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Culture et Sport

intermittents précaires

Au coeur de la crise du monde de la culture, Pôle Emploi part à la chasse aux sorcières

Alors que le secteur de la culture repart tout doucement, Pole Emploi fait parvenir aux intermitents une lettre afin de les informer de la restriction de leur droits pour ceux d'entre eux qui travaillent auprès d'une coopérative : la SMart. Le prétexte ? Une chasse à la fraude qui va précariser la plupart des travailleurs de la culture

lundi 14 septembre

Crédits photo : Radio France, Sarah Maquet

Le monde de la culture et ses acteur-ices, le secteur large de l’intermittence qui concerne de nombreuses activités comme le spectacle, le tourisme, l’hôtellerie, la restauration… Ces travailleurs et travailleuses sont parmi les plus durement touché-es par la crise sanitaire aujourd’hui. Pourtant, un récent courrier de Pôle Emploi laisse entendre une manière bien particulière de gérer cette crise : Rendre encore plus difficile l’accès à l’intermittence en refusant désormais les contrats affiliés à une certaine entreprise coopérative (appelée SMart) qui permettait à ses clients de déclarer leurs spectacles en cachets - passe-droits indispensables pour renouveler leur intermittence chaque année.

Une crise féroce

En ces temps de COVID-19, le monde de la culture va, pour le moins, très mal. Les productions de spectacle sont annulées une à une, faute de pouvoir parier sur des conditions de représentation décentes et économiquement viables. Le peu de projets surnageant à cette situation s’apprêtent tous à être liquidés en cas d’alarme sanitaire. Le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, ainsi que de nombreuses activités périphériques au monde de la culture, sont dans le rouge depuis déjà plusieurs mois. Dans ces conditions, la prorogation des droits pour les intermittents au 31 Août 2021 est une bonne nouvelle… À condition de pouvoir travailler d’ici-là ! Et la situation que nous venons de décrire laisse présager que cela ne sera pas une mince affaire, voire impossible pour de nombreuses personnes - les offres d’emploi viables se réduisant comme peau de chagrin, laissant peu de possibilités pour la majorité des travailleur-ses. Les inquiétudes se multiplient donc depuis la rentrée chaotique qui se déroule depuis quelques semaines.

Un courrier hypocrite

Face à tout cela, un courrier du 31 Août, de la part d’un directeur de service de Pôle Emploi, a attisé l’inquiétude et la colère de milliers d’artistes auxquels il était adressé.

Pour résumer : Depuis plusieurs années, l’entreprise coopérative SMart permet à des artistes d’être rémunérés en cachets (indispensables pour être intermittent) lorsque des employeurs (comme un bar ou un restaurant) ne peuvent pas déclarer leur prestation comme telle (faute de licence d’employeur du spectacle, que n’ont généralement pas ce type d’enseignes.) Il est possible de faire cette démarche aussi auprès de Pôle Emploi à travers leur organisme, le GUSO (Guichet Unique du Spectacle Occasionnel). Or, depuis la création de SMart, Pôle Emploi n’a eu de cesse d’accuser la coopérative de favoriser la fraude aux cachets (c’est à dire la déclaration de concerts fictifs) - situation réelle dans certains cas ponctuels mais qui ne concerne pas plus SMart que le GUSO, comme le rappelle Yann Gaudin sur son blog Médiapart à ce sujet.

Dans son courrier du 31 Août, Pôle Emploi annonce donc aux 4 000 artistes et techniciens clients de SMart qu’à compter du 1er octobre 2020, plus aucun contrat avec SMart ne serait comptabilisé pour l’intermittence, sans aucune justification juridique.

Qui paiera la crise ?

Loin d’avoir des propositions concrètes à la hauteur de la crise sans précédent qui frappe tout un secteur économique et ses travailleurs-es, on assiste donc à nouveau à une punition des plus précaires, à une suspicion démesurée toujours plus grande, pour faire payer la crise à celles et ceux qui sont déjà sous l’eau. Quid des véritables fraudeurs du capitalisme, fraudeur fiscaux notamment, dont les crimes s’élèvent à plusieurs milliards d’euros ?

Pôle Emploi, en tant que service public, est un organe de l’état qui sert à encadrer et réguler le chômage de masse en fonction des besoins d’un marché qui, avec la crise se rétrécis de plus en plus. Ainsi, l’Etat et ses institutions mettent en place des mesures qui visent à adapter la masse des travailleurs à ces contractions. Cela passe par des plans de licenciements pour les entreprises mais dans le cas du monde du spectacle ils s’attaquent à un acquis certes partiel, qui est le statut de l’intermittence. C’est dans le cadre d’une volonté de rétrécissement à l’accès de ces droits qu’intervient donc la décision de Pole Emploi de ne plus prendre en compte les cachets fourni par la Smart sous couvert de chasse à la fraude. C’est donc une lutte politique qui s’engage avec celles et ceux qui nous gouvernent, et leurs institutions qui s’attaquent aux plus précaires, leur faisant payer cette crise.

En effet, il est urgent de relever la tête, d’exiger le maintien de l’emploi dans la culture. Et au-delà, parmis tous les secteurs qui subissent aujourd’hui des plans de licenciements, des APC etc, au lieu de chercher de faire des intermittents, des précaires et des travailleurs les ceux à qui il reviendrait de payer la note. Ce serait l’occasion de proposer un régime plus digne que l’intermittence aux acteur-ices de la culture, avec notamment de meilleurs salaires, et des conditions d’emploi globales correspondant à l’importance de la culture pour la société. Ces revendications pourront être portées dès le 17 Septembre prochain, aux côtés des syndicats et des manifestants qui font leur rentrée de lutte pour combattre les politiques capitalistes de nos dirigeants en défaveur des travailleurs-es.




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