Monde

La #fishballrevolution a commencé ?

Violents affrontements contre la police à Hong Kong en réaction à la chasse aux vendeurs de rue

Publié le 9 février 2016

Léo Serge

Depuis 2014, il n’y avait plus d’émeutes à Hong-Kong – dont l’histoire explique la position très particulière en République Populaire de Chine. Dans la nuit du 8 au 9 février, alors que le nouvel an chinois vient de commencer – ce qui a permis de stopper la baisse continue des bourses chinoises qui ferment pour jours fériés – des émeutes ont éclaté.

Vers 22 heures, des employés du département d’hygiène sont intervenus pour chasser les vendeurs à la sauvette. Devant la protestation des passants, ils ont fait appel à la police. L’arrestation d’un vendeur de rue le soir du nouvel an chinois a provoqué une violente manifestation clairement antigouvernementale.

La situation a dégénéré lorsque des policiers, après avoir usé de bâtons et de spray au poivre pour disperser les protestataires, ont tiré deux coups de semonce en l’air. Sur une image, on pouvait voir également un policier braquer son arme vers un photographe. Des protestataires ont descellé des pavés de la rue, d’autres ont arraché des panneaux de signalisation et fabriqué des boucliers de fortune. La police apparaît sur les vidéos complètement dépassée pendant un assez long moment face à une population jeune, populaire et qui semble ne pas connaître d’autocensure face à la police et à ses armes – y compris face à des tirs de sommation.

En face, la détermination était immense. Des seaux emplis de briques, de l’essence et des feux de rue et de poubelle étaient utilisés, du bon côté de la barricade. Toute la nuit de lundi à mardi, les images venues du quartier de Mong Kok, à Hong Kong, ont rappelé la « révolution des parapluies », de l’automne 2014, qui avait été causée par les attaques envers les libertés démocratiques.

Les troubles ont duré toute la nuit, certains observateurs commençant à parler de « révolution des boulettes de poisson » (#fishballrevolution), faisant le parallèle avec l’arrestation d’un vendeur de rue qui avait enclenché la révolution en Tunisie. Ces boulettes de poisson sont particulièrement populaires. Au matin, les derniers manifestants ont été dispersés. Le nettoyage de la rue a commencé sous une très forte escorte policière.

Lors d’une conférence de presse donnée mardi matin, le chef de la police de Hong Kong a affirmé que 90 policiers et quelques journalistes avaient été blessés, et a annoncé l’arrestation d’au moins 54 personnes, âgées de 15 à 70 ans. On peut voir des images de policiers au sol battus par la foule et même sauvés par des journalistes. Le chef de la police a déclaré le maintien des festivités du nouvel an : quatre tonnes et demie de feux d’artifice doivent être tirées dans le port de Victoria mardi soir.

Le compte Facebook du mouvement radical de Hong Kong Indigenous, qui s’oppose à l’influence de Pékin, annonce qu’un de ses responsables a été arrêté.

Le gouvernement central de Pékin a jusqu’ici encouragé sa branche locale de Hong Kong à mener une répression très violente. Au fur et à mesure que la situation sociale, économique et écologique se détériore, va-t-il continuer à mener cette politique qui crée des explosions sociales depuis des années maintenant ? Jusqu’à présent, le gouvernement, face à ces colères populaires, n’a fait qu’opérer des reculs tactiques en essayant d’arrêter et d’isoler les « meneurs ». Dans certaines provinces ouvrières, les organisations de la base protègent d’ailleurs leurs chefs de la police. Tout ceci montre à quel point la stabilité chinoise est bien plus fragile qu’on ne le pense.