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Offensive autoritaire

Argentine. Arrestations, aides sociales coupées : Milei lance une offensive contre le droit de manifester

Contre le protocole de sécurité autoritaire et les plans économiques austéritaires de Milei, une première mobilisation, appelée par la gauche et les organisations de chômeurs, a lieu ce mercredi à Buenos Aires et dans plusieurs villes du pays. La police aurait déjà effectué plusieurs arrestations.

Bastien Rheiner

20 décembre 2023

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Argentine. Arrestations, aides sociales coupées : Milei lance une offensive contre le droit de manifester

Ce mercredi, une première mobilisation appelée par le Front de gauche et des Travailleurs - Unité et plusieurs organisations sociales et de chômeurs est en cours en Argentine. Une première réponse aux annonces austéritaires du gouvernement ainsi qu’à la mise en place de son protocole de sécurité, visant notamment la coupure des aides sociales de toute personne participant à des manifestations.

C’est sur Mi Argentina, une application gouvernementale servant à administrer les prestations sociales comme l’accès au chômage, qu’une menace à peine voilée a été publiée : quiconque manifestera risquera de perdre « tout type de contact » avec le ministère des capitaux humains, un nouveau ministère fondé à la suite de l’investiture de Milei, fusionnant les ministères du développement social, du travail et de l’éducation, et chargé entre autres de la gestion nationale du droit au chômage. En d’autres termes, le gouvernement menace tout bonnement de couper les aides sociales à toute personne qui manifesterait contre lui.

Les chômeurs, les premières cibles de la répression du gouvernement Milei

Cette menace ne vient pas de nulle part : le chômage en Argentine a conduit dans les années 90 à la multiplication des organisations sociales de chômeurs, aussi appelés piqueteros, un mouvement social de chômeurs très organisé dont le mode d’action principal est le blocage des grands axes routiers et qui constitue une des principales forces sociales du pays. Revenant régulièrement sur le devant de la scène, les piqueteros sont un ennemi pour le gouvernement argentin, surtout dans le contexte tendu de l’investiture de Milei qui risque, par sa politique d’attaque des institutions économiques étatiques de précipiter le pays dans une crise sans précédent et une précarité encore jamais vue.

Ces menaces sont le pendant des politiques économiques austéritaires et anti-sociales que le gouvernement Milei souhaite mettre en place, et l’expression de la crainte de l’émergence de mouvements de contestations nationaux en réaction. Cette combinaison donne lieu à une radicalisation brutale de la répression d’État à travers « le protocole de sécurité nationale » (aussi finement appelé « protocole antipiquetes »), initié par la ministre de la Sécurité Patricia Bullrich qui comporte un grand nombre de mesures autoritaires comme la répression systématique des manifestations, ou encore la privatisation du coût de la répression en multipliant les amendes administratives et en menaçant les syndicats de devoir payer de leur poche le coût de la répression policière lors d’une manifestation.

Une répression pour faire payer la crise aux plus pauvres et aux chômeurs

Cette offensive est menée par Patricia Bullrich, ancienne ministre de la sécurité de l’ancien président Mauricio Macri. Lors des présidentielles, elle défendait notamment lors du débat de premier tour d’en finir avec les blocages et les piqueteros. Membre de la « caste », sa présence au ministère de la sécurité démontre la nature factice de la « rupture » que promettait Milei et traduit la nature profondément réactionnaire des réformes portées par son ministre des Finances Luis Caputo, lui aussi ancien macriste.

En voulant résoudre le problème de la dette par des coupes budgétaires dans les dépenses publiques et en faisant drastiquement chuter la valeur du peso argentin – d’un dollar pour 350 pesos, on est passés à 1 dollar pour 800 pesos–, le programme Captuto-Milei fait peser le poids de la dette sur les épaules des classes populaires en leur promettant un avenir basé sur les privatisations massives, la suppression d’emplois publics et une inflation qui dégrade au quotidien les salaires et l’épargne des travailleurs du pays. C’est ce que remarque Christian Castillo, député du PTS et professeur de sociologie : « On ne peut pas choisir d’acheter ou non à manger. » Si les prix montent les salaires et les retraites, quant à eux, stagnent. C’est donc aux classes populaires, aux chômeurs, aux travailleurs et aux retraités, que le gouvernement Milei décide de faire payer la crise et la dette, alors que les grands groupes économiques et les plus riches n’ont fait que s’enrichir ces dernières années dans le pays.

Une première mobilisation contre la répression appelée par la gauche et les organisations de chômeurs ce mercredi

Face à cette offensive réactionnaire la coalition du FIT-U, le Front de gauche ainsi que plusieurs organisations sociales et de chômeurs, ont décidé d’appeler à une manifestation ce mercredi 20 décembre pour le droit à se mobiliser et contre la politique de casse sociale du gouvernement Milei. Elles seront notamment soutenues par des travailleurs de l’ex-ministère du Travail où les menaces de licenciements massifs planent depuis les premières annonces du nouveau gouvernement Milei. Face à un degré de répression jamais vu depuis la dictature de la junte militaire dans les années 70 et 80, cette première manifestation inaugure le mandat de Milei.

De son côté, le gouvernement a annoncé l’utilisation de la police fédérale dans la répression de cette mobilisation, une police beaucoup plus armée que celle utilisée généralement dans les manifestations. La ministre de la Sécurité ainsi que Javier Milei veulent faire de la répression de cette manifestation un message, en s’appuyant sur des arrestations arbitraires de personnes accusées « d’avoir l’air d’aller en manifestation », des contrôles de police au sein des transports en commun et en assurant que de nombreuses arrestations auront lieu. A l’heure à laquelle nous écrivons, plusieurs arrestations ont déjà eu lieu à Buenos Aires, mais la manifestation a été maintenue.

Face à la répression, la question de l’unité de l’ensemble des travailleurs et des chômeurs contre les plans de Milei, du patronat et du FMI sera une donnée essentielle pour construire un véritable bloc contre les politiques austéritaires.


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