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Ecologie

« De l’eau, pas des puces » : à Grenoble, la lutte écologique s’attaque aux industries de la micro-électronique

Du 5 au 7 avril, le collectif StopMicro appelle à se mobiliser dans le bassin grenoblois contre l'accaparement de l’eau par l’usine STMicroelectronic, spécialisée dans la production de puces électroniques. Un week-end de lutte qui doit être l’occasion de jeter des ponts entre les organisations écologiques et celles du mouvement ouvrier.

Pierre Chavatte

5 avril

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« De l'eau, pas des puces » : à Grenoble, la lutte écologique s'attaque aux industries de la micro-électronique

Le week-end du 5 au 7 avril, le collectif StopMicro organise une mobilisation pour dénoncer l’accaparement des ressources en eau et les projets d’agrandissements par les industries spécialisées dans la micro-électronique du bassin grenoblois, dont Soitec et surtout STMicroelectronics. Au programme, des conférences, des ateliers et une manifestation prévue le samedi 6 avril à 14h au départ du parc Paul Mistral de Grenoble.

En ligne de mire du collectif StopMicro, un collectif liant les questions environnementales au numérique, un projet d’agrandissement de l’usine STMicroelectronics basée à Crolles, près de Grenoble.

STMicroelectronics (abrégé ST), est une multinationale franco-italienne spécialisée dans la production de circuits intégrés. Ces composants sont utilisés dans les domaines des télécommunications, l’informatique ou encore l’automobile, faisant de ST l’un des leaders mondiaux de la production de semiconducteurs. De plus, une enquête du média Blast a aussi relevé les liens de ST avec l’industrie militaire, par exemple du STM32F, produit phare de l’entreprise intégré dans des armes russes utilisées en Ukraine : «  Le STM32F a été trouvé dans toute une série de drones utilisés par les forces armées russes, notamment des drones de reconnaissance (...), mais aussi dans des drones kamikazes tels que le Lancet-3 et le Kub-Bla, qui ont été utilisés pour frapper des cibles en Ukraine(...) C’est un module très prisé. Nous les trouvons dans toute la gamme de drones russes. Sans oublier le fait que sans ce composant particulier, les Russes auraient du mal à produire un circuit imprimé et à faire ce qu’ils font. Ces microcontrôleurs remplissent une fonction essentielle pour leurs drones russes ». Présent en Isère depuis plus de 50 ans, le site de Crolles, est le premier employeur privé du département avec près de 7 500 salariés et comporte la partie R&D de l’entreprise.

Un projet polluant, très gourmand en eau, protégé par les autorités locales

Le projet d’agrandissement de l’usine ST à Crolles, financé à hauteur de 2,9 milliards d’euros par l’Etat, prévoit la construction de six nouveaux bâtiments dont le but à terme est de doubler la production de puces électroniques. Un projet suscitant de nombreuses questions à commencer par l’utilisation abondante de la ressource en eau.
En effet, principalement utilisé pour l’usinage des plaques de silicium, servant à la fabrication des puces, la consommation annuelle en eau du site a augmenté de 55 % en 10 ans entre 2001 et 2021. Alors que ST est déjà l’un des plus gros consommateurs d’eau de la métropole grenobloise, ce projet risque d’en accaparer bien plus encore.

Ainsi, dans son avis remis en février 2023, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) soulignait que : « Le dossier indique qu’à terme, le site consommera jusqu’à 1 400 m³/h soit 33 600 m³/jour, ce qui représente une augmentation d’environ 190 % par rapport à la consommation de 2021. Cette consommation sera pour partie prélevée dans le réseau d’eau potable, comme aujourd’hui, et pour partie issue d’un prélèvement sur la nappe alluvionnaire de l’Isère ». Un accaparement de la ressource en eau qui passe mal alors que les habitants de la vallée vivent de plus en plus souvent sous le régime de la restriction d’eau du fait des canicules à répétition. Un moment d’ailleurs où l’usine puise le plus d’eau, selon l’élu CGT STMicroelectronics, Aimeric Mougeot, dans le journal Reporterre : « On consomme plus d’eau en été qu’en hiver, car il y a davantage besoin de refroidissement. L’usine a tourné à plein cet été ». Une tendance qui risque de s’aggraver avec l’agrandissement du site entraînant des perturbations importantes dans le cycle de l’eau.

En plus de l’accaparement en eau, l’agrandissement du site soulève aussi des questions de pollutions et de risques face aux incidents industriels. La zone d’agrandissement est d’ores et déjà classée en site Seveso, l’un des plus hauts niveaux de classement des risques industrielles, tout comme 18 autres sites rien que dans le bassin grenoblois. De plus, le collectif StopMicro dénonce aussi dans son texte d’appel, les autorisations très avantageuses de produits polluants dans l’Isère dont l’ammoniac, le chlore et l’azote : « par exemple, pour l’azote, ST est autorisé à déverser l’équivalent d’une ville de 53 000 habitants qui ne traiterait pas ses rejets ». Des risques de pollution importants pour la santé des travailleurs de l’usine, des riverains et de la biodiversité environnante.

Par ailleurs, la contestation du projet est surveillée de près par la police et les autorités locales. Ainsi, des militants ont été fichés, des plaques d’immatriculation relevées lors de réunions de concertation publique. L’un des militants du collectif a également été convoqué au commissariat pour un interrogatoire de 2h en mars dernier. De plus, les noms des militants tractant devant l’usine sont aussi partagés à la direction de l’usine. Des tentatives d’intimidation claires sur les militants écologistes dans la lignée de la répression patronale à l’intérieur de l’usine.

Une direction répressive aux méthodes sexistes et anti-syndicale

Alors que le site comporte une équipe syndicale combative, les méthodes de direction brutale de Jean-Marc Chéry, PDG de ST, ont été pointées du doigt à de nombreuses reprises. Ainsi, en octobre 2023, la section CGT STMicroelectronics a contraint l’entreprise à verser 815 000 € de dommages et intérêts à 10 salariées pour discriminations sexuelles.

Plus récemment, l’entreprise a de nouveau été condamnée pour discrimination syndicale à l’encontre d’un représentant CGT et son syndicat. Nommé au CSE, le comité social et économique, le représentant syndical en question avait reçu plusieurs fois des pressions, rappel à l’ordre, et propos diffamatoires de la part de sa direction pour avoir défendu les conditions de travail de ses collègues. Assigné au prud’homme par la CGT, STMicroelectronics a été reconnu coupable de discrimination syndicale le 22 décembre 2023. De plus, le syndicat a aussi pris position en 2023, à l’occasion d’une première mobilisation contre l’accaparement de l’eau.

Un point d’appui sur lequel le mouvement écologiste devrait s’appuyer, à l’occasion du week end de mobilisation du 5 au 7 mars, face à toute forme de répression et de discrimination, contre un projet aux conséquences environnementales pour les travailleurs et la population.


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