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L’extrême-droite à l’offensive

Manif anti-IVG à Paris : les réactionnaires boostés par les annonces du gouvernement

Alors que les annonces d’Emmanuel Macron autour d’un réarmement démographique continuent de scandaliser les milieux féministes, l’extrême-droite catholique a profité de sa marche annuelle contre l’IVG pour scander des slogans opposés à la constitutionnalisation du droit à l’avortement.

Andrea Desideri

25 janvier

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Manif anti-IVG à Paris : les réactionnaires boostés par les annonces du gouvernement

Ce dimanche 21 janvier, avait lieu comme chaque année la Marche pour la Vie, une manifestation anti-IVG organisée par l’association éponyme, à l’occasion de l’anniversaire de la légalisation de l’avortement le 17 janvier 1975. Cette année, les mots d’ordre visaient particulièrement le projet de constitutionnalisation de ce droit, ainsi que le projet de loi « fin de vie » qui légaliserait l’euthanasie.

Contre ce que les organisateurs qualifient de « culture de la mort », 15 000 manifestants auraient marché ce dimanche d’après le magazine Famille Chrétienne. Des manifestants venus de toute la France pour défiler avec leurs pancartes et banderoles toutes de rose et de bleu parées, tels des revenants de la Manif Pour Tous. Sur celles-ci, on pouvait notamment lire « Oui à la prévention, non à la constitution » ou encore « IVG = coeurs brisés ». Des délégations étrangères pro-vie avaient même fait le déplacement, rappelant la montée internationale de l’extrême droite et l’avancée des attaques anti-IVG partout dans le monde.

Dans le cortège, on retrouvait également de nombreuses figures ou groupes d’extrême-droite parmi lesquelles la Cocarde, organisation étudiante proche du RN, le GUD, l’Action Française, des rejetons de Génération Identitaire comme les Normaux ou encore les Zouaves. Egalement présent, l’Institut anti-IVG Jérôme LeJeune… que rencontrait sans problème l’éphémère ministre de la Santé Agnès Firmin Le Bodo il y a tout moins d’un mois, ou Emile Report, fondateur de l’association les Survivants qui affirme qu’un cinquième de la population qu’ils présentent comme « leurs frères et sœurs » est mort avant d’être né et s’attaque de manière régulière aux Planning Familiaux. Complètent la liste Frigide Barjot, figure emblématique de la Manif Pour Tous ou encore le royaliste Louis de Bourbon.

Un discours ultra-conservateur pour mettre au pas les femmes et les travailleurs

En conférence de presse, Aliette Espieux, la porte-parole de la Marche, a affirmé que l’IVG n’était pas du tout menacé, rhétorique employée dès le lendemain par le président du Sénat Gérard Larcher (LR) pour s’opposer à la constitutionnalisation de l’IVG. Âgée de seulement 24 ans, la jeune femme est issue de l’« Academia Christiana », think tank d’extrême-droite dont l’ambition est rien de moins que « former les jeunes chrétiens au réarmement ». Tout un programme.

Pour faire face aux « idéologues destructeurs de civilisation et de notre humanité » qui revendiquent le droit à l’avortement, la Marche pour la Vie oppose ainsi des mesures « préventives » pour empêcher les IVG ou encore la création d’une mission d’étude parlementaire au sujet du « permis de tuer » (participant, selon Nicolas Tardy-Joubert, président de la Marche Pour La Vie à « l’ensauvagement de la société »).

Parmi les mesures préventives que propose la Marche Pour la Vie, des allocations pour les femmes enceintes souhaitant avorter, en phase avec les annonces réactionnaires de Meloni en Italie, et « un volet éducatif sur la dimension affective et relationnelle de la sexualité », comprendre le retour à une éducation sexuelle culpabilisante, dénigrant la sexualité en dehors de la famille hétérosexuelle. La mission d’étude parlementaire qu’elle préconise ? « Mieux comprendre les causes et les conséquences de l’avortement », autrement dit chercher à produire un document qui démontrerait les terribles conséquences morales d’un avortement sur les femmes. Un cheval de Troie des anti-IVG qui cherchent ainsi à culpabiliser les femmes envisageant un avortement en leur faisant peur.

