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Politique

Violences policières

"Il n’existe pas de racisme systémique" : Macron veut relégitimer la police

Ce dimanche, Macron donnait une interview au Figaro sur le thème du Beauvau de la sécurité. Entre autres déclarations choc attendues dans un journal de droite, il affirmait qu'il n'existe pas de « violence systémique » ni de « racisme systémique » dans la police.

lundi 19 avril

Crédits photo : AFP/Eric Feferberg

Retraçons le contexte. En novembre dernier, le débat autour de l’article 24 de la loi sécurité globale, lequel prévoyait l’illégalité de filmer des forces de l’ordre en fonction – et donc en creux l’illégalité de montrer la violence policière – se voit éclairer par une affaire qui va secouer l’opinion publique. Michel Zecler, un producteur de musique noir se fait interpeller et violemment passé à tabac alors qu’il rentre à son studio. Les policiers optent pour un rapport trafiqué de toute pièce, qui place Michel Zecler en agresseur, et vont même jusqu’à affirmer que c’est ce dernier qui tente en premier de les frapper ! L’histoire se serait finie ici si une caméra n’avait filmé l’agression, invalidant totalement cette version. Les faits, d’une violence inouïe émeuvent une large partie de la société française et offre un exemple-type de violence policière.

Poussé par ce cas de flagrant délit de ses forces de l’ordre, Macron annonce un « Beauvau » de la sécurité pour « consolider » les liens de la police avec la population, et ira même jusqu’à se risquer à parler, dans une interview donnée à Brut, de « contrôles au faciès » et de « violences policières ». Ces descriptions – euphémique pour la dernière, au vu des violences qu’a subies M. Zecler – ne va pas passer avec la police. Au programme de la riposte du syndicat Alliance face à ces propos, opérations de « non-contrôles au faciès », ou envoi de cartes postales de soutien signées par la population en soutien à la police à Macron.

Ces affirmations de Macron sont en total décalage avec la réalité, et qui s’est frotté aux manifestations le sait instantanément. Pour les autres, il suffira de se pencher sur les faits de ces dernières années. Les meurtres de Adama Traoré, Babacar Gueye, Gaye Camara, Maëva Coldeboeuf, Allan Lambin, Zined Redouane ou même encore ce mois-ci à Nanterre. Si l’aspect massif de ces attaques ne convaincrait pas quelqu’un pour rendre cette violence et ce racisme systémiques, on pourrait alors se pencher sur l’impunité totale de ces faits. Des affaires citées, seuls les assassins de Maëva Coldeboeuf auront une peine, et de douze mois avec sursis seulement.

Enfin, comme dans tout, le plus efficace reste encore d’écouter les propos des principaux intéressés : entre ce policier qui admet lui-même sentir le besoin d’étrangler des gens dans son travail, ou ce policier noir qui découvrait avec horreur ce que ses collègues pensaient de lui sur une conversation whatsapp. Et ici encore, l’impunité est la règle, puisque personne sur le plateau ne réagira à ces déclarations de l’avocat, et qu’aucune mesure ne sera prise par la hiérarchie pour fermer cette discussion whatsapp.

Si Macron tiens ces propos aujourd’hui, c’est pour plusieurs raisons. Premièrement, et c’est le cas de tout l’interview donné au Figaro, il s’agit d’aller draguer la droite et l’extrême droite, en agitant la question sécuritaire et en montrant son soutien à la police, deux thèmes historique important pour ce camp politique. Ensuite, et de manière plus importante, il s’agit de relégitimer la police aux yeux de l’opinion publique. Nous l’avons vu plus tôt, le Beauvau de la Sécurité, dans lequel s’inscrit ces déclarations, n’as été envisagé qu dans un contexte très tendu. Face à une police qui antagonise de jour en jour la population, en arrachant des mains, en assassinant à répétition, en cassant du matériel de journaliste (quand elle n’est pas occupée à faire des perquisitions de fraise tagada), il s’agit de redorer leur image. Et pour cela, dans la droite lignée de l’article 24 de la loi sécurité globale, quoi de mieux que de nier purement et simplement les violences policières ?

Enfin, et c’est là une logique contradictoire, ces déclarations surviennent juste après avoir accepté les conditions scandaleuses du syndicat alliance pour participer au Beauvau de la sécurité. Après Castaner qui assurait en 2019 que l’infamante réforme des retraites ne toucherait pas les policiers, Darmanin leur promet une gratuité de tous les trains en France, et ce qu’il soit en fonction ou non. Dans cette même logique, les déclarations de Macron ont pour but de s’assurer le soutien de la police, qui as été d’une importance pour le pouvoir capitale lors des mouvements des gilets jaunes, et qui risque bien de le redevenir avec la crise sanitaire et économique qui se profile.

Face à un gouvernement qui montre de plus en plus qu’il n’envisage que la matraque pour gouverner, il devient urgent de se battre dans des rassemblements larges ; contre leurs mensonges et leurs violences, pour la justice et la vérité.




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