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Argentine

Après l’échec de la loi Omnibus, le parti de Milei introduit un projet de loi contre l’avortement

Le nouveau projet de loi introduit par le parti de Javier Milei dans la Chambre des députés en Argentine entend abroger le droit à l’avortement gagné par la mobilisation féministe en 2020. Mais le projet législatif de l’extrême-droite est fragile dès le début.

Andrea D’Atri

8 février

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Après l'échec de la loi Omnibus, le parti de Milei introduit un projet de loi contre l'avortement

Crédit photo : La Izquierda Diario

Seulement un jour après la défaite politique importante de la loi Omnibus que les manifestants ont fêtée dans la rue et dans les assemblées de quartiers, le parti du gouvernement a soif de revanche : mercredi, à 22 heures, il a introduit un nouveau projet de loi pour révoquer le droit à l’avortement.

Le projet des parlementaires de Libertad Avanza n’a pas seulement pour objectif d’abroger la loi du droit à l’IVG conquis par le mouvement féministe historique et massif de 2020, il va beaucoup plus loin. En proposant criminaliser les médecins avec des peines allant de 3 à 10 ans ainsi que les femmes qui avortent avec des peines de 1 à 3 ans, cette loi constitue un retour à la législation précédant le Code Pénal de 1921 qui prévoyait des cas de figures dans lesquels l’avortement n’était pas criminalisé. D’un seul coup de plume, l’extrême-droite argentine souhaite revenir plus d’un siècle en arrière !


Un projet de loi que même l’extrême-droite a du mal à assumer

Chose extraordinaire : certains des parlementaires de Libertad Avanza dont les signatures figurent dans le texte du projet de loi ont nié l’avoir signé immédiatement après sa publication. C’est le cas de l’avocat Manuel Quintar qui a affirmé dans un communiqué : « Je ne suis pas signataire de ce texte, même si je défends toujours la vie de la mère et de l’enfant. Quand le moment sera opportun, je vais me positionner du bon côté ». Le moment semble inopportun également pour son collègue Carlos d’Alessandro : « Je ne pense pas que ce projet de loi soit nécessaire maintenant, le contexte ne s’y prête pas ». La députée Lilia Lemoine, amateure de cosplay, assure elle aussi avoir été trompée : « Ils ont mis mon nom dessus parce que j’avais dit que j’allais accompagner le projet, mais que ce n’était pas le bon moment. Ils m’ont quand-même mis dedans. C’est très préjudiciable ».


Le scandale provoqué par ce projet de loi réactionnaire a été d’une telle ampleur que cela a obligé le pouvoir exécutif de Javier Milei à réagir en se délimitant de l’initiative et en précisant qu’elle émane des députés de son parti Libertad Avanza. Cette offensive réactionnaire en devient presque comique : c’est le désarroi chez les troupes de Milei et le général déserte le champ de bataille.


Il faut une mobilisation d’ensemble contre le gouvernement réactionnaire de Milei !


Malgré le fiasco initial, il s’agit de prendre cette attaque contre l’avortement très au sérieux. Il y a seulement deux semaines, le procureur et porte-parole de Javier Milei Rodolfo Barra publiait dans le journal argentin Infobae cette feuille de route : « Nous avons l’espoir fondé qu’en 2024 la loi inhumaine 27.610 [loi sur l’interruption volontaire de grossesse, ndlr] sera abrogée ».

Alors que Milei a proclamé 2024 comme l’année de « la défense de la vie, de liberté et de la propriété » et que dans son discours à Davos les féministes et l’avortement ont été parmi ses principales cibles, il est clair que ce nouveau projet de loi est une manœuvre pour rallier les partisans de Milei démoralisés par la récente défaite de la loi Omnibus. Ce projet s’inscrit également dans une série d’attaques contre les droits reproductifs et LGBT menées par l’extrême-droite à l’échelle internationale, que ce soit en Russie, aux Etats-Unis, en passant par l’Italie ou encore la Hongrie. 

L’avenir que promet l’extrême-droite argentine est donc celui d’un retour aux morts quotidiennes causées par les avortements clandestins et aussi celui de la suppression des retraites des travailleurs, des licenciements de masse et de la malnutrition infantile causée par l’inflation. Toutes ces attaques seront combattues par le PTS, le Parti Socialiste des travailleurs, et par Pan Y Rosas, son collectif féministe et LGBT. Ces dernières semaines, ces organisations qui font partie de la même internationale que Révolution Permanente et Du Pain et Des Roses étaient dans les rues face à la répression féroce de la ministre de l’intérieur Bullrich. Cette mobilisation a payé : la loi Omnibus de Milei est revenue à la case de départ, le gouvernement a essuyé sa première défaite. Désormais, les femmes et les classes populaires doivent continuer la mobilisation afin de faire tomber le projet de loi DNU [un méga-décret qui détruit les droits du travail, du commerce, nationaux et environnementaux, ndlr] ainsi que toute attaque réactionnaire contre l’avortement.

Le 8 mars prochain, Journée internationale des femmes, des centaines de milliers de personnes dans tout le pays devront défier les politiques réactionnaires de Milei et de son gouvernement. Elles devront exiger des bureaucraties syndicales qu’elles appellent à une grande grève avec mobilisation dans tout le pays, pour la grande majorité des femmes, salariées et chômeuses, syndiquées et informelles, pauvres et travailleuses indépendantes précaires. Toutes les assemblées de quartier devraient inscrire cette date dans leur calendrier de lutte.

Il est temps que les organisations d’Union por la Patria [Coalition péroniste et progressiste, ndlr], qui s’opposent au gouvernement dans les institutions et jouissent d’une influence importante dans le mouvement féministe, abandonnent leur passivité et appellent à arrêter le gouvernement par la lutte et la mobilisation dans les rues, où des milliers l’affrontent déjà avec la gauche. Des millions de personnes devront crier « no pasarán ! » pour défendre les droits et les vies des femmes et des personnes LGBT face à l’extrême-droite. 


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