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Corée du Sud

Corée du Sud. La droite perd les législatives mais le bipartisme se renforce

L'organisation coréenne March to Socialism revient sur les élections législatives en Corée du Sud qui se sont tenues le 10 avril, où le parti du président Yoon Suk-yeol n'a obtenu qu'un tiers des voix.

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Corée du Sud. La droite perd les législatives mais le bipartisme se renforce

Crédit photo : le président Yoon Suk-yeol en visite au NASA Headquarters / NASA/Aubrey Gemignani, Etats-Unis, Creative Commons

Nous traduisons un article rédigé par l’organisation March to Socialism en Corée du Sud, revenant sur les élections législatives dans le pays.

Les élections législatives qui se sont tenues en Corée du Sud le 10 avril dernier ont porté un important coup au président de droite en exercice, Yoon Suk-yeol. L’opposition de centre-droite, rassemblée autour du Parti Démocrate, a remporté une victoire retentissante en obtenant 62 % des sièges. Le parti conservateur au pouvoir, Pouvoir au Peuple, n’a obtenu que 36% des voix, soit à peine un tiers des sièges.

Si ces derniers n’avaient pas obtenu plus d’un tiers des sièges, l’opposition aurait été alors en mesure d’adopter des lois, des amendements constitutionnels et destituer le président.

La répartition des sièges à la suite de ces élections reflète l’opinion publique de Yoon Suk-yeol, qui stagne à 35 % d’avis positif dans les sondages depuis juillet 2022, trois mois après son entrée en fonction. Le président conservateur mène des politiques ouvertement capitalistes dans de nombreux domaines comme la politique fiscale, la réglementation du marché de l’immobilier ou encore l’emploi. Il a également mené un tournant dans les affaires étrangères en faveur des États-Unis et du Japon, ce qui a entraîné une augmentation des tensions dans la péninsule coréenne. La détérioration des relations avec la Chine a accéléré la baisse de la croissance et l’inflation s’est installée comme poids supplémentaire pour les classes populaires.

Yoon Suk-yeol a été élu sur la base d’une campagne qui promouvait « l’équité et le bon-sens », en critiquant la corruption de la classe politique, mais depuis son investiture, il a fait obstruction aux enquêtes sur les propres dont lui et son épouse sont accusés. Ainsi, il était attendu que ces élections législatives prennent la tournure de l’expression d’un jugement sans appel des masses travailleuses envers le président de droite, et ce fut le cas.

Cependant, le bilan du président de droite a été réalisé de telle manière que les classes populaires et le peuple ont été une fois de plus profondément piégés dans le système bipartisan bourgeois.

Au cours de ces élections, le mécontentement envers le président de droite s’est exprimé par le soutien envers le candidat de centre-droite, alors que deux ans plus tôt, c’était le mécontentement envers le précédent gouvernement de centre-droite qui avait attiré les voix pour Yoon Suk-yeol. Les classes populaires sont enfermées dans une alternance bipartisane qui tourne en rond sans fin. Les partis de droite et de centre-droite ont plusieurs fois alterné au pouvoir, sans que rien ne change. Le parti de centre-droite mène simplement ses politiques pro-capitalistes avec plus de subtilité. Il est également dans l’obligation de mener des politiques en faveur des États-Unis et du Japon, car il est tout aussi subordonné à l’impérialisme Américain, dans un contexte où Les États-Unis font pression en faveur d’une alliance entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud dans la péninsule coréenne, pour contrer la confrontation d’hégémonie grandissante avec la Chine et son alliance avec la Russie et la Corée du Nord. Entre le centre-droite et la droite, il n’existe aucune différence quand il s’agit de piétiner « l’équité et le bon-sens » pour protéger leurs privilèges. A nouveau, c’est parce qu’elles sont enfermées dans la structure politique d’un bipartisme bourgeois et hypocrite que les classes travailleuses ont perdu.

Dans ce contexte, la dépendance des partis réformistes aux forces de centre-droite a contribué à la perpétuation de ce bipartisme bourgeois. Le parti social-démocrate « Parti de la Justice » a perdu les six sièges qu’il détenait auparavant. Le Parti de la Justice joue un double jeu dans ses relations au Parti Démocrate en revendiquant d’être une force indépendante tout en s’alignant au Parti Démocrate pour tracter les voix des électeurs de centre-droite.

