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Notre classe

Nos vies valent plus que leurs profits

Des millions de masques en stock : réquisition immédiate et distribution gratuite !

Des millions de masques cachés ? C’est le scandale que cherchent actuellement à déminer les patrons de la grande distribution. Un scandale de plus qui démontre s’il le fallait encore qu’il n’est pas possible de laisser nos vies entre les mains des grands capitalistes. Face au déconfinement, lui-même imposée à marche forcée par le gouvernement, il nous faut exiger la réquisition des stocks par l’Etat sans indemnités ni rachat, sous contrôle des autorités sanitaires et des soignants, pour imposer la gratuité des masques !

jeudi 7 mai

Crédits photo : DR / AFP

Après le scandale d’État sur la pénurie de masques créée par les politiques des gouvernements successifs puis l’utilisation de masques par les industries non-essentielles telles que Airbus pour fabriquer des avions, un nouveau scandale implique cette fois la grande distribution (Carrefour, Leclerc, Super U, Intermarché, Auchan, Aldi, Colruyt, Cora, Groupe Casino, Lidl, Netto, Supermarché Match ou encore Système U).

Des PDG de la grande distribution qui déminent le scandale des stocks cachés

Depuis plusieurs jours les grands patrons de la grande distribution sont dans la tourmente. En effet, comment expliquer que des centaines de millions de masques puissent être disponible à la vente au jour du déconfinement ? D’où viennent ces masques ? Ont-ils été stockés au préalable alors même que les soignants en manquaient ? C’est comme cela que se questionne des professionnels de la santé dans un communiqué commun de sept ordres nationaux, publié le 30 avril : « Comment s’expliquer que nos soignants n’aient pas pu être dotés de masques quand on annonce à grand renfort de communication tapageuse des chiffres sidérants de masques vendus au public par certains circuits de distribution ? » s’indignent ces professionnels.

Sous pression, les grands patrons de l’industrie cherchent à se justifier comme l’explique Michel Edouard Leclerc dans son blog : « Sitôt l’autorisation donnée par les pouvoirs publics, chacun a pu lancer ses commandes. Pas de stock caché dans un hangar ! Faut arrêter le délire », cherche-t-il à se défendre. Une autorisation à passer des commandes qui a été donnée par dans une communication du gouvernement du 24 avril. Une argumentation qui ne tient pas quand on sait notamment que Intermarché a précisé à Médiapart que des millions de masques « sont arrivés en France en plusieurs fois entre le 22 avril et le 2 mai ». Signe que des masques sont arrivés en France avant même l’autorisation donnée par le gouvernement.

Pour justifier ces stocks monumentaux, l’autre argument des patrons de la grande distribution arguent la rapidité des commandes. Carrefour détaille « Nous avons mobilisé l’ensemble de nos fournisseurs et procédé à un sourcing avec nos équipes sur place pour trouver les partenaires capables de fournir une réponse rapide ». Ou encore Michel Edouard Leclerc qui explique « [avoir] commandé les masques de manière efficace ».

Des masques en stocks par millions pour la grande distribution, les soignants en manque ?

La question qui est au cœur de cette polémique est : la grande distribution a-t-elle caché des stocks de masques leur permettant de mettre en vente de plus de 500 millions de FFP1 pour le déconfinement (la majorité arriveront en supermarché à partir du 11 mai) alors que les autorités peinent à se réapprovisionner ?

La réponse est oui. C’est Médiapart qui a révélé l’affaire : « « La grande distribution me dit disposer en pratique aujourd’hui de l’équivalent de 5, voire 10 millions de masques » chirurgicaux en stock, a indiqué Olivier Véran, soulignant que l’État en distribuait désormais 45 millions par semaine aux soignants. […] Mais ce chiffre est en contradiction avec les annonces faites par les enseignes. […] Intermarché a précisé samedi 02 mai disposer d’un stock de 50 millions de masques chirurgicaux destinés à être vendus aux particuliers. […] Dominique Schelcher, président de Système U, a annoncé pour sa part sur France Info qu’une « quinzaine de millions de masques chirurgicaux » seraient vendus à partir de lundi, sur une commande de 70. Le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, a dit sur BFMTV qu’il y aurait « 10 millions de masques dans nos magasins » la semaine du 4 mai. Bref, le stock des supermarchés semble dépasser les 65 millions de masques, beaucoup plus que le chiffre annoncé par Olivier Véran. Et des dizaines de millions d’exemplaires supplémentaires vont arriver dans les prochains jours ». Ce qui représente plus de 75 millions de stocks disponibles, ceci comptabilisés uniquement sur les chiffres fournis par trois enseignes alors qu’une quinzaine en proposeront en France.

