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Politique

Marseille. Mehdi tué par la police : « Ce soir la police a fait un nouveau Adama Traoré »

Ce vendredi, un jeune de 18 ans a été tué par la police dans le 14e arrondissement de Marseille. Une énième victime des violences d'Etat, que la version officielle souhaite repeindre en criminel pour mieux justifier sa mort. Contre l'impunité, les habitants s'organisent.

mardi 18 février

Capture écran vidéo Collectif habitants de la maison Blanche

Depuis vendredi, les circonstances de la mort de Mehdi font l’objet d’une bataille, entre ceux qui tentent de justifier coûte que coûte un énième mort des mains de la police, et ceux qui dénoncent le traitement judiciaire et médiatique de ces trop nombreuses affaires où les jeunes de quartier se font ôter la vie par les forces de police.

Pour la vérité, contre l’impunité, il s’agit de rétablir les faits. Contre la version officielle de la BAC marseillaise relayée par la presse, les habitants du quartier récoltent les témoignages pour faire la lumière sur la catastrophe.

Plusieurs témoins de la scène avancent des faits concordants :

"Ils lui ont tiré dessus sans avertissement" puis quand les témoins les interpellent et tentent de se rapprocher, la police les gaze pour les faire reculer, explique le Collectif des habitants de la Maison Blanche selon Mars Info qui a retranscrit les paroles d’une vidéo publié sur Facebook par le collectif.

Naïr Abdallah, membre du collectif Maison Blanche, note : "Ils ont tous indiqué que lorsque Mehdi est sorti du véhicule, l’arme était pointée vers le sol et qu’ils ont tiré sans sommation".

Et un autre témoignage :

"Une Clio avec quatre jeunes dedans dont Medhi, 18 ans, a été stoppée par un véhicule de police. Quand Medhi est sorti de la voiture, les FDO ont fait feu. Ils ont menotté Medhi en pensant qu’il allait "bien", lui ont mis des coups dans la tête avant de se rendre compte (après plusieurs alertes de témoins de la scène) que Medhi allait vraiment mal et d’appeler les pompiers... Ils ont ensuite fait usage de lacrymogènes sur les passants et les témoins (présence d’enfants également). La Provence parle de jeunes qui auraient fait feu en premier mais le témoin affirme le contraire."

Dans le même sens, plusieurs habitants sont formels. Le quartier a été bouclé et la presse interdite. "Dans tout règlement de compte, en 30 minutes tu as tous les médias [qui rappliquent]", mais quand il s’agit d’un meurtre par la police, c’est directement la version officielle rendue par le Procureur qui est relayée.

Face à cela, la Justice tente d’opposer une version "officielle", s’appuyant sur le statut, supposé, de "braqueur" de Mehdi. Une défense scandaleuse puisqu’elle va jusqu’à porter atteinte à la compétence exclusive des tribunaux pour rendre justice, pour justifier la mort d’un jeune de 18 ans.

Un énième feu vert, donné par les institutions, pour que la police puisse tuer impunément dans les quartiers populaires. Car Mehdi n’est pas la première victime de la violence policière. On pense évidemment à Zyed, Bouna, Adama, symboles de la violence d’Etat dans les banlieues.

De son côté, Stéphane Ravier, ancien maire des 13ème et 14ème arrondissements de Marseille et sénateur du Rassemblement National, incarne la pointe avancée de cette position visant à construire le « criminel » en usant du traditionnel statut de "voyou" qui n’est donné qu’aux jeunes de quartiers populaires. Il a ainsi "[félicité] les hommes de la Bac" (...), "en espérant qu’ils ne seront pas la cible de toutes les tracasseries administratives". Pour les responsables, la Justice est une simple tracasserie administrative, pour les victimes, elle est une honte.

Le Collectif maison blanche, qui a récolté les témoignages et cherche à faire la lumière sur la mort de Mehdi, dénonce :

Ce soir on nous parle d’un braqueur ? Nous on vous parle d’un petit frère du quartier à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Non, les témoins confirment qu’il a pas levé l’arme sur eux . Ils confirment aussi qu’ ils lui ont tiré dessus et qu’ils l’ont frappé au sol, malgré les blessures, avec des phrases du style "on t’a eu".
Les témoins ont essayé de calmer le jeu et d’appeler les pompiers, mais on les a fait reculer quand ils se sont rendu compte qu’il était en train de suffoquer.
Ce soir Mehdi n’est plus parmi nous.
Ce soir un policier a dit à sa mère devant nous tous "ton fils n’avait qu’à pas voler" c’est ce qui a provoqué la haine."
Ce soir on a perdu un enfant , un jeune de 18 ans a peine.

Ce collectif, né après la mort d’une jeune fille à Marseille causée par l’effondrement du balcon d’un immeuble insalubre, organise la riposte face à toutes les déclinaisons de la violence d’Etat, qu’elle soit sociale, policière, ou judiciaire. Dans les quartiers populaires, ce sont l’insalubrité, la BAC, et la discrimination qui tuent. C’est donc une violence systémique qui a tué Mehdi, et que les habitants du quartier dénoncent.

Samedi 15, une marche en hommage à Mehdi, dans la cité des Marronniers, a réuni la famille, des habitants du quartier mais aussi des soutiens venus d’ailleurs, pour dénoncer collectivement ce nouveau jeune tué par la police et la violence subie par les classes populaires.




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