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10 ans de plus pour les profits : la Commission Européenne prolonge l’utilisation du glyphosate

Ce mercredi, dans le cadre de discussions sur le climat, la Commission Européenne a annoncé vouloir renouveler l’autorisation de vente du glyphosate, un herbicide nocif pour la santé et les nappes phréatiques. Une proposition qui ne sert que les lobbies des grands groupes agricoles.

Elea Novak

21 septembre 2023

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10 ans de plus pour les profits : la Commission Européenne prolonge l'utilisation du glyphosate

Crédits photo : Pixabay / Licence Creative Commons

Ce 20 septembre la Commission Européenne a publié un texte, qui devra être soumis au vote vendredi et propose de renouveler l’autorisation du glyphosate pendant 10 années supplémentaires. Une annonce qui a choqué des activistes , ONG et constitue une nouvelle preuve qu’il n’y a aucune confiance à accorder aux Etats et autres institutions pour faire face aux catastrophes environnementales. Proposer le report de 10 ans de l’arrêt de l’utilisation du glyphosate apparaît dès lors comme un rappel cynique de la réalité de la politique environnementale européenne.

Commercialisée en 1974 par le géant Monsanto, notamment sous le nom Roundup, ce désherbant est le plus vendu au monde avec 800 000 tonnes par ans. Des quantités massives déversées dans les champs, les rues ou les rails depuis des décennies qui ont causé une contamination massive des eaux, des sols et même des populations.

Ainsi, une étude parue dans la revue Environmental Science and Pollution Research en 2022 concluait que l’intégralité de la population française est contaminée au Glyphosate. Sur les 7000 prélèvements réalisés, le taux moyen de la substance dans les urines relevé était de douze fois la norme qui s’applique pour l’eau potable.

Des élements préoccupants : le 6 septembre le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology publiait un nouveau rapport exposant des conséquences auparavant non identifiées de l’utilisation du glyphosate. Cette étude a été réalisée sur un échantillon de l’ensemble de la population américaine, qui ont été exposés au glyphosate uniquement par leur consommation alimentaire, et démontre un lien entre l’exposition à l’herbicide et une augmentation du risque de lésions neuro-cérébrales. Une nouvelle conséquence sur la santé, qui s’ajoute à la classification du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) du glyphosate comme « cancérogène probable » depuis 2015.
Si le glyphosate présente des risque pour la population exposée indirectement, ces risques sont démultipliés pour les travailleurs qui le manipulent ou y sont exposés directement à commencer par les jardiniers, agriculteurs ou agents d’entretien. Ainsi en 2018, Dewayne Johnson, jardinier américain en phase terminale d’un cancer du système lymphatique gagnait un bras de fer juridique de plusieurs années contre le géant Monsanto, faisant reconnaître devant la justice que sa maladie était une conséquence directe de l’exposition au glyphosate. Comme le rapporte Le Monde, "Monsanto est poursuivi dans ce pays par un nombre croissant de plaignants – aujourd’hui 3 500 –, victimes ou proches de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien, un cancer du sang rare, et qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate."

Le glyphosate constitue une menace non seulement sanitaire, mais aussi environnementale. Malgré les restrictions d’usages imposées par l’Union Européenne, il contamine les eaux de l’Europe, et menace les écosystèmes. Malgré des recherches limitées, on peut observer un impact de l’utilisation du glyphosate sur la qualité des sols, les microbiomes et les plantes environnantes. L’herbicide est aussi toxique envers la faune, terrestre et aquatique, et impacte négativement l’équilibre des écosystèmes. Par exemple, les abeilles sont particulièrement affectées par l’usage du glyphosates, situation alarmante considérant le rôle crucial de ces pollinisateurs dans les écosystèmes.

Si la Commission Européenne veut accorder 10 ans supplémentaire au glyphosate malgré les recommandations scientifiques, ce n’est pas sans rapport avec la [principale force lobbyiste dans l’agriculture française, la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) et ses sections départementales. Lors de sa conférence de presse fin août, l’organisation patronale a exprimé une volonté de conserver le glyphosate dans l’exploitation agricole. En 2020 déjà, la FNSEA montrait sa capacité à faire plier le gouvernement sur les néonicotinoïdes, insecticide qui menace la population d’abeilles. La FNSEA est aussi à l’origine du projet de méga-bassines, destructeur de l’environnement.

C’est aussi et bien entendu une consécration pour Monsanto, qui, sur le modèle de l’industrie du pétrole, a alimenté la machine du doute sur son produit pendant des décennies et cherché à cacher sa dangerosité, allant jusqu’à faire " paraître des articles coécrits par ses employés et signés par des scientifiques pour contrer les informations dénonçant la toxicité du glyphosate. ", comme le rapporte Le Monde dans un article sur les Monsanto Papers. Un enjeu central pour la firme (aujourd’hui rachetée par Bayer) : un simple recul des ventes de son produit-phare peut faire chuter son chiffre d’affaires de plusieurs milliards

Alors qu’en parallèle, le Premier Ministre britannique Rishi Sunak annonçait le 20 septembre revoir à la baisse les objectifs climatiques du Royaume-Uni, il est clair qu’il s’agit à nouveau d’exemples que les institutions ne seront pas de notre côté pour résoudre la crise écologique.


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