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Confinement répressif

En France, le confinement a servi « de prétexte au recours illégal à la force » dénonce Amnesty

Dans un rapport datant de fin juin 2020, mais qui reprend les éléments de rapports qui couvrent les 15 dernières années, Amnesty dénonce le "recours illégal à la force" qui se systématise dans les interventions policières. Le confinement en France a ainsi été marqué par de nombreuses violences policières, du tabassage à la violence meurtrière, spécifiquement dans les quartiers populaires.

mercredi 1er juillet

Crédit photo : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

L’orchestre médiatique est resté largement silencieux sur les violences policières durant le confinement, alors que leur nombre s’est considérablement accru sur la période, plutôt courte, des deux mois. Mais la question des violences policières durant le confinement résonne aujourd’hui de manière particulièrement vive avec la mobilisation massive qui secoue les Etats-Unis mais aussi la France dénonçant le racisme d’Etat et les violences policières.

Comme le soulève le rapport d’Amnesty International : « Le contrôle du confinement a été confié aux forces de l’ordre, chargées de vérifier si les personnes se trouvant dans l’espace public sont bien munies d’une attestation dérogatoire justifiant leur sortie. […] En outre, la multiplication de ces contrôles a lieu dans un contexte où Amnesty International dénonçait déjà des cas d’usage illégal de la force par les forces de l’ordre en France, que ce soit dans le contexte de manifestations, ou dans le cadre d’interventions ayant vraisemblablement conduit à des décès. La France a d’ailleurs récemment été condamnée pour un cas d’usage excessif de la force par la Cour européenne des droits de l’homme le 30 avril dernier. La multiplication des interactions entre la police et la population soulèvent donc des inquiétudes légitimes sur le risque de répétition d’usage illégal de la force par des policiers ou des gendarmes. »

Dans la semaine du 8 au 15 avril, par exemple, 5 personnes ont trouvé la mort dans une intervention policière. Sur internet, plusieurs vidéos ont été diffusées qui témoignent du racisme et de la violence des opérations de police, notamment une scène scandaleuse le 26 avril d’un policier insultant et humiliant un homme à l’Île-Saint-Denis « un bicot comme ça, ça nage pas », « tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied ». Le rapport dénonce ainsi des « propos discriminatoires et risques de discriminations sur la base du lieu de résidence ». C’est d’ailleurs sur une sélection de vidéos réalisée par « Evidence Lab » que se base l’analyse d’Amnesty International.

La centralité de cette question des violences policières a été mise en évidence par la mort de George Floyd aux Etats-Unis, qui fait écho à la série de victimes, en France, depuis bientôt 20 ans. Les manifestations massives qui ont suivi montrent qu’elle appartient maintenant aux mobilisations sociales dans leur ensemble et que sa réalité n’est plus réservée aux seuls quartiers populaires : le slogan "tout le monde déteste la police" est en train de se concrétiser en une haine sociale d’ampleur.

Car cette multiplication des faits de brutalité policière, dans la situation instable de crise sanitaire qui a accentué la précarité de nombreuses familles et dans des quartiers où les appartements ne permettent pas de vivre enfermé chez soi, est venue s’ajouter à la violence sociale et économique du quotidien. Au point désormais que la brutalité policière se confond avec la marche ordinaire d’un ordre social qui n’a que la répression à opposer aux inégalités, à la précarité et aux oppositions.

Depuis plusieurs années, de manière visible dans sa gestion des mobilisations sociales et avec les Gilets jaunes, la police a été constituée comme rempart d’une société qui n’a rien à offrir aux exploités et aux plus pauvres. Laissée libre d’agir dans les quartiers durant le confinement, elle est le dernier rouage de la violence sociale diffuse qui agit à tous les niveaux de la société. Révélatrice, en ce sens, de l’atmosphère sociale du temps, la brutalité policière systématisée est un témoin éloquent de l’exacerbation de la lutte des classes.

Si Amnesty dénonce dans son rapport le caractère "illégal" de ces violences récurrentes et notamment leur disproportion, cela révèle aussi la manière dont la bourgeoisie se sent aujourd’hui freinée par un Droit qui appartient à une autre époque : pour corriger cette illégalité, on peut parier qu’elle sera capable de faire passer dans la loi, comme elle l’a fait pour l’état d’urgence, le recours à la brutalité policière pour défendre ses intérêts. Car cette violence n’est pas sporadique mais est structurelle à la police, bras armé de la bourgeoisie chargé de maintenir l’ordre social par la force.

Alors que s’exacerbent la contestation et l’opposition à un gouvernement perçu comme de moins en moins légitime, la brutalité policière montre le vrai visage de la société capitaliste qui, crise sanitaire ou pas, joue toujours avec la vie et la mort des exploités à toutes les échelles. Le confinement répressif montre que le recours à la force physique et à l’intimidation policières s’annonce comme l’instrument privilégié de la survie des intérêts de la classe dominante. La seule chose que promet le gouvernement Macron en France, c’est la société en marche forcée et la soumission de tous aux intérêts du capital, quoi qu’il en coûte.




Mots-clés

Racisme d’État   /    confinement   /    Racisme   /    Violences policières