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Politique

Réformes Blanquer

Grève dans l’Education : 0/20 pour le bon élève de la macronie

La nouvelle journée de grève ce jeudi 4 avril a été très forte avec des taux de grévistes pouvant atteindre 70% dans certains départements dans le primaire, à la pointe de la mobilisation. La vague de contestation sans précédent dans l'Education nationale s'intensifie contre ce ministre de l'Education Nationale alors que les enseignants continuent à lutter contre la réforme du lycée.

jeudi 4 avril

Les enseignants défient « l’école de la confiance » de Blanquer, offensive générale contre l’école

Depuis deux ans, Jean-Michel Blanquer avançait ses réformes petit à petit de la maternelle au supérieur sans rencontrer beaucoup d’obstacles. Jouant sur la séduction d’une partie du corps enseignant (dédoublement des classes de CP et CE1, prime plus importante en REP+), aujourd’hui son masque réactionnaire et autoritaire tombe et la colère est très forte à tous les étages dans l’éducation notamment dans le primaire mais aussi dans les lycées.

Le Snuipp annonce des taux de grévistes extrêmement élevés dans certains départements. A Paris, un tiers des écoles sont fermées. « Sur 656 écoles, 230 seront fermées et nous estimons à 70 % le pourcentage de grévistes au sein de notre académie », assène Jérôme Lambert secrétaire général du Snuipp-FSU Paris. Ils sont 60% dans les Hauts-de-Seine, l’Ardèche ou du côté de Clermont-Ferrand. A Toulouse ou à Nantes, la mobilisation est forte avec 40% d’instits grévistes.

Il s’agit d’un mouvement de grève sans précédent selon le syndicaliste contre la réforme appelée « l’école de la confiance » qui touche principalement le primaire. Deux éléments principaux soulèvent les enseignants dans le primaire : l’instruction obligatoire à partir de 3 ans qui n’est autre qu’un cadeau au privé puisque les communes devront financer les écoles maternelles ; les « établissements de savoirs fondamentaux » regroupant les écoles primaires et collège de secteur ainsi que la suppression des directeurs d’école. Les principaux des collèges deviendront les supérieurs hiérarchiques des instits sans aucune connaissance du métier.

Dans le secondaire, les enseignants se sont mobilisés aussi sur la réforme du lycée dont l’application est prévue pour la rentrée prochaine mais aussi sur la question des moyens.
Cela fait plusieurs mois que les enseignants des lycées utilisent tous les moyens d’action possibles contre la réforme du lycée, vaste offensive néolibérale contre le lycée général et professionnel : grèves, blocages, boycott des conseils de classe, démission des professeurs principaux dans plus de 600 lycées, attribution de 20/20 pour saboter Parcoursup...

En effet, les contours concrets de la réforme du lycée se sont précisés cette année. La « liberté de choix » de la carte d’enseignement des élèves se réduit à peau de chagrin : limitation des spécialités offertes aux élèves dans les établissements, places limitées, sélection accrue selon les notes.

A cela s’ajoute la réforme du lycée professionnel qui réduit drastiquement l’enseignement des matières générales et réduit les fonctions des enseignants de lettres-histoire à des « cours de CV ». Des réductions d’heures de cours qui vont avec des postes qui sautent. Selon Blanquer, les élèves du professionnel n’ont pas à s’instruire mais doivent être soumis encore plus à l’exploitation patronale : augmentation des temps de stages non rémunérés ; offres de formations davantage liées aux besoins du marché.

Les enseignants ont le soutien massif des parents. Le samedi 30 mars qui a regroupé enseignants et parents d’élèves a été une manifestation très réussie, dynamique et combattante. La semaine, les enseignants tractent avec eux devant les écoles, dans les boîtes aux lettres du quartier et organisent des rassemblements.

Bref les contours des réformes néolibérales de Blanquer sont clairs pour tout le monde : Détruire l’école publique et faire des cadeaux au privé et aux patrons.

Le tout répressif ne nous fera pas taire

Pour museler la parole des enseignants, la loi instaure « la notion d’exemplarité » laquelle n’est autre que l’interdiction de l’expression publique sur l’école, y compris en dehors des établissements, de la part des enseignants. Blanquer cherche ici à imposer une clause déontologique qui pourra permettre de révoquer les enseignants un peu trop critiques envers les politiques néolibérales de l’école de la confiance. Le projet ultime de l’école que Blanquer prépare étant une école où les établissements sont autonomes et recrutent leurs enseignants, il est urgent de son point de vue de doter les chefs d’établissements de tout l’arsenal juridique pour imposer le silence aux enseignants.