Ceci alors que les pharmacies et le gouvernement étaient en pénurie jusqu’à la fin avril. Le 19 avril, Édouard Philippe annonçait que « pour la première fois [la France a réussi à] importer plus de masques que ce qu’elle consomme actuellement ». Dans une interview Le Parisien du 02 mai, le ministre de l’économie déclare lui que « jusqu’ici, on déstockait 45 millions de masques par semaine à destination des professionnels de santé. A partir du 11 mai, ce sont 100 millions qui vont leur être distribués gratuitement ». Des stocks très faibles au regard des besoins croissants pour l’ensemble de la population à l’approche du déconfinement, mais aussi pour les soignants qui continuent à en manquer tandis qu’une deuxième vague pourrait arriver prochainement.

Des médecins, infirmier.es, pharmacien.nes et autres corps professionnels en première ligne de la crise sanitaire ont exprimé leur indignation face à ces « chiffres sidérants ». C’est notamment le cas d’un communiqué de l’ordre national des pharmaciens qui dénonce : « Nos soignants de la première ligne ont dû faire face à la pénurie. […] Aujourd’hui, la consternation s’allie au dégoût. Toute guerre a ses profiteurs. C’est malheureusement une loi intangible de nos conflits. Comment s’expliquer que nos soignants n’aient pas pu être dotés de masques quand on annonce à grand renfort de communication tapageuse des chiffres sidérants de masques vendus au public par certains circuits de distribution. Où étaient ces masques quand nos médecins, nos infirmiers, nos pharmaciens, nos chirurgiens-dentistes, nos masseurs-kinésithérapeutes, nos pédicures-podologues, nos sages-femmes mais aussi tous nos personnels en prise directe avec la maladie tremblaient et tombaient chaque matin ? Comment nos patients, notamment les plus fragiles, à qui l’on expliquait jusqu’à hier qu’ils ne pourraient bénéficier d’une protection adaptée, vont-ils comprendre que ce qui n’existait pas hier tombe à profusion aujourd’hui. 100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux ? C’est la surenchère de l’indécence. […] L’heure viendra, nous l’espérons, de rendre des comptes ».

Yorick Berger, secrétaire général du syndicat des pharmaciens de Paris pour France Info a déclaré le 02 mai : « On est plus qu’en flux tendu parce qu’on a des professionnels de santé, des médecins qui viennent et qui nous disent « j’ai besoin de masques » et on en a pas à leur fournir parce qu’on les compte. Et là comme par magie on apprend que la grande distribution en a 400 millions et qu’en plus ils vont pouvoir les vendre alors que nous on nous a interdit de les vendre. On est complètement atterré ».

Et pour cause, pour les soignants au front, il y a toujours des retards de livraison et en conséquence des manques de masque. Delphine Chadoutaud, pharmacienne en témoigne pour LCI le 01 mai : « encore hier et avant-hier je disais à des orthophonistes, à des ostéopathes : « non je n’ai rien pour vous ». Même les soignants qui n’ont pas été prévu dans la dotation d’État vont devoir aller chercher eux-mêmes leurs masques. C’est complètement ubuesque ». Jérôme Marty, médecin et président de l’UMFL, rappelle que 40 personnels soignants sont décédés du Covid-19 jusqu’à aujourd’hui, dont 25 médecins « la moitié environ sont des médecins anesthésiste-réanimateurs et urgentistes, et l’autre moitié des médecins généralistes, en ville » précise Jean-Marcel Mourgues. Mais aussi de nombreux salariés et intérimaires de la grande distribution ou d’usine.

Parallèlement, les ministères de l’économie et de la santé défendent la grande distribution. « Ce sont aujourd’hui 100 millions de masques qui sont importés chaque semaine pour le système de santé. Les volumes annoncés par la grande distribution n’entrent pas en concurrence avec les filières d’approvisionnement du système de santé qui sont gérées directement par Santé publique France et qui ont toujours la priorité », affirme Bercy qui fait semblant de ne pas voir la béance des grandeurs de valeur entre les deux « importations », tout cela au mépris des vies en jeu. Dans le même sens, Olivier Véran justifie ce scandale en disant que : « la grande distribution a annoncé, non pas des stocks de masques, mais des commandes de masques. (...) La grande distribution me dit disposer en pratique aujourd’hui de l’équivalent de cinq, voire dix millions de masques. Donc on est très très loin des 500 millions de masques (...) dont la grande distribution disait disposer ». Ce même ministre qui se serait alors bien gardé de réquisitionner ces fameuses commandes (qu’il a possibilité de faire à durée de 72 heures après la demande). Adrien Taquet, Secrétaire d’État lui affirme lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée ce mardi, où il est âprement interrogé : la vente de masques en grandes surfaces est le fruit de « commandes qui ont été passées il y a de cela plusieurs mois ».

