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Société

Derrière les beaux discours du gouvernement…

Violente évacuation manu militari de réfugiés syriens à Saint-Ouen

Maryline Dujardin et Flora Carpentier Ce dimanche soir, une trentaine de réfugiés syriens, dont une dizaine d’enfants, ont été violemment évacués par la police du square Marmottan à Saint-Ouen. Cette répression intervient alors même que le gouvernement déploie toute une campagne de communication pour se montrer favorable à l’accueil des réfugiés syriens. Retrouver les photos de l'évacuation sur Facebook

Ce dimanche soir à Saint-Ouen, un groupe de réfugiés syriens a cherché à s’installer dans le square Marmottan à côté du métro Garibaldi. Alors que ces familles fuyant la guerre campent depuis de long mois en pleine rue à Porte de Saint Ouen, aucune solution de logement ne leur a été proposée. Leurs conditions de vie, dans ce campement insalubre en pleine rue à deux pas du périphérique, sont devenues insupportables. Parce que les promesses gouvernementales ne sont toujours pas passées à l’action, certains d’entre eux ont cherché ce dimanche soir à interpeller population et médias sur les conditions déplorables dans lesquelles ils vivent depuis des mois.

Pas de répit pour ces réfugiés syriens

A peine ont-ils eu le temps d’installer leurs tentes et de ramener quelques affaires que les policiers ont débarqué, gérant la situation avec l’enthousiasme qui les animent. Ils ont immédiatement bouclé le square pour qu’aucune famille supplémentaire ne puisse s’installer et qu’aucun soutien ne vienne grossir les rangs.

Les réfugiés ont avant tout cherché à communiquer sur leur situation, sur le fait qu’ils n’ont véritablement pas d’autre choix que celui de quitter leurs pays. Ils sont profondément dégoûtés des discours politiques tenus et du décalage avec leur réalité quotidienne. « Merci la France, merci Hollande ! » s’exclamait l’un des réfugiés devant les caméras d’ITélé. Puis, en s’adressant en arabe à la colonne de policiers entourant les tentes : « Le gouvernement français s’est engagé à accueillir 24.000 réfugiés, nous sommes des réfugiés. Tous ceux qui sont avec moi sont des réfugiés, nous sommes des syriens. Nous avons des papiers qui le prouvent », s’exclamait-il en brandissant ses papiers d’identité.

Son intervention n’aura pas suffit à émouvoir les forces de répression, qui se sont appliquées à dégager le campement de fortune, profitant d’une discussion des réfugiés face caméra pour sortir avec force les premières tentes et mettre à la rue les seules affaires que ces familles possèdent. Les policiers ont ensuite arraché et trainé les autres tentes, alors même que des enfants se trouvaient encore à l’intérieur.

Expulsés du square, les réfugiés ont demandé plusieurs fois aux policiers à quel endroit ils pouvaient s’installer. Aucune réponse ne leur a été apportée, si ce n’est « en Allemagne ». Et comme si la détresse de ces familles n’était pas suffisante, certaines tentes leur ont été confisquées. Comme quoi le mépris n’a pas de limite. Ironie de la situation, ce sont les policiers qui passeront la nuit dans le square, les réfugiés étant relégués au trottoir.

Une situation intenable qui dure depuis de longs mois

Depuis plus de dix-huit mois, la porte de Saint-Ouen est devenue un point de retrouvailles pour ces familles syriennes, qui se regroupent en espérant un jour trouver le soutien d’un état français dont on leur a vanté les mérites d’humanisme. Aujourd’hui ils s’interrogent sur ce fameux droit d’asile dont ils n’ont toujours pas vu la couleur. En attendant, pour survivre aux conditions impossibles d’un quotidien en bord de route, quelques uns mendient pendant que d’autres organisent des ventes d’objets récupérés dans les poubelles, en se posant chaque jour la question de comment nourrir leurs enfants. Au pays des droits de l‘homme, les réfugiés ont peur, peur qu’on les renvoie dans un pays en guerre, peur que la police les frappe ou détruise le peu qu’ils ont.

Force est de constater que nous sommes bien loin des discours officiels de Hollande et Valls concernant l’accueil de ces réfugiés en grande difficulté. Et qu’il est sans doute plus facile d’envoyer des rafales en Syrie que d’offrir un toit décent à des personnes dans la misère. Les solutions gouvernementales sont donc définitivement celles de l’image.

Vidéo de l’évacuation :




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