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Du Pain et des Roses

Église réactionnaire

Mexique. Après la dépénalisation de l’IVG un prêtre appelle à tuer les femmes qui avortent

Quelques jours après la victoire du mouvement féministe mexicain qui a obtenu la dépénalisation de l’avortement à la Cour Suprême mexicaine, un prêtre de l’église La Salle à Monclova, Coahuila, appelle à « tuer » les femmes qui décident d’interrompre leur grossesse.

mercredi 15 septembre

Crédits photo : ID

Après la victoire du mouvements féministe qui a obtenu la déclaration d’inconstitutionalité de la pénalisation de l’avortement par la Cour Suprême mexicaine, l’Eglise n’a pas tardé à intervenir par le biais de déclarations mysogines, concernant le droit des femmes de décider de leur corps.

C’est le cas du prêtre Lázaro Hernándo de l’église La Salle en Monclova, Coahuila, qui pendant une messe dominicale, a déclaré « Nous ne soutenons pas les jeunes qui tuent leurs enfants pour pouvoir continuer de s’amuser, il vaut mieux tuer les femmes qui s’amusent et se retrouvent enceintes. Les femmes qui avortent ne servent à rien, pourquoi ne tuons-nous pas les mères ? »

A la suite du scandale provoqué par ses paroles, le prêtre s’est excusé, arguant que ses mots auraient été mal interprétés. Pourtant, difficile d’être plus explicite qu’il ne l’a été.

Ces déclarations démontrent que l’intérêt de l’église et des groupes de droite conservatrice, n’est pas la « protection » des vies, ils cherchent, au contraire, à être un obstacle dans l’obtention de nos droits. Cela les importe peu que les femmes perdent la vie en avortant clandestinement, ils préfèrent, comme dans ce cas présent, appeler à les assassiner. Pour eux, il n’a jamais été question de protéger les deux vies, mais d’interdire aux femmes de décider de leur propre corps.

A ces déclarations écœurantes s’ajoutent les mots de l’Eglise catholique de Mexico qui affirme que la dépénalisation de l’avortement relèverait d’un “machisme culturel”. Dans le sens des clergés, l’Eglise considère que cette dépénalisation se résumerait à abandonner des femmes dans une grossesse non désirée. Pour eux, cette décision entraînera une abondance de violences dans le pays avec l’augmentation du nombre de crimes, les législateurs n’ayant pas agi selon le précepte chrétien.

Séparation de l’Église et de l’État !

Il est important de rappeler que l’église au Mexique et les groupes pro-vie ont reçu des financements - principalement du secteur privé - à hauteur de 100 millions de pesos. De plus, avec les partis politiques et la droite réactionnaire, ils imposent des politiques régressives, conservatrices et rétrogrades concernant nos droits, comme le droit à la parole et à la santé sexuelle. L’église possède un pouvoir politique et économique dont l’objectif est de maintenir l’offensive patriarcale contre les femmes, dans la continuité de leurs affirmations sur l’avortement qui serait une attaque contre la famille, et que la dépénalisation forcerait les femmes à avorter.

Par ailleurs, ces groupes conservateurs ont été renforcés par la 4T (plan de transformation du Mexique imposé par l’actuel président), comme par exemple l’espace que le gouvernement fédéral a donné aux secteurs ecclésiastiques à la radio et à la télévision.

Si l’Eglise appelle cyniquement à aider les femmes enceintes qui veulent avorter, en réalité le seul intérêt de cette institution et des groupes pro-vie est de maintenir les avortements clandestins. De fait, ils ne sauvent la vie d’aucune femme, puisque ces avortements sont souvent très dangereux et mortels, ils sont d’ailleurs la 4eme cause de mort au Mexique. Par ailleurs, ce sont principalement les femmes pauvres et travailleuses qui sont obligées d’avoir recours à l’avortement clandestin qui a augmenté de 12% pendant la pandémie puisque les avortements légaux ont été majoritairement interrompus (44%). Les travailleuses, en première ligne face au Covid se sont retrouvées une fois encore plus précarisées.

Alors que le mouvement des femmes a réussi par sa combativité à imposer la dépénalisation de l’avortement, il est nécessaire de continuer le combat en indépendance des partis, du régime et de ses institutions. La résolution de la Cour Suprême de dépénaliser l’avortement n’est pas un cadeau mais une conquête historique du mouvement des femmes, cependant, cette avancée ne garantit pas son accès légal, sûr et gratuit, et c’est pour cela qu’il est nécessaire que l’avortement soit légalisé, sûr et gratuit dans tout le pays, et garanti par l’État.

On voit ici que le pseudo Etat laïc ne l’est pas du tout, la réalité est autre. L’église conserve sa grande influence notamment à propos des droits des femmes et de la communauté LGBT+. Il est donc nécessaire de revendiquer une séparation totale de l’Eglise et de l’Etat.




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