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Notre classe

« Entre discuter avec des cheminots grévistes et discuter avec Philippe et Borne, ils ont choisi leur camps »

Venus rencontrer l’intersyndicale, la CGT, la CFDT, l’Unsa refusent de recevoir des cheminots grévistes

La CFDT-cheminot, on s’y attendait, a décidé d’écouter les appels d’Elizabeth Borne, ministre des Transports, à la suspension de la grève pendant les épreuves du baccalauréat. Quatrième organisation syndicale à la SNCF, la CDFT du rail, représentée par Didier Aubert, se réunissait ce mercredi 13 juin au Comité d’Entreprise, avec Laurent Brun pour la CGT-cheminot et Robert Dillenseger pour l’Unsa dans une « interfédérale » à laquelle SUD Rail, 3ème organisation de la boite, n’a été conviée seulement dans un second temps. Au pied de l’immeuble, 200 cheminots grévistes, dont de nombreux syndiqués –CGT, FO, Sud-Rail - et non syndiqués, venus rencontrer leurs représentants, ont été accueillis… par les forces de l’ordre.

La CFDT-Cheminot appelle à suspendre la grève mais prend toujours part à l’Intersyndicale

Après un tour au Sénat, la réforme du pacte ferroviaire a été de nouveau validée par l’Assemblée Nationale mercredi 13 juin. Edouard Philippe et Elizabeth Borne, ministre des transports, qui gèrent le dossier au niveau du gouvernement, n’entendent rien à ce qui est désormais la grève cheminote la plus massive depuis 1995. Borne l’a énoncé ainsi « la réforme est votée. A quoi bon continuer la grève ? ». La CFDT-cheminot a aussitôt entendu l’appel : elle s’est déjà prononcée pour la reprise du travail la semaine des épreuves du baccalauréat qui se déroulent du 18 au 22 juin accompagnant ainsi le discours culpabilisateur du gouvernement envers les cheminots, là où c’est le gouvernement qui s’entête en refusant de lever le pacte ferroviaire. De fait, la CFDT-Cheminot et son représentant Didier Aubert, contreviennent déjà au calendrier de l’intersyndicale…mais n’en était pas moins conviée à la réunion dite « d’intersyndicale » qui a également réunit ce mercredi Laurent Brun pour la CGT-Cheminot, première organisation à la SNCF, l’Unsa-ferroviaire qui arrive en deuxième position, là où Sud-Rail, 3ème organisation représentative, n’était conviée qu’à partir de 16 heures. Au centre de la discussion, la question de la négociation de la convention collective pour la future Société Anonyme SNCF, et des conditions de travail au rabais pour les cheminots.

La CGT, CFDT, l’UNSA laissent les CRS accueillir les cheminots grévistes

200 cheminots grévistes, de tout bord syndicaux et majoritairement non syndiqués, après une journée d’action et de manifestation dans les différentes gares parisiennes avaient décidé de venir les rencontrer. Pour ces cheminots de la rencontre intergares, il s’agissait d’interpeller les directions syndicales qui ne jouent pas le jeu « Les OS sont justes en train de parler de la convention collective. Une convention collective qui, depuis les ordonnances Macron, peut sauter en un rien de temps grâce aux accords d’entreprise », analyse Anasse, SUD-Rail, retenu avec la quasi-totalité des cheminots par un cordon de CRS, au pied de l’immeuble du Comité d’Entreprise dans lequel se réunissaient les représentants syndicaux. « Cela fait 30 jours que nous sommes en grève si on ne compte que la perlée. On se bat pour faire retirer ce pacte. Pas pour des miettes » explique-t-il.

L’accueil qui leur a été réservé leur laisse un goût amer. A l’exception de quatre d’entre eux qui sont parvenus à entrer dans le bâtiment et à interpeller les trois dirigeants syndicaux CGT, CFDT et Unsa, le reste des cheminots se retrouve gazé puis nassé pendant plus d’une heure par un cordon de CRS.

Seul Bruno Poncet du Bureau fédéral SUD-Rail, qui n’a été conviée qu’à partir de 16 heures, est venu saluer les grévistes : « le mandat des cheminots qu’on a eu, c’est le retrait du pacte ferroviaire. Ce retrait il a été voté par 94% des personnels de la SNCF, y compris des cadres. C’est ça qu’on défend. Et les conditions de travail de nos collègues qui meurent dans des accidents ou qui se tuent de la souffrance au travail », faisant référence au cheminot Edouard qui a mis fin à ses jours dans la gare Saint-Lazare où il travaillait et aux 54 cheminots qui se sont suicidés cette année.

« Les OS n’écoutent pas les motions qui ont été envoyées depuis les Assemblées Générales »

Parmi les quatre qui sont parvenus à entrer, Xavier, cheminot gréviste, donne un bref compte-rendu de la discussion qu’ils ont eu avec les représentants. « On n’est pas tombé sur un super comité d’accueil » raconte-t-il au mégaphone et devant la presse. « Ils nous ont méprisés […]. Ils ne laisseront monter personne ». Sur la question du calendrier de la grève, Laurent Brun est resté intraitable. « Aucune remise en question. Le calendrier, ils ne reviennent pas dessus, ils assurent que c’est parce que les cheminots n’étaient pas prêts à se mobiliser, pas prêts à faire grève, qu’on aurait déjà repris le boulot si on s’était mis d’office en reconductible ». Dans la foule, un cheminot s’insurge, « on serait au boulot parce qu’on aurait gagné ».

Mais ce qui marque le plus auprès des cheminots, c’est la non-prise en compte des motions des Assemblées générales qui sont remontées auprès des fédérations et qui demandent, un changement de calendrier pour pouvoir durcir le mouvement. « Ils assurent qu’ils n’ont reçu que 3 ou 4 motions des Assemblées générales », continue-t-il. Et de conclure, « on ne se faisait pas beaucoup d’illusion mais maintenant on a la certitude qu’entre discuter avec des cheminots et discuter avec Philippe et Borne, ils ont choisi leurs camps ». Y compris du côté de Laurent Brun et de la CGT.




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