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Politique

OFFENSIVE SÉCURITAIRE

10 000 policiers en plus, « école de guerre » : Macron drague la droite et renforce l’arsenal répressif

Alors que l’élection présidentielle de 2022 approche, le gouvernement Macron tente de se rabattre encore plus sur la droite et propose toujours plus de mesures répressives et réactionnaires en espérant séduire son aile droite. En pleine crise sanitaire et alors que les hôpitaux n’en peuvent plus, Macron privilégie toujours l’embauche de policiers plutôt que de personnel soignant.

lundi 19 avril

Dans un entretien donné au Figaro le dimanche 18 avril, à la veille d’un déplacement à Montpellier sur le thème de la sécurité au quotidien, Macron a affirmé vouloir se battre pour le droit à la « vie paisible » https://www.lemo.... Il n’a pas hésité à y défendre le bilan de son quinquennat quant à la sécurité et a affiché sa détermination à « lutter contre la délinquance ». Macron a également promis de tenir son objectif de 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires d’ici la fin de son quinquennat en assurant que « chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017 ».

« Nous irons au bout du bout de ce plan des 10 000 », a-t-il martelé, espérant ainsi rassurer ses potentiels électeurs de droite. Après sa double offensive sécuritaire et raciste, incarnée par le passage en force des lois « Séparatisme » et « Loi sécurité globale », Macron compte bien rappeler à la droite son projet sécuritaire, en insistant sur sa volonté de renforcement de son appareil policier. « Ça rassure les gens, ça dissuade les délinquants », déclare-t-il dans cet entretien.

Plus tard dans l’entretien, Macron revient sur les « violences policières », une expression qu’il avait employée en décembre dernier mais pour la contredire presque aussitôt. En effet, malgré les nombreux cas de violences policières et notamment celui de Michel Zecler le 21 novembre, ce producteur de musique qui avait été sauvagement passé à tabac dans les locaux de son studio par trois policiers, le gouvernement s’affaire toujours à nier le caractère systémique de telles violences. « Il n’y a pas de violence systémique de la police, c’est faux ; il n’y a pas de racisme systémique de la police, c’est faux, pas plus qu’il n’y en a dans la gendarmerie ou au sein de l’Etat », a-t-il dit, tout en répétant que les contrôles au faciès étaient une réalité.

Après avoir réaffirmé son soutien aux policiers, Macron a annoncé les différents cadeaux qui seront faits aux commissariats avant la fin de son mandat, à savoir le renouvellement de 50% du parc automobile de la police, la modernisation de leurs uniformes mais aussi, dans le cadre de la loi « Sécurité globale », la création d’une réserve dans la police de 30 000 hommes. C’est donc une somme considérable que le gouvernement est prêt à sortir des caisses de l’État pour la police et qu’il n’investira pas dans le service public et particulièrement dans les hôpitaux qui doivent accueillir les malades du Covid depuis plus d’un an. Ces derniers sont contraint d’opérer et de déprogrammer des opérations depuis plusieurs semaines, notamment en Ile-de-France où ce sont près de 80% des opérations qui sont déprogrammées.

Dans un second temps, Macron a annoncé l’ouverture d’un « grand débat national » sur la consommation de drogues, en faisant le constat que « la France est devenue un pays de consommation et donc, il faut briser ce tabou, lancer un grand débat national sur la consommation de drogues et ses effets délétères ». Mais loin de se préoccuper de la santé de la population, il s’agit d’une manière pour le gouvernement de déclarer la guerre au trafics illégaux et aux habitants des quartiers populaires. Car pour le gouvernement, islamisme et trafic de drogues ne font qu’un. Cet amalgame est le fruit d’une stigmatisation de ces quartiers populaires, incarné par toute la rhétorique de “l’ensauvagement” de la société qui fait l’emphase sur une insécurité irrationnelle.

Selon Macron, les trafics de stupéfiants « explosent » et « forment la matrice économique de la violence dans notre pays ». « Les éradiquer par tous les moyens est devenu la mère des batailles, puisque la drogue innerve certains réseaux séparatistes mais aussi la délinquance du quotidien, y compris dans les petites villes épargnées jusqu’ici. Ne laisser aucun répit aux trafiquants de drogue, c’est faire reculer la délinquance partout », souligne-t-il. Le but est donc de traquer les petits trafiquants et les petits consommateurs dans ces « territoires perdus de la République », explicitement visés par ce dispositif qui suit le virage à droite de l’État sans se cacher, en utilisant toujours plus de termes et de méthodes empruntés à l’extrême-droite. Bien que Macron ait hypocritement annoncé que le problème concernait toutes les classes sociales, il apparaît clairement que les personnes visées sont encore et toujours les habitants des quartiers populaires, déjà soumis à la précarité et au chômage.

Macron a affirmé que le gouvernement passe « à la vitesse supérieure » avec l’objectif de « harceler les trafiquants et les dealeurs ». « Sur les 4 000 points de deal répertoriés récemment, plus de 1 000 opérations coup de poing ont été réalisées ces dernières semaines. Et chaque jour, nous fermons un point de deal. Allez voir dans les quartiers comment cela change la vie ! » comme si le chef de l’État connaissait quoi que ce soit aux conditions de vie des habitants des quartiers populaires. Il ajoute que « 70 000 amendes forfaitaires délictuelles ont été dressées depuis septembre », soit une nouvelle fois une solution punitive à l’égard des petits trafiquants.

Du côté de la droite et de l’extrême droite, les mesures annoncées par Macron ont fait l’objet de critiques car elles n’iraient pas suffisamment loin selon eux, à l’instar de Nicolas Dupont-Aignan qui a déploré sur France 2 qu’il n’y avait « rien sur la justice des mineurs, rien sur des peines planchers pour les récidivistes, rien sur les rappels à la loi (…), rien sur l’expulsion des délinquants étrangers ». Pour Eric Ciotti, député LR des Alpes maritimes, l’entretien donné par Macron « ne rassemble que des slogans électoraux à un an de la présidentielle, alors que, depuis quatre ans, les actes défaillants ont conduit à l’explosion de la délinquance, à des niveaux d’immigration record et à une montée inédite de l’islamisme », a-t-il estimé dimanche soir sur Twitter.

Si les figures de la droite et de l’extrême droite réclament toujours plus de mesures répressives concernant les habitants des quartiers populaires et les personnes immigrées, il est clair que le gouvernement prépare l’élection présidentielle de 2022 en empiétant sur l’électorat de la droite, en adoptant ses codes et sa rhétorique raciste et réactionnaire.




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