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Argentine : Les sénateurs augmentent leurs salaires de 170% en pleine crise économique

Les sénateurs argentins ont voté cette semaine une augmentation de 170% de leurs salaires, loin des regards. Derrière un discours « anti-caste » dénonçant cet accord, Milei cherche à dissimuler sa politique « pro-caste » et les lois anti-sociales qu’il cherche à faire passer.

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Argentine : Les sénateurs augmentent leurs salaires de 170% en pleine crise économique

Crédits photo : La Izquierda Diario

Cette semaine, les sénateurs argentins ont voté en toute discrétion l’augmentation de leur salaire de 1,5 million de pesos à 4,5 millions de pesos (et 6 millions brut), soit une augmentation de 170%.

L’information a été dévoilée par la journaliste Déborah de Urieta sur Radio Con Vos. Alors que le salaire des sénateurs s’élève maintenant à presque 5000 euros, le revenu minimum des retraités est de 171 000 pesos, soit 185 euros, et ne fait que diminuer avec l’inflation. Ce vote illustre la manière dont le gouvernement et les partis politiques collaborateurs s’enrichissent sur le dos des plus pauvres, dans un contexte de crise économique majeure.

Un président qui tente sans succès de dissimuler sa politique « pro-caste »

Javier Milei a affiché publiquement son désaccord avec ce vote en affirmant que les sept sénateurs de son parti, La Libertad Avanza, n’avaient pas pris part au vote. Derrière son discours « anti-caste » et sa tentative de mettre à distance les autres partis en tweetant « C’est ainsi que fonctionne la caste », Milei tente de dissimuler son soutien complet envers l’accord, mais personne ne peut s’y tromper.

Victoria Villarruel, présidente du Sénat et vice-présidente de Javier Milei, a elle-même admis publiquement sur Twitter que le vote avait eu lieu grâce à un accord trouvé entre tous les partis, et que cette décision était entièrement légale. Elle a également validé personnellement la hausse des salaires des sénateurs. Sans son soutien, l’accord n’aurait pas pu être voté. Le gouvernement de Milei est donc bel et bien au cœur de cet accord de la caste politique. Milei affirme également que ses sénateurs n’ont pas voté pour l’accord, ce qui est un nouveau mensonge. L’un de ses sénateurs, Bruno Olivera, a voté pour, puis a déclaré avoir « fait une erreur ». Concernant les six autres sénateurs, ils n’ont pas voté pour, mais n’ont pas non plus exprimé leur désaccord à haute voix, et n’ont pas envoyer de lettre pour s’abstenir, comme il est coutume de le faire au sein de cette enceinte parlementaire.

Le président Milei dénonce l’auto-augmentation du salaire des sénateurs mais évite de mentionner le fait qu’il a fait la même chose au mois de mars, en augmentant à 6 millions de pesos argentins son propre salaire, avant de rétrograder sous la pression médiatique. Après avoir fait marche arrière, il continue de toucher plus de 4 millions de pesos, l’équivalent de près de 17 retraites minimales. Comme son sénateur Bruno Olivera, Milei avait prétexté à une « erreur » pour tenter de minimiser son geste. Milei avait également promu son porte-parole Manuel Adorni et augmenté son salaire à près de 5 millions de pesos, ce qui représentait selon son porte-parole une « différence mineure ».

Face à l’austérité brutale que Milei mène depuis plusieurs mois, le président cherche à maintenir un discours « anti-caste » et à mettre à distance les autres partis politiques. La réalité est que, comme le souligne La Izquierda Diario, « sous son gouvernement, la caste et les grandes entreprises font la fête ». Alors que les Argentins subissent de plein fouet une inflation évaluée à plus de 240% en 2024, « Milei continue de toucher son salaire de millionnaire, bien loin de la réalité de tous les travailleurs ».

