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Jeunesse

Blocage des E3C

Interview d’une lycéenne mobilisée à Aubervilliers : "On a le droit d’espérer une société meilleure"

Devant le collège lycée Henry Wallon à Aubervilliers, où dès7 heures du matin des lycéens ont bloqué la tenue des E3C, nous avons rencontré une élève de 1ère, Lorelle, qui nous raconte pourquoi ils ont décidés ce blocage.

mardi 4 février

Revolution Permanente : Vous bloquez votre lycée ce matin pour protester contre la tenue des E3C, depuis quelle heure êtes vous-là ?

Lorelle : Moi j’y suis depuis 7 heures, beaucoup sont arrivés à 7 h 20. Hier on a déjà fait une manifestation. On a passé toute la matinée devant le lycée pour convaincre les gens de ne pas aller composer, même si on ne les empêche pas de passer. Là, on est un peu moins nombreux parce que la proviseure a appelé les parents et a essayé de monter les parents contre leurs enfants en expliquant que les enfants avaient fait des blocus, qu’ils risquaient des sanctions donc les élèves qui ne sont pas soutenus par leurs parents n’ont pas pu venir manifester aujourd’hui, alors que plus nombreux on est, plus on a de chance de reporter les E3C. Donc la proviseure monte les parents contre les enfants au lieu de nous soutenir.

RP : Tu me disais que tu trouvais injuste la tenue de ces épreuves ? Pourquoi ?

Lorelle : Oui parce que nos professeurs sont en grève, et ils ont le droit d’être en grève. Mais le problème c’est que ça a des répercussions et pour soutenir nos professeurs on doit pouvoir aménager les horaires. En plus, les E3C peuvent être tenus jusqu’en mars, donc les épreuves peuvent être reportés après les vacances, c’est ce que beaucoup de lycées vont faire. On veut montrer notre soutient à nos professeurs et montrer aussi qu’on a le droit de manifester et d’étudier à côté. Nos professeurs de langues n’ont pas été présents depuis la rentrée de janvier, à cause des grèves et de professeurs malades non remplacés. Et donc aujourd’hui c’est les épreuves de langue et on est pas prêt du tout Beaucoup d’élèves sont dans un état de stress et d’angoisse permanent, d’autant plus avec l’instauration du contrôle continue. Ce qui fait qu’on a besoin du report des E3C, on a besoin des deux semaines de vacances pour réviser et se préparer. En plus, la semaine dernière on avait déjà le bac blanc, donc a passé cette semaine a le révisé, la méthode et les oraux et pas les E3C. Pour certains, il y a un vrai malaise avec toutes ces épreuves qui s’enchainent sans organisation, ou sans que les rythme ne soient pensés pour que ça se passe le mieux possible pour nous. Réviser dans des conditions pareilles c’est simplement apprendre par cœur, recracher et c’est pas ça le but. L’éducation c’est sensé nous apprendre des choses, nous éduquer on devrait pas apprendre par cœur des textes et recracher sur une feuille de papier quelque chose qu’on aura oublié dans deux semaines.

RP : Tu disais que les professeurs avaient été en grève contre la réforme des retraites. Est-ce que toi tu vois un lien entre cette mobilisation, la réforme du bac et le blocage de ce matin ?

Lorelle : C’est certain que la mobilisation des adultes nous a influencée. Voir que des gens se battent pour leur retraite, pour leurs droits d’un côté ça nous inspire vachement et ça donne la motivation On se dit, si eux peuvent le faire, si eux défendent leurs droits alors que certains ont 30 ans et que la retraite c’est dans longtemps pour eux. Si eux peuvent le faire on peut le faire aussi. Les mobilisations pour le climat aussi nous ont inspiré. Les gens, les jeunes qui marchent dans la rue, pour défendre une cause à laquelle ils croient. On se rend compte que même si on est jeune, même si notre parole a moins de valeur que celle des adultes, c’est pas une raison pour se taire, on a le droit d’avoir un avis, une opinion. On a le droit d’espérer une société meilleure et des meilleures conditions de vie.

RP : Tu me parlais également du fait qu’on est ici à Aubervilliers, banlieue du 93 ; et que les modalités même des E3C, tout comme de Parcoursup étaient profondément inégalitaires.

Lorelle : Oui, comme c’est un bac local, qu’il n’y a pas de correction nationale. On est corrigé par nos professeurs dans le lycée même, il n’y a pas de sujet national ça fait que notre bac a moins de valeur qu’un bac de Paris par exemple. Même si on travaille beaucoup, qu’on a des bonnes notes, les gens diront « un 18 à Aubervilliers ça vaut pas un 13 dans le seizième arrondissement ». Quand on est à Aubervilliers les gens considèrent qu’on est des personnes moins bonnes, moins concentrées parce qu’on est plus pauvres, nos parents ils ont pas tous le bac, c’est peut-être des ouvriers, peut-être qu’ils font les ménages, nos parents c’est personnes qui travaillent un peu partout. Comme on n’a pas beaucoup d’argent, les gens font l’amalgame entre pauvreté et inculture. Nous on veut prouver que même si on vit à Aubervilliers, que c’est pas beau, que c’est sale, que les gens sont pauvres, on peut travailler, on peut avoir des mentions, on peut avoir un avenir. Il y a plein d’élèves qui ont une force, un courage ici qui n’est pas le même qu’ailleurs. On a tous une vie différente et ce bagage il devrait pas être dévalorisé. Avec cette réforme notre bac a moins de valeur, alors que tout ce qu’on nous demande c’est de faire du par cœur et de recracher des cours. Alors nous on comprend pas pourquoi on aurait moins de chance de départ alors que les lycéens des beaux quartiers ont l’avenir devant et que nous on est privé de cet avenir.




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