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Du Pain et des Roses

#PasUneDePlus

58e victime de féminicide. Plus de 300 personnes devant le domicile de Sandra P à Bordeaux

Un rassemblement a été organisé ce dimanche à Bordeaux devant le domicile de Sandra P., poignardée à plusieurs reprises par son ex-compagnon ce vendredi. Plus de 300 personnes étaient réunies pour rendre hommage à la victime et crier haut et fort #PasUneDePlus, dont Pierre Hurmic, que nous avons interpellé.

mardi 6 juillet

Ce dimanche 4 juillet, à Bordeaux, environ 300 personnes étaient réunies devant le domicile de Sandra P. où nous étions présent avec le collectif Du Pain et des Roses, suite à l’appel des collectifs Collage Féministe Bordeaux, Planning Familial et Noustoutes33. Des fleurs ont étés déposées devant sa maison ainsi que des pancartes dénonçant le 58e féminicide de l’année. Parmi elles, on pouvait lire des mots d’ordres tels que "On ne naît pas femme mais on en meurt" ou encore "Honorons les mortes, protégeons les vivantes".

Le féminicide a eu lieu vendredi matin, vers 9 heures, où Sandra a été agressée devant son domicile par son ancien compagnon Mickaël F. Elle est décédée de plusieurs coups de couteau, notamment à la gorge, malgré l’intervention des secours. La victime avait déjà déposé plainte deux fois contre lui pour harcèlement et posé plusieurs mains courantes, son agresseur faisait l’objet d’une mesure d’éloignement.

« Sandra avait confiance en la justice, elle a porté plainte pleins de fois » déclare sa voisine et amie. « Une fois, il [son ex-compagnon] est venu la molester dans la rue, […] elle est allée portée plainte. Ils l’ont fait attendre 3 heures […] pour la garder que 5 minutes, prétextant que c’est des faits de rue et qu’ils pouvaient rien faire, même pas prendre la main courante. ». Une autre anecdote témoigne bien de l’attitude quant à la violence de genre des présumés gardiens de la paix : « d’un air narquois il lui ont demandé si elle connaissait un "roumain" qui ferait son affaire [pour se débarrasser de son ex-compagnon]. Pour moi, la police, l’État, ils sont complices de ce crime."

La succession de ces faits jusqu’à la tragédie qu’est le féminicide, démontrent une fois de plus le rôle de l’État et de sa police face aux féminicides et aux violences conjugales, qui, comme trop souvent, étaient au courant de la situation mais n’ont pas réagi, allant jusqu’à conseiller eux-mêmes de faire appel à un tueur à gages pour mettre fin à cette situation ! Une aberration totale, qui se confirme lorsque l’un des policiers ajoute à cela qu’il ne peut pas la conseiller, car ses contacts à lui se situent en Corse. Ces éléments sont la démonstration même du fait que l’on ne peut pas compter sur la police pour endiguer les violences faites aux femmes : la police elle même est une institution qui alimente et cache la violence de genre, aucune solution ne passera par une augmentation de l’arsenal répressif à proposer, qui ne peut être qu’une impasse.

Ainsi, nous ne pouvons que dénoncer l’hypocrisie des déclarations du gouvernement et tout particulièrement celles de Marlène Schiappa qui promet une « grenelle sur les féminicides » à la rentrée prochaine ainsi que des subventions et des places d’hébergement pour cet été, estimant que « la police et la gendarmerie sont notre instrument le plus important contre les violences dont les femmes sont victimes  », et continuant de clamer que le président de la République en a fait «  la grande cause de son quinquennat », avec pourtant près de 500 féminicides sous sa présidence.

Une fois de plus, ce ne sont que des miettes et des promesses en l’air qui nous attendent, visant à masquer la réalité structurelle des violences de genres, réalité qui (se) nourrit du capitalisme et dont les gouvernements actuels sont les représentants. Car comment un gouvernement qui organise consciemment la précarisation de la majorité de la population peut-il se targuer d’être celui qui va protéger les femmes des violences patriarcales ? Nous savons bien que les violences économiques, notamment les politiques d’austérité, touchent en premier les femmes et donc les vulnérabilisent toujours plus face aux violences patriarcales.

C’est sur ces bases que les militantes de Révolution Permanente Bordeaux ont interpellé Pierre Hurmic, actuel maire EELV de Bordeaux, sur l’hypocrisie de sa présence à ce rassemblement. En effet, cette semaine, c’est main dans la main avec la préfecture que sa mairie va expulser les lieux de vie de l’Eclaircie et La Vie est Belle dans l’agglomération bordelaise, mettant à la rue des dizaines de familles dont des femmes, sans solution de relogement. Ce dernier a écarté la question en prétendant que "ce n’est pas le sujet" du rassemblement alors que ces expulsions vont précisément aggraver la précarité de femmes qui vivent déjà dans une extrême pauvreté, et donc les rendre encore plus vulnérables aux violences conjugales.

Ainsi, nous devons lutter pour la mise en œuvre de tous les moyens nécessaires pour pallier les conséquences des violences de genre, plutôt que le renforcement de l’appareil répressif d’État, qui a une nouvelle fois prouvé son rôle. Il est nécessaire d’ouvrir des centres d’accueil et de soin pour les victimes avec des moyens et des professionnel·le·s qualifié·e·s, également à la prise en charge des auteurs de violence. Comme la précarité est très souvent la raison qui empêche les femmes victimes de violences quitter leur foyer pour se protéger, nous luttons également pour la mise en place de mesures élémentaires pour pallier cette précarité, à commencer par un logement pour tou·te·s notamment par la réquisition des logements vides, mais aussi la régularisation des sans papiers - comme le sont la majorité des habitant.e.s dans les lieux de vie que la mairie de Bordeaux expulse -, l’interdiction des licenciements, ainsi qu’un véritable revenu qui permette de faire face aux besoins alimentaires et familiaux de 1800 euros par mois.




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