Notre classe

Un rassemblement réussi contre la répression anti-syndicale

[Vidéo] Les cheminots en soutien à Alain Leclercq, militant SUD Rail en conseil de discipline SNCF

Publié le 10 octobre 2016

Convoqué en conseil de discipline SNCF le 6 octobre pour « faute lourde », Alain Leclercq, délégué SUD Rail et élu au CCE, risque quatre jours de mise à pied et un « dernier avertissement ». Une sanction légère, pourrait-on penser. Ce serait ne pas comprendre qu’un tel avertissement signifierait que pendant un an, la SNCF peut utiliser n’importe quel prétexte pour engager une procédure de licenciement à l’encontre d’Alain, qui serait alors considéré comme « récidiviste ». « Ça veut dire que pendant un an, je dois me tenir à carreau, que je ne pourrai plus défendre les cheminots comme je les défends aujourd’hui. C’est ça l’enjeu aujourd’hui », expliquait Alain, dans son témoignage publié il y a quelques jours sur notre site.

Flora Carpentier

Photo : Alain Leclercq à droite, Patrice Farah, qui prenait sa défense, à gauche

Le cas d’Alain s’inscrit dans la liste chaque fois plus longue des cheminots victimes d’une répression patronale chaque fois plus féroce, au sein de ce service public en décomposition qu’est la SNCF. En effet, depuis la mi-juin, les syndicats de travailleurs du rail dénombrent une centaine de procédures disciplinaires à l’encontre de militants de SUD Rail, et environ 300 au sein de la CGT. Derrière les prétextes invoqués, toujours plus provocateurs – une prise de parole sur France 3 dans le cas d’Alain, des pneus brûlés pour d’autres –, le processus à l’œuvre est en réalité une véritable « chasse aux sorcières » visant à écraser toute dynamique de résistances à la casse des conditions de travail. Et la direction de la SNCF ne s’en cache pas, en attaquant en premier lieu les militants, parfois même ceux de longue date comme dans le cas d’Alain, et les cheminots qui se sont mobilisés au printemps contre la loi Travail et le décret socle.

Parmi les cas emblématiques, celui d’Arnaud Bellettre, cheminot militant SUD Rail à Amiens condamné à 6 mois de prison avec sursis et 67 000 euros d’amende pour des pneus brûlés, et qui faisait appel de cette décision le 27 septembre ; ou encore Edouard, cheminot à la gare Saint-Lazare et également militant SUD Rail, convoqué en conseil de discipline le 13 octobre, ni plus ni moins que pour « harcèlement et intimidation envers la direction ». Il encourt, comme Alain Leclercq, un dernier avertissement avant licenciement, 12 jours de mise à pied et un déplacement pour mesure disciplinaire. Un rassemblement pour le soutenir est appelé le 13 octobre à 13h, cour d’Amsterdam à Paris Saint-Lazare.

Autant dire que la colère monte chez les cheminots. Car, comme l’indique un délégué SUD Rail dans une vidéo postée sur Facebook, « on ne va pas passer notre temps à aller de rassemblement en rassemblement devant les tribunaux ou les établissements pour défendre les copains. Il va falloir les défendre en agissant directement sur le terrain, tous ensemble ».

C’est dans l’optique de cette riposte collective que, ce jeudi 6 octobre, environ 300 cheminots et divers soutiens ont fait le déplacement, depuis toute l’Île-de-France mais également de Lille, Chambéry, Nantes et la région PACA, pour soutenir leur camarade Alain Leclercq qui passait en conseil de discipline au « tribunal patronal » de la SNCF, à la gare de l’Est.

Dans son intervention à l’adresse des soutiens présents, Alain a montré que la répression n’avait pas enfreint sa détermination :

La direction de la SNCF rendra sa décision d’ici un mois et a déjà signifié qu’Alain pouvait s’attendre à une sanction.

Comme mot de la fin, nous reproduisons ci-dessous l’intervention d’Alain Leclercq avant son conseil de discipline :

« Bonjour à tous,

Merci à tous pour votre présence aujourd’hui pour me soutenir en lançant un message fort pour dire NON à la répression syndicale, mais bien plus largement en disant NON à la répression face à ceux qui luttent !

En ce moment même, j’ai une grosse pensée pour Nicolas du syndicat SUD Rail de Paris Rive Gauche et Nicolas de la CGT qui passent en ce moment devant le tribunal de Bobigny pour avoir fait le choix d’actes de résistance à Gennevilliers face à la loi dite « travail » ! Nous sommes victimes de la lutte des classes que mènent aujourd’hui les fanatiques libéraux face aux femmes et aux hommes qui luttent pour défendre leur avenir et l’avenir de leurs enfants et petits enfants !

Nombreux sont les militants syndicaux aux six coins de l’hexagone qui se sont fait malmener en représailles par la bourgeoisie patronale et ses anges gardiens nostalgiques des heures sombres de notre histoire, dans nos entreprises et dans la rue, qui n’hésitent pas à employer les méthodes revendiquées par l’extrême-droite pour purger ceux et celles qui ont décidé de lutter ! Ils vont jusqu’à faire entrer leur terreur dans nos foyers !

Nous, les citoyens qui avons décidé de lutter contre ces extrémistes libéraux, nous pouvons être fiers des valeurs qu’on défend, car nos valeurs, ce sont des valeurs universelles qui sont tout l’inverse des valeurs défendues par les extrémistes libéraux. Liberté, égalité, fraternité, voilà ce que nous défendons !

Depuis que je suis militant syndical, je défends ces valeurs en défendant le service public de qualité et l’accès pour tous ! Je lutte sans cesse pour de véritables conditions de travail, de sécurité du personnel et des circulations ferroviaires d’un haut niveau ! Je lutte contre la précarité !

Voilà la réalité qui dérange certains hauts dirigeants de l’entreprise ! Aujourd’hui je suis convoqué à un conseil de discipline pour avoir été interviewé par la presse locale à Lille sur un piquet de grève !

Une véritable mascarade orchestrée par une minorité pour faire taire, par la répression, ceux et celles qui luttent ! La direction de la SNCF, comme dans de nombreuses entreprises, a choisi son camp, et pour arriver à ses fins elle n’hésite pas à s’attaquer à la liberté d’expression syndicale, au respect du droit individuel et à la liberté de penser ! Son combat d’aujourd’hui : museler les militants syndicaux, museler ceux et celles qui contestent leurs choix politiques ! Il faut avouer que c’est une drôle de vision de la démocratie qu’ils ont !

Ceci dit, la répression syndicale revendiquée par l’extrême-droite n’a pas sa place ici !

Pour ce rassemblement de soutien, je tiens à tous vous remercier de votre présence qui me va droit au cœur. Bien entendu, je remercie également la Fédération SUD Rail et le syndicat SUD Rail de Paris Est pour cette organisation et leur soutien dans cette lutte ! Je remercie toutes les forces militantes qui ont répondu présentes aujourd’hui ! Je remercie tous ceux et celles qui m’ont soutenu. Et je remercie également Patrice Farah qui va défendre ma cause, qui est notre cause à tous, devant le tribunal patronal de la SNCF.

Je tiens également à faire passer le message que, ce soir, à Paris 1 Tolbiac, métro Olympiades, il y a un meeting contre les violences policières et l’ensemble des répressions à partir de 18H30.

On ne lâche rien, continuons à travailler sur la prise de conscience de l’ensemble des citoyens et salariés. Encore merci à tous pour votre soutien et pour dire stop à toutes sortes de répressions ! »