Sophie Carrouge, professeur de français dans un lycée de Dijon, a déjà fait les frais de cette volonté ministérielle de museler les professeurs. Sa réaction, sous la forme d’une tribune intitulée « le grand chef blanc a parlé », à l’intervention d’Emmanuel Macron du 10 décembre face à la colère des Gilets Jaunes, lui a valu la convocation de son rectorat, 10 jours plus tard. « Un fonctionnaire ne doit pas critiquer sa hiérarchie et l’Etat employeur » lui assène-t-on alors.

Dans la manifestation parisienne, les enseignants du collège République à Bobigny en Seine-Saint-Denis tenaient un point fixe parce que quatre collègues militants syndicaux sont sous le coup de mutations forcées et procédures disciplinaires. Engagés contre toutes les réformes Blanquer, ces enseignants sont connus pour défendre l’Education publique. Il s’agit évidemment d’une attaque fondamentale de la liberté d’expression et une entrave à la liberté syndicale. Plusieurs organisations syndicales enseignantes (SUD, FSU, CGT, FO) se joignent aux enseignants du collège pour exiger l’arrêt immédiat des poursuites.

Comme l’indique le communiqué, les attaques contre ces délégué-e-s syndicaux-ales sont perpétrées dans un contexte d’ensemble marqué par le tout-répressif : Projet de loi dit de « l’école de la confiance » qui, avec son article 1, cherche à entraver la liberté d’expression et interdire toute résistance ; loi dite « anti-casseurs » remettant en cause le droit démocratique de manifester.
Ces attaques interviennent justement au moment où les personnels sont mobilisés et appellent à la grève dans le but d’obtenir le retrait de ce projet de loi ainsi que l’abrogation des réformes Blanquer du baccalauréat, des lycées et de Parcoursup ainsi que de la loi Blanquer.

Le rectorat de Paris menaçait de sanctionner les enseignants qui refusent de faire passer les évaluations nationales voulues par le ministère pour protester contre les réformes. Jérôme Lambert a revendiqué « une victoire intersyndicale », en affirmant que le rectorat de Paris ne sanctionnerait finalement les enseignants opposés aux évaluations voulues par le ministère « que d’un rappel à l’ordre oral ».

Blanquer nous méprise, la lutte continue

Selon Blanquer, si les enseignants sont mobilisés c’est parce qu’il n’ont rien compris aux réformes et font face à un festival de bobards basé sur des intoxications. cette semaine Blanquer adressait une lettre aux enseignants et directeurs d’école mercredi pour tenter de déminer la situation. Il promet notamment de maintenir les directeurs d’écoles. Dans ce même courrier il insiste encore sur le fait que l’école de la confiance a donné lieu à « des erreurs d’interprétation ».

Blanquer peut toujours faire son blabla, les enseignants ignares eux continuent de s’organiser.
Les Assemblées générales, à la base, proposent un calendrier qui d’ores et déjà déborde celui des directions syndicales. Les revendications des enseignants, en plus du retrait de toutes les réformes Blanquer, réclament aussi des augmentations salariales, le retrait de la 2e heure supplémentaire imposée, la baisse des effectifs par classe dont les seuils ne cessent d’augmenter. Ce jeudi matin, l’Assemblée générale parisienne des enseignants du primaire a rassemblé 450 personnes. « Face au bulldozer Blanquer, il faut créer notre propre rouleau compresseur », conclut une enseignante à l’AG. Les enseignants veulent « tenir jusqu’à mai », quand le projet de loi du ministre de l’Education arrivera au Sénat, sans s’arrêter à des grèves perlées qui ne permettent pas de construire un véritable rapport de force.

C’est pourquoi pour continuer la bataille contre les réformes Blanquer, des actions en lien avec les parents sont envisagés comme l’école morte (les élèves ne vont pas à l’école), des occupations administratives (occupations des bureaux des directeurs par les parents) ou encore des manifestations festives le week-end.

L’Assemblée générale Ile-de-France premier et Second degrés qui s’est tenue après la manifestation parisienne appelle également à une nouvelle journée de grève et de mobilisation mardi prochain.




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