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Equateur. Victoire du candidat de Correa : Lasso y Pérez se disputent le second tour

Andrés Arauz, le candidat socialiste et dauphin de l’ex-président Rafael Correa - figure de la gauche réformiste latino-américaine- est placé en tête du premier tour des élections équatoriennes ce dimanche. Mais des surprises sont annoncées avec la lutte pour la deuxième place entre le parti indigène Pachakutik et le candidat de droite Guillermo Lasso. Ces élections marquent ainsi un tournant du scénario politique en Equateur.

lundi 8 février

Crédits photo : AFP/RODRIGO BUENDIA

Le possible retour du corréisme s’annonce déjà avec la victoire d’Andrés Arauz de l’ « Unión por la Esperanza » ( l’Union pour l’espoir) dans les élections présidentielles avec 32,21% des votes, mais sans atteindre les 40% pour pouvoir être proclamé président. Néanmoins, la nouvelle qui ressort sur tous les médias est que le candidat du parti indigène Pachakutik, Yaku Pérez, dont tous les sondages le plaçaient fermement en troisième place sans possibilité de passer au deuxième tour, emporte plus de votes (19,79%) que le candidat de droite Guillermo Lasso (19,61%).

Cette élection vient juste à la fin du mandat de Lenin Moreno, du parti Alianza País de droite, qui a été marqué par le plan d’austérité avec le FMI qui avait déclenché des grandes mobilisations fortement réprimées et qui se finit par une très mauvaise gestion de la pandémie, dont les images des cadavres qui trainaient dans les rues ont fait le tour du monde.

La campagne électorale s’est donc déroulée sous le signe d’une pandémie qui a fortement frappé le pays. En Equateur, le mois de janvier a comptabilisé 38 000 nouveaux cas de Covid-19, soit le double du mois d’avant, montrant l’échec de la gestion autoritaire de la crise sanitaire par Moreno. Dans des élections marquées par la déception par la gauche de Correa et l’autoritarisme et néolibéralisme de son successeur, Moreno, aucun des candidats n’étaient suffisamment bien placés pour gagner dès le premier tour.

Les élections marquent une grande défaite pour la droite équatorienne et un rejet du projet néolibéral

La victoire du premier tour par le candidat de Correa et l’arrivée en troisième place par le candidat de droite, Lasso, marquent un changement du scénario politique de l’Équateur.

D’une part, les élections marquent le rejet ferme du projet néolibéral et pro-impérialiste qu’a mis en place Lenin Moreno. En effet, la candidate du parti de Moreno n’a obtenu que 2% des scrutins. Mais ce rejet va au-delà de Moreno, c’est un rejet du projet que propose la droite en elle-même vu le positionnement du candidat Lasso. Avec une tendance très similaire à celle de Moreno, les équatoriens craignent aussi le retour à la crise de la dollarisation - maintenue après par Correa et sa "Révolution Citoyenne" - qui avait approfondi le retard économique du pays et ses liens de dépendance. Une période où Lasso avait été désigné comme gouverneur de la Province de Guayas puis « superministre » de l’économie par l’ancien président Jamil Mahuad.

Le possible retour du corréisme marqué par une grande fragilité

Après la grande promesse du retour du corréisme suite à la trahison du Vice-président de Correa, Moreno, avec son virage à droite, la victoire partielle de son candidat pourrait bien confirmer cette possibilité. Mais le résultat des élections et le passage au deuxième tour montrent que ce possible retour reste très fragile.

Un autre élément de la fragilité du candidat Arauz est la grande surprise des élections avec l’arrivée en deuxième position candidat du parti indigéniste, alors que les derniers sondages prévoyaient un deuxième tour entre Arauz et Lasso, soit entre le retour du projet de la "Révolution citoyenne" de Correa versus la continuité du projet néolibéral de Moreno.

En effet, Yaku Pérez du parti indigéniste s’est posé comme représentant du mouvement populaire d’octobre 2019, de la lutte pour les droits des indigènes et l’environnement et de la lutte contre la corruption. Il s’est présenté ainsi comme une alternative à gauche, un certain "ni Moreno ni Correa". Une menace qui avait bouleversé déjà Correa qui reste très conservateur et qui avait accusé Perez de défendre le droit à l’avortement : « Là, on ne parle pas d’avortement en cas de viol, on parle d’avortement par hédonisme, s’est indigné M. Correa. Je tombe enceinte parce que j’ai opté pour une vie sexuelle frénétique sans contraception. Et trois ou quatre mois plus tard, eh bien je me défais de l’enfant. » Une déclaration par ailleurs fausse car Pérez ne défend que la dépensalisation de l’avortement qu’en cas de viol mais qui, en plus, ne joue pas à sa faveur vu la marée verte qui traverse l’Amérique Latine notamment chez les jeunes.

Néanmoins, sous l’image d’un candidat assez "progressiste", l’orientation économique de Pérez coïncide beaucoup avec celle du candidat Lasso, qu’il avait soutenu dans les élections en 2017, comme opposant à Correa.

L’émergence de ce nouveau candidat pose ainsi un problème pour Arauz car il sera plus difficile de se démarquer de cette nouvelle tête. Tout le discours progressiste sur lequel Rafael Correa avait compté pour gagner les classes populaires, se retrouve en danger suite à la figure de Yaku qui compte, comme le signale l’analyste Jorge Ortiz, ce résultat "ne s’explique pas seulement avec le vote indigène et écologiste ; évidemment qu’il y a une composante importante de vote du secteur urbain et ce vote correspond à des jeunes » ].

L’Équateur suit la tendance du virage à gauche de l’Amérique Latine

L’équateur traverse une situation sanitaire et socioéconomique dramatique et les élections permettent de confirmer la tendance latino-américaine en réponse à celle-ci.

L’Equateur fait partie des plusieurs pays d’Amérique Latine qui, après avoir été gouvernés par des partis dits “progressistes”, ont connu un virage à droite comme au Brésil avec Bolsonaro ou même dans l’Argentine avec Macri. Mais la crise des partis de droite et leurs projets néolibéraux qui s’est accélérée pendant cette période de crise a provoqué de nombreuses révoltes comme on l’a vu au Chili ou au Pérou. Cependant elle a eu aussi pour conséquence un retour des partis de la gauche réformiste.

La retour du corréisme est donc possible mais ce qu’il faut comprendre c’est que l’Equateur se retrouve dans de mauvaises conditions économiques à cause, en partie de dettes acquises pendant le gouvernement de Correa jusqu’à celui de Moreno, sans compter la crise sanitaire qui a fait plonger de 10% le PIB en 2020.

Donc la possible victoire de Arauz ne veut pas dire la fin des maux que vivent les Équatoriens car son mandat sera certainement marqué par des coupes budgétaires et des ajustements économiques pour maintenir le bénéfice du grand patronat, mais cette fois-ci elle sera peut-être moins bien tolérée par la population. Quoi qu’il en soit, ces élections montrent que les révoltes de 2019 et la gestion criminelle de la pandémie par Moreno, ouvrent une nouvelle situation politique qui pourrait ouvrir, de part sa fragilité et instabilité, une tendance à des situations de fortes tensions et de luttes.




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