Trouver des accords pour faire passer sa loi Omnibus

Ce vote a lieu dans un contexte où Milei cherche à conclure des accords avec les gouverneurs et les autres partis politiques pour faire passer sa nouvelle loi Omnibus, qui promet encore plus d’austérité pour les classes populaires.

Pour trouver un terrain d’entente avec les gouverneurs et les blocs de l’opposition collaboratrice (PRO, UCR, entre autres), des discussions concernant l’« accord fiscal » ont débuté à la Chambre des députés. Le projet prévoit la diminution drastique de l’impôt sur la fortune, qui passerait de 2,25% à 0,45%, ainsi qu’un régime de blanchiment des capitaux à un taux de 0%. Milei veut donc ouvrir un régime de blanchiment d’argent qui permettrait aux millionnaires, aux spéculateurs et même aux trafiquants de drogue d’introduire des dollars non déclarés dans le pays sans payer aucun impôt et sans être soumis à aucun contrôle.

Par contre, les travailleurs sont au premier plan des attaques prévues au sein de cet accord fiscal encore en négociation. Milei propose une augmentation brutale du régime de la taxe forfaitaire et le rétablissement de l’impôt sur le revenu pour la quatrième catégorie de travailleurs. Cette attaque concerne 800 000 travailleurs, qui verront une partie de leurs revenus être amputée, en plus de tous les travailleurs précaires qui verront leurs cotisations augmenter jusqu’à 150 %.

Si cette désormais nommée « Loi sur les mesures fiscales palliatives et importantes » est adoptée, elle aggraverait encore plus la crise sociale, tout en accordant d’importants avantages aux grandes entreprises, qui pourront détourner de l’argent et ne payer aucun impôt sur le territoire. Christian Castillo, député du bloc PTS-Front de gauche, a dénoncé ce jeudi l’ensemble du projet : « Celui qui vote ce projet vote pour le transfert de revenus des bas vers les hauts ». Il est également revenu sur le discours de Milei qui affirmait vouloir réduire les impôts des travailleurs : « Nous avons toujours dit que c’était un mensonge. En réalité, ce qu’ils veulent, ce sont plus d’exemptions fiscales pour les classes dominantes, pour la bourgeoisie, et cela se fait au détriment des plus démunis. Ce projet le montre avec une clarté que nous avons rarement vue. Quel impôt paient les plus riches ? L’impôt sur la fortune. Quel impôt est réduit ? L’impôt sur la fortune. Quel impôt déteste une partie de la classe ouvrière ? La quatrième catégorie de l’impôt sur le revenu. Quel impôt est réintroduit ? L’impôt sur le revenu ».

Si cette loi ultra-austéritaire proposée par Milei est adoptée, elle sera le résultat du soutien des groupes collaborateurs ainsi que d’une partie du péronisme. Car il ne faut pas non plus oublier le péronisme, qui est le groupe le plus important au Sénat, détenant près de la moitié des sièges. Les péronistes ont voté pour l’augmentation des salaires des sénateurs, de la même manière qu’ils ne proposent aucune autre politique que celle de laisser passer le plan de Milei en contenant les mobilisations, dans l’espoir d’un jour revenir au pouvoir.

Alors que les négociations pour ce projet fiscal sont en cours, et que les discours autour de la loi Omnibus « XS » commencent la semaine prochaine, les directions syndicales continuent de négocier avec le patronat pour une réforme du travail et à diviser les luttes. Dans ce contexte, les assemblées populaires qui se forment et les prochaines dates de mobilisation peuvent être un point d’appui dans la lutte contre le plan austéritaire de Milei. Ce 23 avril a lieu la Marche nationale universitaire, qui prévoit d’être une date de mobilisation importante, car la colère dans le mouvement étudiant et professoral commence à se faire entendre. La date de grève générale du 9 mai est également une échéance majeure, qui, si elle est portée et construite par la base des travailleuses et travailleurs, peut renverser la vapeur face à la passivité des directions syndicales.


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