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Répression de la jeunesse révoltée

« Ça leur fera un souvenir » Ségolène Royal, défend l’interpellation des lycéens de Mantes-la-Jolie

Ségolène Royal s’est exprimée dimanche soir au sujet de l’arrestation particulièrement humiliante des lycéens de Mantes-la-Jolie, dont la vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Mais pour l’ancienne ministre de l’Environnement, les forces de l’ordre ont particulièrement bien géré la situation face à ce qu’elle qualifie de « casseurs » : rien d’étonnant lorsque l’on sait que l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 prône l’encadrement militaire de la jeunesse. Face à la jeunesse révoltée et alors que le gouvernement affronte une crise profonde, les politiciens bourgeois font bloc derrière la répression.

lundi 10 décembre 2018

 

Une scène particulièrement choquante

La scène, filmée jeudi 6 octobre montrant 151 lycéens interpellés à Mantes-la-Jolie (Yvelines), agenouillés, tandis que le policier qui filme commente « voilà une classe qui se tient sage » a choqué largement. tant l’horreur des images rappellent les pires moments de l’Histoire. Par ailleurs, partout en France, des
étudiants, lycéens  ont « rejoué la scène » en manifestation ou lors de blocages, contre ces agissements honteux.

 Mais Ségolène Royal, lors du « Grand Rendez-vous » de CNews, Europe 1 et Les Echos dimanche 9 décembre a, quant à elle, justifié ces méthodes en expliquant que les policiers de Mantes faisaient face à des casseurs et que « [c’était] pas mal pour leur redonner le sens de la réalité. »

« Parmi ces jeunes, il n’y avait pas que des lycéens d’abord. Il y avait aussi des casseurs qui, avec une sauvagerie incroyable, ont commencé à allumer des feux partout dans Mantes […] les policiers ont particulièrement bien géré les choses, il n’y a eu aucun blessé, aucun problème. »

Ainsi, Ségolène Royal reprend le discours matraqué par les médias et le gouvernement ces derniers jours qui vise à séparer « les casseurs » des « manifestants pacifiques ». Un discours qui cherche à invisibiliser une autre violence, la violence sociale et politique imposée par ce système. Une violence qui s’exprime notamment par le fait que, dix ans après la crise économique de 2008, en France, certaines franges de la population doivent sauter des repas fautes de moyens. Ou encore, un système qui trie sur le volet les jeunes, cherchant à fermer les portes de l’Université à tous les enfants des classes populaires et aux enfants d’ouvriers, et qui utilise sa police pour les matraquer lorsque ceux-ci osent hausser le ton.

Ségolène Royal a également ajouté « Soyons un peu efficaces et un peu concrets. Ça ne leur a pas fait de mal aussi à ces jeunes, de savoir ce que c’est le maintien de l’ordre, la police, de se tenir tranquilles. Ça leur fera un souvenir. Et vraiment c’est pas mal… c’est pas mal pour leur redonner le sens de la réalité. »
 

La volonté d’encadrer la jeunesse

Rien d’étonnant de la part d’une personnalité politique qui défendait dans sa campagne de 2007 l’encadrement militaire des jeunes récidivistes, ou encore qui se disait « nostalgique » du service militaire. Ce que Ségolène Royal défend, comme la plupart des politiciens bourgeois favorables par exemple au service militaire, c’est l’encadrement de la jeunesse. Une jeunesse qui subit depuis plusieurs années des attaques des différents gouvernements, avec la casse du code du travail et celle de l’Université, qui ont pour effet d’aggraver la précarité de larges franges de la jeunesse, et qui en noircit l’avenir. Les jeunes ont donc toute la légitimité à se révolter, et c’est bien ce que craint ce gouvernement. Lorsque les jeunes rejoignent les mouvements sociaux, ils le font avec une énorme détermination ; c’est ce qui explique que les lycéens qui étaient mobilisés ces derniers jours aient, partout en France, essuyé une répression inouïe (interpellations, tire de flash-ball sur les lycéens, etc ...).
 

Les politiciens bourgeois font bloc derrière la répression

« Il faut voir le contexte et peut-être que grâce à ça des victimes ont été protégées, […] il faut être du côté de ceux qui rétablissent la sécurité, au péril de leur propre vie ». En cela Ségolène Royal réaffirme de quel côté elle se trouve, du côté de ceux qui choisissent la répression. Alors que l’ex-ministre utilise le vernis écologiste pour s’acheter une image progressiste, elle sait à quel camp elle appartient. Celle qui critiquait la posture trop « verticale » d’Emmanuel Macron dans son livre sorti en Novembre, Ce que je peux enfin vous dire, se range aujourd’hui derrière le gouvernement, flairant la crise profonde.

Ce que sentent bien les politiciens bourgeois, c’est qu’entre le gouvernement et la population il ne reste pratiquement plus que les forces de l’ordre. Il est plus que jamais temps pour les lycéens, les étudiants et les salariés de s’organiser pour faire face au gouvernement. 

Crédits : Europe 1/ CNews / Les Echos.




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