Une volonté de s’en prendre brutalement au droit à l’IVG alors que l’accès à l’avortement est de fait loin d’être garanti pour les femmes précaires ou isolées, qui souffrent directement de la casse de l’hôpital public, des coupes budgétaires subies par les plannings familiaux ou encore des déserts médicaux dans les zones rurales. Un projet sexiste mais aussi ouvertement raciste, les militants de la Marche pour la Vie n’hésitant pas à inscrire la lutte contre l’avortement dans la lutte contre le « Grand Remplacement ».

Une nouvelle génération de militants anti-féministes ?

Toujours selon Famille Chrétienne, la moyenne d’âge des manifestants aurait été de… 20 ans. Si l’on peut émettre des doutes sur les méthodes de comptage de l’association, et garder en tête que la présence d’enfants dans toutes les manifestations permet de baisser nettement la moyenne d’âge, on constate bien que les premiers rangs de la marche sont effectivement occupés par un certain nombre de jeunes, et particulièrement par des jeunes filles.

Alors comment expliquer cette popularité des idées réactionnaires dans une partie de la jeunesse ?

Ces dernières années, l’extrême-droite identitaire a pu se renouveler avec des spécialistes de la comm’ tels qu’Emile Duport, présent au rassemblement et responsable d’une agence de communication financée par Vincent Bolloré, ou encore Alexis Husak, anciennement à GUD-Connection, société directement employée par le RN pour sa campagne électorale. Mais leurs comparses féminines se sont montrées particulièrement efficaces pour conquérir de nouveaux publics en instrumentalisant le féminisme à des fins nationalistes, ou encore en se présentant comme de simples influenceuses produisant du contenu sur Internet autour du mode de vie permettant de diffuser plus subtilement des conceptions réactionnaires sur les relations hommes-femmes ou sur l’avortement.
 
On peut citer parmi elles Thaïs d’Escuffon ou encore Alice Cordier, la porte-parole de Némésis, une organisation de femmes d’extrême-droite. Pour réarmer la nation, il faut « rééduquer les femmes sur ce qu’est la maternité » comme le revendique la porte-parole de la marche. Pour cela, ces militantes mobilisent une rhétorique profondément essentialiste et raciste, affirmant que le destin des femmes est de devenir mères. Un discours que la rhétorique du gouvernement sur la démographie ne peut que renforcer.

Un nouveau gouvernement qui booste les réactionnaires

À l’heure où Macron promet un « réarmement démographique » couplé avec la nouvelle loi immigration, le gouvernement multiplie les gages aux réactionnaires. Si la manifestation a pu voir ses rangs grossir cette année, c’est galvanisée par ce climat.

Nicolas Tardy-Joubert, le président de la Marche Pour la Vie, siège au Conseil d’Administration de l’association Jérôme Lejeune, et a le champ libre pour développer ses idées nauséabondes dans le cadre institutionnel et feutré des ministères. Aurore Bergé de son côté, rencontre des militantes transphobes de plus en plus proches de l’extrême-droite comme Marguerite Stern, très proche de Julien Rochedy, ancien chef des jeunesses du Front National (FNJ). Enfin, les ministres bourgeois et réac qui scolarisent leurs enfants dans des établissements privés catholiques réactionnaires qui prêchent, de la même manière que ces militants, que l’avortement est un péché, qui sont chargés de l’Éducation Nationale, de l’Egalité Hommes-Femmes, de la Santé.

Dans ce cadre, malgré l’hypocrite promesse de constitutionnalisation du droit à l’avortement, il est plus clair que ja mais que le gouvernement de Macron ne sera certainement pas un rempart face aux idées réactionnaires. Face à la menace que représente la montée de l’extrême-droite et ses idées nauséabondes dans le monde et en France, il y a urgence à la combattre, elle et ceux qui lui pavent la voie. Alors que 80% de la population française se dit favorable au droit à l’avortement, et que la colère monte face aux privilèges que les ministres s’accordent pendant qu’ils détruisent les droits et les corps des travailleurs, ces derniers doivent s’allier face à une bourgeoisie bien déterminée à attaquer les droits des femmes et des personnes LGBT.

La seule réponse pour les vaincre est celle de la jeunesse et de la classe ouvrière. C’est en s’alliant avec les travailleur.ses et travailleuses de la santé et de tous les secteurs que les féministes pourront arracher non seulement la liberté d’avorter mais les conditions matérielles qui le garantiront.


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