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Services publics et lutte contre les privatisations

La Poste : grève illimitée en Normandie

Léo Serge

mercredi 8 juillet 2015

En grève depuis déjà plus de deux semaines, une cinquantaine de facteurs normands luttent contre une nouvelle réorganisation qui s’accompagne d’une réduction d’effectifs. Vendredi 3 juillet, en pleine négociation, les grévistes ont appris que leur direction veut casser la grève en faisant appel à des taxis pour assurer la distribution du courrier.

Les facteurs de trois bureaux de poste du département de l’Eure (Louviers, Val-de-Reuil et Alizay) sont en grève reconductible depuis le 22 juin, pour protester contre la réorganisation des tournées. C’est une grève très majoritaire avec 50 grévistes qui représentent à peu près 85 % du personnel, hors CDD ou intérimaires. C’est une première dans ce département tandis qu’il y a quelques mois à peine, un mouvement similaire des postiers de la Basse-Normandie a obtenu une victoire par le maintien de la pause méridienne. De quoi sûrement avoir donné des idées aux collèges des départements avoisinants.

Grâce à un mail que Médiapart s’est procuré, les grévistes ont appris que la direction envisageait de faire appel à des taxis – qui ne sont pas assermentés – pour distribuer le courrier, car la grève dure. Les attaques de la direction dans cette région sont particulièrement vives avec la disparition de 8 postes de travail, et de 8 tournées de distribution du courrier sur 59. Concrètement la nouvelle organisation dite « tournée sacoche » rallonge considérablement la durée de travail obligeant les facteurs à passer au mieux huit à dix heures dehors. De plus c’est une organisation fragmentée et débilitante qui empêche les moments collectifs, le facteur ne croisant plus personne. Le travail en équipe devient impossible. Il s’agit donc d’une réorganisation qui cherche à faire des économies mais aussi à empêcher toute lutte syndicale et collective.

Selon une expertise commandée par le Comité d’Entreprise (CE), la réorganisation prévue en Normandie est « d’une ampleur rare ». Équipes réduites, temps de travail allongé, des sacoches plus lourdes et une exposition plus longue au froid, au chaud, la plupart des facteurs circulant en vélo. Les salariés ont d’ailleurs attaqué leur direction, le référé étant prévu pour le 16 septembre prochain.

Pour les grévistes, cette réorganisation, la quatrième en dix ans, est celle de trop. Car ils n’ont pas de doute sur son objectif final. Cette fragmentation du travail est destinée, à terme, à sous-traiter toute la partie distribution. Djamel Larbi de Sud PTT rappelle un fait : « Ils ont testé ça sur la branche ColiPoste et aujourd’hui, La Poste y sous-traite massivement ».

Ces attaques ont lieu successivement région par région, pour empêcher la création d’une résistance au niveau nationale. C’est pourtant ce que les syndicats devraient s’employer à créer car peu de régions échappent à ces attaques. Devant la radicalité de la grève dans l’Eure, la direction de la Poste a accepté de négocier. Très certainement pour interrompre momentanément la réorganisation.



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