D’après une information de RTL, « le mail transmettant les consignes des magistrats n’a pas été envoyé », permettant de fait à Alexandre Benalla et Vincent Crase de pouvoir échanger tranquillement pendant plus d’une heure, le jour de leur placement en détention, le 19 février dernier.

Une source proche du dossier a qualifié la situation « d’ubuesque » alors que les deux hommes étaient justement convoqués suite aux révélations de Mediapart pour s’être rencontrés le 26 juillet dernier, violant sans le moindre état d’âme leur contrôle judiciaire, quatre jours seulement après leur mise en examen. Placés dans un box commun habituellement réservé aux entretiens avec les avocats, les deux amis ont pu discuter librement alors que leur interdiction de communiquer n’a pas été spécifiée. Un « cafouillage » qui pose sérieusement question.

Une largesse, une de plus, pour une justice à deux vitesses

Alors que l’affaire Benalla aux multiples rebondissements, qui a contribué à affaiblir l’exécutif depuis l’été dernier est une véritable affaire d’État, cette « bourde » qui a offert sur un plateau une bonne heure de discussions au duo Benalla/Crase laisse pantois.

Une nouvelle démonstration de cette justice de classe, quand on voit la répression judiciaire féroce qui s’exerce contre les gilets jaunes. Il aura en effet fallu attendre 7 mois pour que Benalla, barbouze notoire qui avait usurpé la profession de policier en violentant des manifestants avec un brassard « police » se retrouve en détention provisoire. A côté de cela, Christophe Dettinger qui était pourtant venu spontanément se rendre à la police après avoir défendu une femme gilet jaune à terre face à la violence des forces de l’ordre (« c’est comme si dans le métro je voyais une dame agressée par dix personnes. C’est une réaction normale ») avait été directement placé en détention provisoire. Un deux poids deux mesures alors que Benalla et Crase, après seulement une semaine de détention ont obtenu une remise en liberté malgré les innombrables griefs énoncés plus haut qui pèsent contre eux.

Dans une note, Rémy Heitz, procureur de la république de Paris, préconise de garder à vue les gilets jaunes interpellés jusqu’à la fin de la journée ou jusqu’au dimanche matin, même s’ils ne sont reconnus coupables d’aucun chef d’inculpation. La note précise aussi qu’il faut inscrire les gilets jaunes interpellés sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires même si ces derniers n’ont pas de poursuite judiciaire à leur sortie de garde à vue.

Alors que Benalla et Crase, proches du pouvoir, discutent librement dans le même box avant leur comparution, ceux d’en bas, les secteurs de la population qui se battent pour obtenir plus de justice sociale sont muselés par un gouvernement, usant à grand recours de tout l’arsenal législatif et juridique.