Entre le discours du gouvernement et celui des distributeurs, la contradiction met en exergue le malaise face à ce scandale.

Réquisition et gratuité des masques : transparence sur les stocks et les bons de commandes présents et à venir pour les réquisitionner tous !

L’affaire est grave, les grands distributeurs auraient donc stocké des masques pendant que les soignants en manquaient ? Nombres de chiffres révélés par Médiapart tendent à le confirmer. Cela illustre s’il le fallait encore que les grands patrons n’en veulent que pour leurs profits.

Ce nouveau scandale montre qu’on ne peut laisser notre santé dans la main des capitalistes. C’est ce que montre notamment les mécanismes d’augmentation des prix des masques chirurgicaux multiplié par 10 entre février et mai. C’est ce que pointe l’ensemble des grands médias mettant en exergue la loi de l’offre et de la demande de l’économie libérale qui fait exploser le prix de ces masques en cette période pré-déconfinement. Plus encore, les différentes gammes de produits induisent une différenciation des prix. Certains supermarchés allant jusqu’à vendre leurs masques à l’unité 5€. D’autres vendent leurs masques à l’unité entre 50 et 60 centimes d’euros (le gouvernement ayant plafonné à 95 centimes d’euros le prix du masque), ce qui reviendrait au prix coûtant selon les distributeurs. Au-delà de la belle publicité philanthropique et d’efficacité des grands groupes capitalistes, le stockage, puis la vente des masques représente en réalité une part de marché très juteuse. Comme le rappelle Manuel Bompard, les prix pratiqués avant la crise étaient bien moindres. Une boîte de 50 masques coutait environ 4 euros ; 60 centimes n’est donc pas le prix coûtant mais bien 7 à 8 fois plus chers que les tarifs appliqués avant la crise.

Comme le soulevait nos camarades italiens le fonctionnement et les logiques capitalistes sont les premiers responsables de la gravité de la crise sanitaire : « Comment est-il possible qu’au XXIe siècle, des pays comme la France, l’Italie ou l’Espagne manquent de produits de base tels que les masques, les gels hydro-alcooliques ou les respirateurs artificiels, alors qu’il existe des entreprises dans le monde entier qui pourraient produire des millions de ces produits à l’heure actuelle et qu’il existe des réseaux logistiques développés au niveau international qui pourraient approvisionner des nations entières en quelques jours ? La réponse est que la propriété privée et la concurrence entre grandes entreprises, d’une part, et la concurrence entre États, d’autre part, deviennent des obstacles absolus à la résolution de ces questions élémentaires ». Ce nouveau scandale sur les masques pourrait en être un nouvel exemple frappant.

Il est urgent et vital de réquisitionner tous les masques. En ce sens, les bons de commandes et de livraisons doivent être publiés. Les distributeurs ne doivent plus être en capacité de faire du commerce et du profit sur notre santé. D’autant que d’autres scandales s’agglomèrent : comme par exemple la vente de 50 000 masques non conformes à 20 € les 5 dans un super U de Montpellier. Mais aussi les invectives commerciales qui continuent avec Intermarché notamment qui priorise l’accès à l’achat de leurs masques aux titulaires d’une carte de fidélité.

Plus encore, pour la sécurité sanitaire face au déconfinement, nous demandons la gratuité des masques pour toutes et tous. Pour une famille nombreuse, le budget masques s’élève à 200€ par mois. Et face à cela le gouvernement continue à utiliser les méthodes répressives pour le respect des règles sanitaires notamment avec les 135€ d’amendes pour « non port du masque ». En plus de mettre notre vie en danger, c’est bien les plus précaires d’entre nous, qui ne pourront pas se fournir en masques, à qui s’adressent ces mesures répressives. 135€ d’amendes qui asphyxient d’autant plus la capacité financière d’achat de masques.

Plus que jamais, réquisition des stocks de la grande distribution par l’Etat sous contrôles des autorités sanitaires et des soignants. C’est la seule façon pour nous d’imposer un contrôle sur la qualité des masques mais aussi et surtout leur gratuité pour tous !




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