle ajoute qu’il n’existait pas de contrôle des naissances dans l’Ain avant 2009, de ce fait d’éventuels cas antérieurs ne peuvent pas être connus.

Suppression des financements de Remera

L’affaire prend une autre tournure quand, peu de temps après la médiatisation de la situation par France 2 dans l’Oeil du 20h (26 septembre), Emmanuelle Amar a indiqué le 19 octobre être en passe d’être licenciée. La fin des subventions de l’État, de l’Agence Régionale de Santé et de l’Inserm entraîne le licenciement économique des 6 salariés du Remera.

Une suppression de financement loin d’être anodine dans ce contexte où Remera est la principale voix à mettre en cause les facteurs environnementaux pour ces malformations. Le président Laurent Waucquiez semble plus disposé à financer les associations de chasseurs qu’à verser 140 000 euros annuels au Remera.

C’est aussi directement le ministère de la Santé, avec à sa tête Agnès Buzyn qui sont pointés dans cette affaire puisque rien n’a encore été fait depuis la première publication d’un rapport de Remera en 2014. Après avoir été interpellé, celle-ci a réagit publiquement en disant vouloir lancer une enquête, car il s’agit là d’un scandale important, au moment où ses contre-réformes concernant la santé se multiplient.

Une affaire donc longtemps passée sous silence, notamment car elle pourrait pointer directement du doigt nombre de problèmes écologiques et environnementaux, comme l’utilisation dans l’agriculture de produits controversés et dangereux pour la nature et l’homme (glyphosate, chlordécone), que le gouvernement est loin de vouloir remettre en cause.




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