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Politique

Bordeaux. Un acte 18 massif et secoué par la répression

Si c'est à Paris pour cet acte 18 que l'on appelait pour conclure en beauté la fin du grand débat, Bordeaux fut aussi bien ce samedi le théâtre d'événements tout aussi impressionnants, entre la détermination sans faille des Gilets Jaunes et la répression qui ne fait qu'augmenter.

dimanche 17 mars

La manifestation habituelle du samedi des Gilets Jaunes à Bordeaux a été une journée remuée par les scènes de violence de la répression. En effet, l’acte 18 a été entamé par une première arrestation de sept militants d’Attac 33 et ANV COP 21 Gironde dont sept ont été placés en garde à vue après avoir effectué une action dénonçant l’utilisation faite par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) de l’épargne populaire et des fonds de retraite pour financer l’extraction d’énergies fossiles.

C’est un énorme rassemblement qu’on a pu voir à la Place de la Bourse, où l’on pouvait déjà compter environ 6000 Gilets Jaunes pour l’heure de départ. Semblant prendre le chemin inverse des autres samedis, la manifestation s’est dirigée en premier lieu vers Grand Théâtre, dans une ambiance particulièrement électrique, où se sont rapidement agrégés environ 15 000 personnes, scandant des chants, et qui, après ce qu’on aurait pu être une baisse du nombre de manifestants la semaine dernière, reflète pour cet Acte 18 une détermination immense de la part des Gilets Jaunes qui paraissent être bien plus nombreux que les derniers samedis.

Dans la continuité de la journée mondiale pour le climat, qui avait rassemblé plus de 5000 jeunes la veille dans la ville qu’on avait pour habitude autrefois d’appeler la belle endormie, la manifestation pour le climat de samedi a retrouvé sur les quais le cortège des Gilets Jaunes, avec le lien évident que l’on retrouve dans le slogan devenu aujourd’hui célèbre : "Fin du monde Fin du mois, Même système Même combat !".

Place Pey Berland, la manifestation reste toujours aussi dynamique, mais apparaissent désormais les CRS qui quadrillent les ruelles et les bloquent, avec lesquels s’échangent des premières tensions. Finalement, ce n’est pas tout de suite que le cortège s’arrête comme on aurait pu penser, puisque traditionnellement les Gilets Jaunes bordelais concluent face à l’Hotel de ville, le cortège se dirige vers Victoire.

Dans la manifestation on retrouve de nombreux drapeaux algériens, en soutien à la vague de contestation énorme actuellement en Algérie contre Bouteflika : on voit sur les pancartes "Macron soutient Bouteflika, les Gilets Jaunes soutiennent les algérien-n-es !".

Le cortège était si grand que dans le cours de la Marne qui sépare la place de la Victoire à la Gare de Bordeaux Saint Jean, les manifestants en tête étaient déjà à la gare lorsque ceux en queue commençaient à peine à investir le cours.

Sur les quais, au niveau de Porte de Bourgogne, commencent les premiers jets de gaz de la part des forces de "l’ordre", qui tentent de disperser les milliers de Gilets Jaunes qui poursuivaient tranquillement leur marche vers la place de la Bourse. Au niveau du pont, un barrage de la police est mis en place : canons à eau, tirs au flashball et gaz sont le décor de cet épisode de la manifestation.

À partir de là, les CRS font reculer par les gaz les manifestants. De nombreux gilets jaunes ont reculé dans les ruelles du quartier de Saint Michel à cause des salves régulières de jets de gaz.

Pendant ce temps, au pont Saint Jean, où une partie des Gilets Jaunes s’y était dirigée dans l’objectif de bloquer l’A63, la police procède à une tentative de nasser les manifestants.

En fin d’après midi avait également lieux un rassemblement devant l’hôtel de police pour demander la libération des militants interpellés le matin.

Après un moment de latence au niveau des quais, un nouveau départ se fait qui regroupant Gilets Jaunes et Marche pour le climat et se retrouve vers la place Pey Berland où ils se fait gazer de plus en plus, et à reculons repoussé vers la Victoire, mais reste déterminé, contre la répression et très dynamique, scandant "On est là, même si Macron ne veut pas, pour l’honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur !", un slogan repris de la bataille du rail de l’année dernière.

Après plusieurs charges des CRS, les manifestants arrivent à la Victoire, où ils sont gazés et ciblés par les flashballs dans une violence inouïe. Plusieurs interpellations sont effectuées pendant ces charges, à la fois par les CRS et la Bac qui a tabassé plusieurs Gilets Jaunes : avant qu’ils lancent des grenades de désencerclement, les policiers matraquent, laissant deux manifestants la tête en sang pris en charge par les street-medics.

Un nouvel acte tout aussi violent si ce n’est plus que les précédents, tant la répression est impressionnante et banalisée depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, mais qui marque le retour d’une détermination qui s’était peut-être ralentie les derniers actes, mais surtout selon les sources sûres de BFMTV et les autres médias chiens de garde du gouvernement, et qui en tout cas a repris de plus belle, dans une ville plus vraiment endormie, mais bel et bien réveillée, et prête à en découdre avec ce gouvernement qui gaze, mutile et incarcère, pour mater une mobilisation qui n’est au final que la simple remise en cause d’un système pourrissant.




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