Toutefois, lorsque le président de droite a été élu lors de la dernière élection présidentielle avec une marge de 0,7 %, soit moins que les 2,3 % obtenus par le candidat du parti de la justice, les partisans du Parti Démocrate ont estimé que le président de droite avait été élu à cause du Parti de la Justice, et le sentiment s’est répandu parmi les électeurs de ce dernier, expliquant en partie sa chute lors de ces élections. Le Parti de la Justice, qui avait obtenu 9,7 % des voix lors des élections législatives de 2020, n’a recueilli que 2,1 % des voix lors de ces élections et n’a remporté aucun siège. La stratégie du parti, qui consistait à essayer de se développer en restant à la périphérie du Parti démocrate, s’est finalement soldée par une faillite.

D’autre part, le Parti Progressiste nationaliste radical, la tendance dite de la Libération Nationale (LN), a cherché à former une alliance électorale avec le parti démocratique, qui avait été refusée en raison de ses positions sur la Corée du Nord. Cette fois-ci, le parti démocrate a ouvert la voie à une alliance électorale et la LN a répondu à l’appel. Le Parti Progressiste a formé un parti provisoire commun avec le Parti Démocrate pour les élections à la proportionnelle et présente des candidats communs avec le Parti Démocrate dans toutes les circonscriptions. Le parti progressiste remporte ainsi un siège de district et deux sièges à la proportionnelle.

Le Parti Travailliste, le plus petit des partis réformistes, s’est opposé à la coalition avec le Parti Démocrate, sans que cela ait un grand impact sur les élections,ne présentant qu’une poignée de candidats, qui n’ont recueilli que peu de voix.

L’année dernière, la Confédération coréenne des syndicats (KCTU), la centrale nationale du mouvement syndical démocratique, a adopté une nouvelle politique visant à faire des travailleurs une force politique pour la première fois depuis plus d’une décennie. Dans sa nouvelle politique, la KCTU a vivement critiqué le fait que de nombreux cadres syndicaux, anciens et actuels, soient devenus des candidats du parti démocrate ou aient soutenu le parti démocrate, et a explicitement condamné de telles initiatives.

Cette année cependant, le NL, qui a pris le contrôle de l’exécutif de la KCTU, a tenté de faire adopter le soutien officiel de la KCTU à l’alliance électorale entre Parti progressiste et Parti démocrate. Une partie des délégués et des militants de la base ont mené une campagne active contre ce soutien, et la conférence des délégués de la KCTU du 18 mars s’est achevée sans conclusion claire. Bien que de nombreux délégués et militants de base soient opposés à l’alliance électorale avec le Parti Démocrate, ils n’ont pas trouvé de réelle alternative pour une politique d’indépendance de classe. Les socialistes révolutionnaires n’ont pas pu présenter de candidats à cette élection en raison de leur faiblesse organisationnelle. S’il est clair que les élections bourgeoises ne peuvent pas changer le monde, il est également clair que les socialistes révolutionnaires ont la responsabilité de présenter la perspective d’une politique indépendante de la classe ouvrière comme une alternative aux masses et au peuple, même dans l’espace des élections bourgeoises.

Ce n’est que par le biais d’un parti ouvrier en indépendance de classe, doté d’une perspective et d’une stratégie révolutionnaires, que les masses travailleuses et populaires de Corée du Sud pourront se libérer des chaînes du système bipartite bourgeois et commencer à avancer vers un véritable espoir. Les socialistes révolutionnaires sont appelés à relever le défi urgent de combler le fossé entre les tâches qui leur incombent et leurs propres capacités.

C’est dans cette perspective que March to Socialism œuvre à construire un pouvoir politique ouvrier en indépendance de classe, en organisant des campagnes, notamment pour les revendications urgentes des travailleurs en situation irrégulière, comme l’augmentation du salaire minimum et la garantie du droit d’organisation et de grève, pour la grève des femmes pour leurs droits et la libération des femmes et des LGBTQ+, le mouvement pour la justice climatique mené par les travailleurs face à la crise écologique, et le mouvement anti-impérialiste qui commence par la solidarité pour la libération de la Palestine et qui se dirige vers la lutte contre l’escalade militaire et la logique guerrière des alliances États-Unis-Japon-Corée du Sud contre le bloc Chine-Russie-Corée du Nord sur la péninsule coréenne.


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