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Jeunesse

MOUVEMENT ÉTUDIANT

AG étudiantes, interfacs : la jeunesse tente de s’organiser malgré la répression administrative

Quatre jours après le 5 décembre, et à la veille de la deuxième grosse date de mobilisation appelée depuis le début du mouvement le mardi 10 décembre, les étudiants, déterminés à lutter aux côtés de travailleurs, s’organisent pour construire la grève sur les facs, malgré les fermetures administratives.

mardi 10 décembre 2019

Alors qu’une grande grève se préparait dans le pays, on voyait depuis quelques semaines la colère de la jeunesse commencer à s’exprimer dans la rue, contre la précarité, lors de rassemblements et de premières assemblées générales, suite à l’immolation de l’étudiant lyonnais de 22 ans devant son CROUS. Pour expliquer son geste, celui-ci avait laissé une lettre, accusant les derniers présidents en place de l’avoir tué, en instituant une précarité toujours plus profonde pour l’ensemble de la société et en particulier de la jeunesse, et en privant les jeunes de toute perspective d’avenir.

Si, en dépit de la grande précarité dans laquelle vivent la plupart des étudiants - dont la moitié sont contraints de se salarier pour vivre ou se contentent d’essayer de survivre avec moins de 500 euros par mois - le mouvement n’avait rencontré qu’un écho restreint, ce premier réveil commençait pourtant à inquiéter le gouvernement. Une inquiétude bien compréhensible à l’approche d’une grande grève interprofessionnelle et alors que les deux dernières années universitaires ont vu des mobilisations du mouvement étudiant, particulièrement en 2018, contre la sélection à l’université. En 2018 déjà, bien que le gouvernement ait finalement réussi à faire passer ses attaques néolibérales (le pacte ferroviaire et les lois de sélection à l’université) l’alliance dans la rue et dans la lutte des étudiants et des cheminots l’avait mis en difficulté pendant des mois ; des mois de grève à la SNCF mais aussi de mobilisations de la jeunesse, dans la rue et dans les universités, avec des assemblées générales et des occupations.

Ainsi, depuis quelques semaines, alors que de premières assemblées générales commençaient à se tenir et à rassembler quelques centaines d’étudiants dans différentes villes de France, et à l’approche du 5 décembre, les présidences d’université n’ont pas tardé à réagir, fermant hâtivement des universités comme celles de Tolbiac ou du Mirail, deux campus au cœur des précédentes mobilisations. Mais malgré ces fermetures administratives qui privent les étudiants de leurs lieux d’études pour construire leur lutte, en cette veille de deuxième grosse journée de mobilisation contre la réforme des retraites, il semble que les craintes du gouvernement puissent se concrétiser, et qu’autour de la mobilisation lancée le 5 décembre, la jeunesse se montre plus déterminée et commence à s’organiser.

En effet, en plus des nombreux blocages de lycées là encore dans de nombreuses villes de France, des assemblées générales se sont tenues pour préparer la date du 5 décembre, et ce sont plusieurs milliers d’étudiants qui ont manifesté, dans de grands cortèges de jeunesse aux côtés des travailleurs jeudi dernier. Et, tout comme les grévistes des secteurs qui sont les fers de lance de cette grève - les travailleurs de la SNCF, de la RATP, mais aussi de l’Éducation nationale - la jeunesse elle aussi se montre depuis déterminée à poursuivre cette grève et à construire un mouvement qui la reconduira tant qu’il le faudra.

C’est en tout cas ce que montre la tenue d’assemblée générales dans plusieurs villes en ce début de semaine, à Paris, à Rennes, à Lyon, à Toulouse aujourd’hui, ou encore à Amiens et Lille demain, dans la perspective notamment de construire la date du 10 décembre, deuxième grosse journée de mobilisation appelée depuis le début du mouvement. Des AGs qui pour certaines se trouvent être les plus grandes depuis le début de l’année universitaire, avec notamment 800 à l’université du Mirail, qui ont entre autres voté la reconduction de la grève et organisé la participation des étudiants aux manifestation du 10 décembre.

Mais même au-delà de ça, on peut voir dans ces AGs et depuis la journée du 5, une volonté des étudiants de s’organiser et de construire leur grève. Ainsi, les étudiants de Paris 1 sont ce matin entrés dans le site de Cassin (fermé par l’administration de l’université), et ont commencé une occupation qui se donne pour objectif de faire de ce lieu celui de la grève, ouvert aux étudiants de toutes les facs parisiennes, mais aussi aux grévistes de la région. A l’heure où de nombreuses facs sont fermées ou menacent de fermer au moindre soubresaut de mobilisation, la construction de QG de luttes dans les universités pourrait ainsi permettre aux étudiants de s’organiser, de se coordonner, et de faire ré-émerger un véritable mouvement étudiant, à la hauteur de la grève historique qui est en train de secouer le pays, et à laquelle les étudiants pourraient donner une grande force s’ils s’y joignaient avec leurs méthodes de lutte et leurs revendications.

C’est dans ce sens que les assemblées générales d’universités, comme l’AG interfac tenue ce lundi soir sur le site occupé de Cassin ont posé la question du lien avec les grévistes du mouvement ouvrier, dans la rue, mais aussi sur leurs lieu de travail, avec l’idée de mener des actions communes ou de soutien avec les travailleurs de la SNCF et de la RATP notamment, ou encore la décision prise de participer à l’AG interprofessionnelle des secteurs en lutte qui se tiendra mercredi soir à Paris, occasion pour les différents secteurs de discuter et de se coordonner, pour construire une grève solide face au gouvernement, et jusqu’au retrait total de la réforme Delevoye. Car ce que les étudiants, comme les travailleurs - présents depuis des semaines dans les assemblées générales sur les facs - ont compris, c’est que cette grève les concernaient tous, et que c’est en la construisant ensemble qu’une victoire serait possible ! Une alliance qui, si elle est rendue possible par une entrée massive du mouvement étudiant dans le conflit social qui se joue, n’a pas finit de faire trembler le gouvernement.




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