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Du Pain et des Roses

Précarité menstruelle

Face à la colère des jeunes, Vidal cède sur la gratuité des protections périodiques

La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé que dès la rentrée, les étudiantes pourraient bénéficier de protections périodiques gratuites. Une revendication de longue date des organisations féministes et étudiantes que le gouvernement a choisi de récupérer dans une période de précarité accrue et de colère étudiante.

vendredi 26 février

Crédit photo : FABRIKACR VIA GETTY IMAGES

Alors que la colère contre la ministre de l’enseignement supérieur gronde au sein des universités, suite à l’annonce d’une enquête visant à surveiller "l’islamo - gauchisme qui gangrène l’université" Fréderique Vidal, après des longs mois de mépris envers les problématiques étudiantes tente de se refaire une popularité. Ce mardi 23 février, lors d’une rencontre à Poitiers avec des étudiants, la ministre à annoncé qu’à partir de la rentrée prochaine, des protections périodiques seraient à disposition gratuitement dans les universités. Elle a ainsi indiqué que 1 500 distributeurs seraient installés dans les résidences universitaires des Crous et les services de santé universitaires. Une mesure qui fait écho à une revendication de longue date du mouvement féministe mais aussi d’une partie des organisations étudiantes.

La gratuité des protections périodiques : une revendication de longue date du mouvement féministe

La gratuité des protections hygiéniques est une revendication de longue date du mouvement féministe, tandis que l’installation de distributeurs au sein des facs a été longtemps portée par différentes organisations du mouvement étudiant. Depuis de nombreuses années, la précarité menstruelle subie par les étudiantes a en effet été mise en lumière. En mars 2019, l’IFOP affirmait ainsi que 1,7 millions de femmes, en France, ne pouvaient pas se procurer des protections périodes en quantité suffisantes pour leurs règles.

Toutefois, avec la situation matérielle de la jeunesse qui s’est aggravée au cours de la crise sanitaire, cette précarité menstruelle s’est également démultipliée. Le 8 février dernier, la FAGE, l’ANESF et l’AFEP publiaient une étude concernant la précarité menstruelle chez les étudiantes. Selon celle-ci, plus d’une étudiante sur dix déclare avoir déjà dû choisir entre l’achat de protections menstruelles et un autre objet de première nécessité. Un tiers d’entre elles n’a pas les moyens de se les payer, une sur dix est obligée de fabriquer ses protections elle-même, et une sur vingt dans l’obligation d’utiliser du papier toilette. L’étude recueille également plusieurs témoignages. À la question : « Que feriez-vous avec l’argent dépensé dans les protections si vous n’aviez pas à en acheter ? », une étudiante atteste : « Je mangerais à ma faim ». Une autre répond « Payer le loyer ou la fac sans être angoissée à chaque fin de mois »..

De fait, plus largement, la jeunesse a été, depuis un an, victime de pertes d’emplois ou au contraire de cadences infernales, et se heurte à un marché du travail plus bouché que jamais. À l’issue du premier confinement, un tiers des jeunes affirmait avoir dû renoncer à des soins pour des raisons financières.

Dans ce cadre, la redécouverte (tardive) par le gouvernement de la question des protections périodiques gratuites apparaît comme un moyen d’afficher une volonté de répondre à cette situation, en se parant dans le même temps des apparats du féminisme. En ce sens les déclarations de Stanislas Guerini, porte-parole de LREM selon lequel « la gratuité des protections périodiques pour les étudiantes, une mesure portée par les @JeunesMacron et un premier grand pas pour lutter contre la précarité menstruelle’’. Merci à @VidalFrederique de la mettre en œuvre » apparaissent bien hypocrites. Loin d’être prise de gaité de cœur, la décision du gouvernement constitue de fait une tentative de calmer la colère de la jeunesse.

Une tentative pour calmer la colère de la jeunesse ?

La mesure annoncée par le gouvernement émerge dans un contexte où s’accumule la colère dans la jeunesse face à la précarité et l’islement du fait de la fermeture des facs. De plus, les annonces concernant l’islamo-gauchisme à l’université, qui a provoqué une colère importante chez les étudiants et les enseignants sont venus déligitimer la ministre de l’enseignement supérieur, reprise par le CNRS et la conférence des présidents d’universités . Si cette mesure était réellement mise en place il s’agirait évidemment d’une bonne nouvelle. Toutefois, il conviendra d’abord de s’assurer de la mise en place du dispositif, dont il est légitime de douter quand on voit quelle a été la réalité des « repas à 1 euros » tant vantés par la Ministre. En effet, les annonces de la ministre viennent se cogner systématiquement au manque de moyens à l’université qui sont le résultat des réformes précarisantes du gouvernement.

Surtout, la mise en place d’une telle mesure ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt de la misère étudiante. Cette annonce est avant tout une mesure qui permet à Vidal de masquer le manque de moyen à l’université derrière des distributions de protections hygièniques. A l’heure où les étudiants s’agglutinent devant les banques alimentaires, qu’ils crèvent de faim et d’angoisse, l’heure n’est pas à des mesures dérisoires. Vidal et le gouvernement, donnent des milliards d’euros aux grandes entreprises et laissent les étudiants dans la misère. L’heure est à la revendication, en urgence, d’un revenu étudiant à hauteur du SMIC financé par les grandes fortunes. Les capitalistes doivent payer la crise !




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